Suzanne Clément sur sa lancée

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Dans Premières neiges, Suzanne Clément se glisse dans la peau d'une femme russe dont le couple bat de l'aile.

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(Québec) La carrière française de Suzanne Clément est sur une belle lancée depuis deux ans, et ça se poursuit. Le Soleil a joint l'actrice québécoise en Bretagne, où elle vient d'amorcer le tournage des Philosophes, qu'elle enchaînera avec un autre film. « Merci la vie! » s'exclame-t-elle.

Le prix d'interprétation à Cannes pour Laurence Anyways, en 2012, et l'énorme succès de Mommy en France ont donné à Suzanne Clément une visibilité sans pareille. Elle n'est d'ailleurs pas la seule à profiter de l'effet Xavier Dolan : Anne Dorval vient de terminer Réparer les vivants de Katell Quillévéré (Suzanne) avec Emmanuelle Seigner et Tahar Rahim.

Suzanne Clément a d'abord été séduite par le scénario de Guilhem Amesland, dont Les philosophes est le premier long métrage. La présence d'un « beau trio d'acteurs » - Vincent Macaigne, Philippe Rebbot et Hafsia Herzi - a fini par la convaincre. L'actrice de 46 ans se joindra ensuite à Espèces menacées, une adaptation de six nouvelles de Richard Bausch par Gilles Bourdos (Renoir).

Elle continuera tout de même de tourner ici, jure-t-elle. « Si quelqu'un m'appelle au Québec, je ne ferme pas la porte. Je navigue au gré des coups de coeur et de la demande. » Exactement ce qui s'est passé avec Premières neiges (Early Winter). Le coup de fil est venu de Paul Doucet, avec qui elle partage l'affiche. « Ça me semblait incontournable. »

Les acteurs, déjà en duo dans la télésérie Jean Duceppe (2002), jouent un tout autre genre de couple dans le film de Michael Rowe. Leur amour s'étiole, rongé par l'incommunicabilité et l'incompréhension. L'isolement aussi. Suzanne Clément se glisse dans la peau d'une femme russe, qui s'exprime en anglais dans un milieu francophone, « perdue dans un nowhere ».

Un beau défi pour l'actrice, qui a rencontré deux femmes d'origine slave pour composer son rôle. L'une bien intégrée, l'autre beaucoup moins. Elle a ressenti chez cette dernière un plus fort attachement à son pays d'origine, une situation à laquelle il lui est facile de s'identifier lors de ses séjours français. « C'est la terre natale, les racines. »

Personnage plutôt désagréable

En fait, Premières neiges comportait son lot de défis. Maya est un personnage plutôt désagréable. « J'essayais de ne pas trop y penser. Je me suis inspirée de personnes que j'ai rencontrées et qui étaient très malheureuses. Sa vie n'a plus de valeur à ses yeux - ça ne rend pas très gentil. On se demande d'ailleurs pourquoi ils sont ensemble. » Comme dans la vraie vie.

Il y avait aussi le fait que Michael Rowe a opté pour une succession de plans-séquences. Ce qui implique que la prise soit « parfaite ». Pas évident. Mais la formule permet aussi de raffiner le jeu et lui conférer une plus grande véracité. « C'était intelligent parce que ça lui permettait de trouver un point d'ancrage et de trouver le plus de réalité possible. » De toute façon, le réalisateur australo-mexicain est plus un « auteur qu'un cinéaste ».

« C'était comme ça dans son premier film », Années bissextiles, caméra d'or à Cannes en 2010.

Premières neiges prend l'affiche au Québec vendredi. Tant mieux. Parce que depuis Mommy (2014), Suzanne Clément passe d'un plateau à l'autre, sans qu'on puisse toujours voir le fruit de son travail.

Premières neiges: Paul Doucet y a mis du sien

Paul Doucet a travaillé en étroite collaboration avec Michael Rowe pour Premières neiges. L'acteur ne s'est pas contenté d'oeuvrer à la réécriture, il a aussi trouvé les actrices pour jouer avec lui dans ce drame contemplatif sur un couple érodé par la jalousie, le manque de communication et des blessures non guéries.

« C'était un univers que je n'avais jamais exploré », commente l'acteur pour expliquer son implication dans ce film d'auteur à petit budget. « Il y avait une finesse dans l'écriture, la façon de décrire le quotidien de façon très réaliste. On pouvait reconnaître comment un petit rien peut avoir de grosses conséquences. Je trouvais que c'était finement amené. »

Les deux hommes ont beaucoup retravaillé le scénario, mais, à un moment donné, il manquait le point de vue d'une femme, révèle-t-il, mi-blagueur, mi-sérieux. Paul Doucet a d'abord suggéré Suzanne Clément pour être sa partenaire, puis Micheline Lanctôt et Céline Bonnier pour de plus petits rôles. « Je leur ai dit que ça valait la peine de participer à un tel tournage avec du temps pour discuter et pour filmer. »

Suzanne Clément était une parfaite complice pour lui donner la réplique, croit-il. Leur amitié perdure depuis le tournage de Jean Duceppe, télésérie dans laquelle ils jouaient un couple. Ils ont aussi travaillé ensemble avec un entraîneur de jeu à cette époque.

Une connivence qui s'est avérée cruciale pour tourner la première séquence très explicite, où le couple fait l'amour. « Ce n'est jamais simple, la nudité. En plus, il fallait trouver le bon cadrage pour montrer que même dans cette intimité, ils ne sont plus ensemble. »

Maya et David sont seuls en couple, comme le dit si bien l'acteur de 45 ans. Premières neiges est d'ailleurs le troisième volet d'un triptyque sur la solitude. Comme dans bien des couples, « lui a le désir que ça continue, elle se souhaite un ailleurs. Il cherche tant bien que mal à rebâtir, mais la raison pour laquelle il veut rebâtir n'est peut-être pas la bonne ».

Du moins, c'est ce que suppose l'interprète. Car le film laisse beaucoup de place à l'interprétation, jusque dans sa fin ouverte. Ce qui plaît beaucoup à Paul Doucet. « Ça donne une chance au spectateur de se faire son cinéma. »

Premières neiges s'est avéré un tournage intense - « j'étais heureux de rentrer chez-nous », dit-il en riant - dans une période très chargée pour l'acteur. « J'ai travaillé pendant un an et demi sans prendre de pause. Je profite bien de ma tranquillité en ce moment. » Jusqu'au printemps alors qu'il reprendra, normalement, les tournages des nouvelles saisons d'Unité 9 et des Pays d'en haut.

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