Les temps humains

S'il a multiplié les projets à titre de directeur de la photographie... (Les Films Christal)

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Les Films Christal

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Karine Tremblay
La Tribune

(Sherbrooke) S'il a multiplié les projets à titre de directeur de la photographie (Incendies, Whitewash, Mommy, notamment), André Turpin n'avait pas enfilé la casquette du réalisateur depuis un bail. Quatorze ans ont passé depuis la sortie de sa précédente bobine, Un crabe dans la tête, qui s'était faufilée dans le peloton de tête des films de l'année 2002, en raflant pas moins de sept Jutra.

S'il a multiplié les projets à titre de... (La Presse, Ivanoh Demers) - image 1.0

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La Presse, Ivanoh Demers

Depuis, on n'avait pas revu le cinéaste à la barre d'une production. Ce n'est pas faute d'idées. Il tenait l'os de son nouveau long métrage depuis des lustres. Il a mis huit ans à écrire Endorphine.

Il aurait pu continuer encore longtemps à noircir les pages de son scénario, tant l'univers qu'il souhaitait raconter était dense et riche de possibles. Les producteurs ont mis le pied sur l'accélérateur en lui donnant le feu vert. Le cinéaste s'est dès lors attaqué à la mise en images de cette histoire qu'il portait depuis tant d'années et qui arrive au grand écran vendredi.

« Mon idée de base était simple : j'avais envie de faire un film sur la nature vertigineuse du temps. »

Vertigineuse, c'est bien le mot. Endorphine est tout sauf linéaire.

« Dans les festivals où il a été présenté, presque tout le monde restait pour la discussion qui suivait la projection. Les gens posaient beaucoup de questions. »

Volontairement, le cinéaste ne donne pas toutes les clés de lecture. Parce qu'il y a plusieurs visions possibles, plusieurs angles envisageables à son histoire.

« Ce film, je le vois d'abord et avant tout comme une expérience. J'invite les spectateurs à ne pas trop tenter de le comprendre, mais plutôt à se laisser porter par l'univers qu'il propose. »

Un univers dans lequel les rêves, l'inconscient et la théorie de la relativité d'Einstein ont la part belle. Dans ce film atypique, l'espace-temps, étrange par définition, est au coeur du propos et de l'histoire en trois époques qui s'imbriquent les unes dans les autres. Le noeud gordien est aussi fascinant que difficile à décrypter. Le réalisateur l'a voulu ainsi, lui que la physique captive. Il se destinait d'ailleurs à une carrière scientifique jusqu'à ce qu'un cours en cinéma, au cégep, vienne bousculer les plans et semer en lui d'autres rêves. L'avenir a alors changé d'horizon, mais son intérêt pour les sciences ne s'est pas éteint.

Simone, fois trois

Dans Endorphine, Simone, 13 ans, assiste au meurtre de sa mère. En état de choc, elle est incapable de ressentir des émotions. Son père l'amène dans le cabinet d'une hypnothérapeute pour qu'elle

revive le drame et s'en détache. Le spectateur plonge alors dans l'inconscient de la jeune fille. On retrouve Simone à 25 ans. Rongée par la culpabilité de n'avoir pas su aider sa mère, elle est minée par les crises de panique et l'anxiété. On la croise plus tard encore, à 60 ans, physicienne accomplie et apaisée qui s'intéresse à la portée du temps. D'une scène à une autre, les réalités se fondent et se confondent. Les histoires s'entremêlent. Les époques aussi.

« J'ai utilisé l'inconscient comme une machine à voyager dans le temps. »

Le voyage est parfois déroutant. C'était prévu, c'est assumé.

« Je trouvais la fin ouverte plus riche. Ça permet à chacun se faire son idée. Quand on apprend le tour du magicien, après une prestation, ça altère toujours un peu l'émerveillement », précise le cinéaste, qui a des projets de films sur le feu. Un avec Anaïs Barbeau-Lavalette, l'autre avec Philippe Falardeau.  

Le temps a beau être relatif, il ne devrait pas s'écouler un autre 14 ans avant qu'il ne présente une nouvelle oeuvre.

Lise Roy, Sophie Nélisse et Mylène Mackay pendant... (La Presse, Marco Campanozzi) - image 2.0

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Lise Roy, Sophie Nélisse et Mylène Mackay pendant le tournage d'Endorphine.

La Presse, Marco Campanozzi

Lise Roy

À la manière de l'art contemporain

Pour Lise Roy, qui prête ses traits à la Simone épanouie de 60 ans, Endorphine est un film qui nous traverse un peu à la manière de l'art moderne.

