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Un métier rare comme un tableau de Picasso

La Sherbrookoise Anaïs Girardot est évaluatrice d'oeuvres d'art,... (Spectre, Jessica Garneau)

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La Sherbrookoise Anaïs Girardot est évaluatrice d'oeuvres d'art, un métier rare que seulement une douzaine deQuébécois exercent.

Spectre, Jessica Garneau

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(SHERBROOKE) Anaïs Girardot pratique un métier rare comme un tableau de Picasso. La Sherbrookoise est évaluatrice d'oeuvres d'art, une profession que seulement une douzaine de Québécois exercent.

Son choix de carrière vient de son désir d'allier arts et affaires. « Ma plus grande réussite est d'avoir pris ma passion et d'en avoir fait mon gagne-pain », explique la détentrice d'un baccalauréat en Histoire de l'art de l'Université Bishop's.

C'est lors de ses études universitaires qu'Anaïs Girardot fait la rencontre de l'évaluateur et consultant en art Bertrand La Palme. Depuis cinq ans, ce dernier agit à titre de mentor de l'évaluatrice de 33 ans qui prend progressivement sa relève. « Je suis en formation continue avec M. La Palme et c'est une chose que j'adore dans mon métier. En plus d'être en contact quotidiennement avec des oeuvres d'art, on apprend tous les jours lorsqu'on pratique ce métier », explique Mme Girardot spécifiant qu'il n'existe aucune formation ou agrégation d'évaluateurs d'oeuvres d'art et que la crédibilité de ces derniers repose donc entièrement sur leur expertise, leur expérience et les références.

La juste valeur des oeuvres d'art est évaluée en fonction de plusieurs critères. L'artiste, bien sûr, l'époque, le médium, le prix de vente aux récentes enchères. « Je me sens comme une détective qui doit déceler une signature, déterminer une époque. On est toujours dans le domaine de la recherche », révèle l'évaluatrice.

Des sites internet tels que Artprice ou Artnet fournissent également des informations comparables servant à établir la valeur des toiles, sculptures, photographies ou objets rares. Anaïs Girardot s'adresse parfois également à l'artiste lui-même ou aux galeristes qui le représentent pour avoir plus de détails concernant le prix des dernières transactions.

La clientèle d'Anaïs Girardot se compose de collectionneurs privés, de successions de collectionneurs, d'institutions muséales ou de fondations qui souhaitent évaluer la valeur de dons d'oeuvres d'art. « Il y a aussi les entreprises ou les individus qui souhaitent commencer à investir dans l'art et désirent savoir par où débuter et avoir des conseils sur les artistes qui ont du potentiel de plus-value », ajoute l'évaluatrice dont les clients sont majoritairement en Estrie et en Montérégie.

L'oeuvre d'art ayant la plus importante valeur qu'elle ait eu la chance d'évaluer? « Une oeuvre valant 5 millions de dollars. Pour ce dossier, j'ai travaillé avec M. La Palme, car on a fait un rapport très étoffé. Mais dans la plupart des cas, la valeur des oeuvres évaluées se situe entre 1000 $ et 25 000 $ », relate Mme Girardot.

La Sherbrookoise évalue majoritairement des oeuvres d'artistes canadiens, mais est aussi qualifiée pour estimer la valeur d'oeuvres internationales. « Si j'avais à évaluer un Picasso, un Pollock, un Dali ou un Warhol, il se pourrait que je le fasse les yeux pleins d'eau à cause de l'émotion », raconte celle dont les goûts personnels penchent du côté de l'art contemporain.

« J'adore cette époque où les artistes ont décidé d'aller à l'encontre des notions académiques de l'art. Mais c'est un goût personnel et ça n'influence en rien ma vie professionnelle qui me permet d'explorer tous les mouvements et époques», se réjouit celle qui, si on se fie à sa rareté, pratique un métier en or.

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Spectre Média, Jessica Garneau

Un changement fiscal risque d'influencer la vente d'oeuvres d'art

Un des défis que se lance au quotidien l'évaluatrice d'oeuvres d'art Anaïs Girardot est celui de sensibiliser les gens à l'importance de l'art et à ses bienfaits.

Or, un changement fiscal proposé dans le rapport final de la Commission d'examen sur la fiscalité québécoise publié en mars pourrait bien lui compliquer la tâche.

Effectivement, dans ce rapport, le fiscaliste Luc Godbout recommande l'abolition de plusieurs programmes dont celui permettant l'amortissement relatif à une oeuvre d'art dont l'auteur est canadien.

Le programme date de 1981 et permet à une entreprise qui acquiert une oeuvre d'art pour l'exposer dans son lieu d'affaires d'amortir le coût sur trois ans.

« Je prie le ciel pour que cette recommandation ne soit pas adoptée. Car la possibilité d'amortir les oeuvres d'art est le meilleur moyen pour moi d'approcher les entreprises afin de les initier à l'élaboration d'une collection d'oeuvres d'art canadiennes au sein de leur organisation », explique Mme Girardot.

Ce programme est un moyen d'inciter les entreprises à acquérir des oeuvres produites par des artistes locaux puisque l'acquéreur profite de cette mesure uniquement si l'artiste dont il achète l'oeuvre est citoyen ou résidant canadien.

L'artiste sherbrookois en art visuel Étienne St-Amant s'est déjà servi de cet avantage fiscal pour bonifier la vente d'une de ces oeuvres. « C'est certain que lorsque l'acheteur comprend que l'oeuvre conserve toute sa valeur marchande, mais que son coût est bien moindre à cause de l'amortissement, c'est un incitatif », relate-t-il ajoutant qu'au moins 30 pour cent de sa clientèle est composée d'entreprises.

L'avantage fiscal est d'autant plus important pour Étienne St-Amant puisqu'il a l'intention d'intégrer ses oeuvres d'art à l'architecture au cours des prochaines années. Un projet qui implique la création d'oeuvres majeures principalement destinées aux entreprises.

« Au contraire, au lieu d'abolir cet incitatif fiscal pour les entreprises, on devrait créer l'équivalent pour les particuliers. Je crois que ça ferait exploser les ventes d'oeuvres d'art et, par conséquent, le rayonnement de nos artistes», ajoute M. St-Amant.

Le fiscaliste chez Raymond Chabot Grant Thornton Réal Létourneau se prononce sur ladite suggestion du rapport de Luc Godbout.

« Nous savons tous que la culture, celle moins populaire, a besoin d'aide gouvernementale pour survivre. L'amortissement fiscal est une façon. Est-ce la seule ? Est-ce la bonne ? Je ne saurais le dire. Mais connaissant la fragilité de ce secteur, je serais extrêmement prudent avant d'éliminer toute mesure fiscale », résume-t-il.

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