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André Fournelle: réfléchir à voix haute

André Fournelle devant son installation À l'ombre de... (Spectre Média, René Marquis)

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André Fournelle devant son installation À l'ombre de nos braises.

Spectre Média, René Marquis

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<p>Denis Dufresne</p>
Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) La Galerie d'art du Centre culturel de l'Université de Sherbrooke amorce l'année 2016 avec un grand nom de l'art contemporain québécois : le sculpteur André Fournelle, dont l'oeuvre est à la fois critique sociale, éloge de la fragilité de l'être et élan spirituel.

Décrocheur de l'École des beaux-arts de Montréal et artiste autodidacte, M. Fournelle mène une carrière prolifique depuis les années 1960, avec de multiples expositions solos, des performances et des oeuvres de land art, au Québec, en Europe et aux États-Unis. Il a aussi réalisé plusieurs sculptures intégrées à l'architecture et à l'environnement. Nombre de ses oeuvres font partie de collections privées et publiques.

Violence / Fragilité, titre de l'exposition qui lui est consacrée jusqu'au 20 février, comporte quatre oeuvres multidisciplinaires récentes qui soulèvent des questions très actuelles, très en lien avec les déchirements de notre temps.

« Violence / Fragilité, c'est l'idée de la violence psychologique, mais, avec ce qui se passe dans le monde actuel, c'est aussi la violence physique, la violence qui s'abat sur la fragilité, la fragilité de l'être », explique l'artiste.

Elle consiste en tubes de verre qui forment ces deux mots sur un fond bleu, liés par des fils à plomb en forme d'obus, « comme une épée de Damoclès », illustre M. Fournelle.

L'oeuvre du sculpteur soulève également la question du temps qui passe et de la finitude de la vie avec l'installation À l'ombre de nos braises. À la manière d'un autoportrait, l'artiste a modelé une sculpture de son propre corps dans de la pâte de verre et l'a suspendue à un trépied en acier torsadé au-dessus d'un lit de cendres de charbon.

« Cela fait partie d'une série d'autoportraits. Je veux symboliser, en trois étapes, la naissance, la vie et la mort. Moi, ce que je fais, c'est exprimer l'émotion. L'oeuvre parle d'elle-même, elle va te toucher directement », dit André Fournelle, un orphelin de guerre né en Angleterre en 1939 et envoyé au Québec par la Croix-Rouge.

Colombes en avions de chasse

L'installation Frontières Exit / Exil, réalisée en collaboration avec le vidéaste Joël Proulx-Bouffard, se compose de cinq tubes néon représentant les cinq continents, délimités par des fils barbelés avec, en toile de fond, une vidéo où des colombes se transforment en avions de chasse. Elle transmet un commentaire social, voire politique, sur les frontières créées par l'homme et qui sont sources de conflits.

« Je travaille beaucoup avec l'idée des frontières, une réalité sociale, et les territoires, qui sont géographiques. Je suis né au début de la Seconde Guerre mondiale; le feu et la violence sont très présents dans mon oeuvre », souligne André Fournelle.

« Je veux aller à l'intérieur de la matière; j'ai fait exploser un bloc de granit noir dont j'ai récupéré les morceaux et j'aimerais les exposer», donne-t-il en exemple.

La quatrième oeuvre, Croix de charbon noir - Cendre de charbon - Charbon blanc, illustre cette volonté d'explorer la matière brute, de lui donner une mission symbolique et forte.

Elle se décline en une série de trois grandes croix de plexiglas fixées au mur, qui, comme le dit son titre, sont remplies de charbon, la première de charbon noir, la seconde de cendres de charbon et la troisième de morceaux de charbon lavés et laqués pour leur donner une teinte blanchâtre.

« Depuis une dizaine d'années, je travaille beaucoup avec le charbon. L'idée, ici, c'est la purification par le feu; on brûle le charbon, il devient cendre puis charbon blanc. On va vers la spiritualité par l'action du feu », dit André Fournelle au sujet de cette oeuvre accompagnée d'un poème de Denise Desautels, Une improbable rédemption.

Critique et empathie

« J'ai une vision très sociale dans mes oeuvres, une vision critique, mais aussi de l'empathie pour les démunis. Prendre position est un acte politique, tout comme l'action sociale », raconte André Fournelle.

Au cours des dernières années, il a fait diverses « interventions » artistiques, dont Les incendiaires, à Paris et à Montréal en 2005, où il avait installé dans des espaces publics des lits en acier forgé sur lesquels brûlait du charbon, pour sensibiliser les citoyens au problème de l'errance.

L'art, dit-il, doit se remettre en question, tout comme les façons de penser. Il doit aussi dénoncer, réfléchir à voix haute.

Difficile de ne pas demander à un artiste qui a vécu les grandes contestations des années 1960 si l'art actuel a encore une fonction sociale.

« Les jeunes artistes sont plus individualistes aujourd'hui, plus académiques [...]. Nous, nous étions plus des gens de terrain; le chemin a donc été plus long », répond André Fournelle.

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