« Je pense, par exemple, aux oeuvres de Jackson Pollock, que je ne comprends pas encore, mais qui me touchent infiniment. Le film d'André Turpin n'est pas dans une logique de l'histoire à la façon des ''il était une fois''. Il est dans les questions plus grandes que la vie quotidienne, celles que posent ceux qui cherchent en science, ceux qui semblent un pas en avant de nous et qui nous amènent une vision plus vaste de l'univers. »

Ce n'est pas d'hier que l'interprète s'intéresse aux hypothèses que soulève la science. Autre époque, autre projet : l'actrice a déjà participé à un atelier de recherche et de création mené par Robert Lepage et réunissant des musiciens, des comédiens et des scientifiques autour de la théorie des cordes.

« Les rêves, les sentiments de déjà vu, l'immensité du temps présent, tout ça me fascine. »

Dans la proposition cinématographique de Turpin, elle est celle qui porte le discours scientifique. Les extraits de la conférence que sa Simone prononce orientent un certain point de vue sur le film. Les apparitions de la comédienne ne sont pas légion, mais elles ont une grande portée.

« Les rôles marquants dans notre parcours ne se mesurent pas au nombre de lignes qu'on a à apprendre. Ce personnage est pour moi précieux et important. Jouer une femme de mon âge, une femme de carrière qui existe aussi sur d'autres paliers et qui est le point d'orgue du film, c'est un formidable cadeau. »

Mylène Mackay

Simone aujourd'hui, Nelly demain

À l'écran, la ressemblance entre Mylène Mackay et Sophie Nélisse est frappante. Et fortuite : André Turpin n'avait pas vu leur parenté de traits avant les auditions.

« Pour moi, ce n'était pas nouveau. On me demande souvent si je suis Sophie. Ou sa grande soeur », dit la comédienne de 28 ans, pour qui il s'agit d'un premier vrai rôle au cinéma.

« J'ai appris énormément. C'est une chance d'avoir commencé avec un créateur aussi singulier qu'André Turpin », dit celle qui avait à endosser la partie plus cauchemardesque du récit. La Simone vingtenaire qu'elle promène de scène en scène nage en eaux troubles. Solitaire, timide et fragile, elle avance dans un quotidien fissuré par l'angoisse.

« C'est une fille tellement seule, tellement dans sa tête! Elle a anesthésié sa douleur en se coupant de ses sentiments et voilà qu'ils reviennent à la puissance mille », résume l'actrice qu'on verra aussi dans Nelly, le prochain film d'Anne Émond. Celui-ci racontera la trajectoire de l'écrivaine Nelly Arcan, qui s'est enlevé la vie en 2009 et qui était native de Lac-Mégantic.

« Anne a pris beaucoup de liberté, elle évoque la vie de Nelly à travers quatre personnages distincts. Je fais les quatre. »

Autrement dit, elle porte le film sur ses épaules.

« Je ne mesure pas encore ce que tout ça signifie, mais je sais que c'était toute une expérience de jeu! »

Le tournage a pris fin en novembre, la date de sortie du film n'est pas encore connue.

Sophie Nélisse

Des projets à la pelle

Elle n'a que 15 ans, mais déjà, elle affiche une feuille de route impressionnante. Sophie Nélisse a d'ailleurs été nommée, au Festival international du film de Toronto (TIFF), parmi les dix jeunes talents à surveiller. Le compliment lui fait plaisir. La jeune Québécoise voit s'ouvrir les portes du septième art grand devant elle. Et elle a envie de les pousser, d'y plonger. À fond.

« Le cinéma m'intéresse de plus en plus et on me propose des rôles intéressants. À travers tout ça, j'essaie quand même de garder une vie équilibrée. Je vais à l'école, je vois des amis », dit celle qu'on a vue, auparavant, dans Monsieur Lazhar et La voleuse de livres.

Pour Endorphine, elle a tourné en été, à une période de l'année où elle préfère d'ordinaire être en congé.

« J'avais envie de faire ce film. Le scénario était très intrigant et l'histoire, particulière. Je n'avais jamais joué quelque chose comme ça, avec peu de dialogues. Moi, d'habitude, je m'appuie beaucoup sur les dialogues, je trouve que ça aide à orienter le jeu, le personnage. Là, je devais faire ressentir des émotions en jouant quelqu'un qui est complètement coupé des siennes. C'était difficile. Mais c'est un défi que j'ai aimé et qui m'a emmenée ailleurs », exprime celle qui sera aussi du premier film de Yan England, Running, une bobine qui abordera les thèmes de l'intimidation et de l'homosexualité.

On la verra aussi dans Mean Dreams, de Nathan Morlando : « Un beau projet. J'y ai hérité d'un rôle un peu dramatique. J'y incarne une jeune fille qui se fait battre par son père et qui décide de s'enfuir avec son voisin. »

Aux États-Unis, elle a tourné aux côtés de Kathy Bates et Glenn Close dans The Great Gilly Hopkins, un film attendu sur les écrans américains en février.  « C'est un film familial, j'ignore s'il sortira ici, mais comme ça fait déjà deux ans qu'il est tourné, je m'en sens un peu détachée. »

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