Marcel Barbeau rend l'âme à 90 ans

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En 2013, Marcel Barbeau a mis la main sur le prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques. « Je trouve que ça arrive un peu tard, avait-il déclaré. J'ai 88 ans, quand même. J'aurais aimé que ça arrive un peu plus tôt. »

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Mélanie Marquis
La Presse Canadienne
Montréal

Le peintre et sculpteur Marcel Barbeau, signataire du manifeste Refus global, est décédé samedi, à l'âge de 90 ans. Les circonstances de sa mort sont inconnues.

Né à Montréal le 18 février 1925, Marcel Barbeau a été initié à l'art moderne au milieu des années 1940 par le célèbre peintre Paul-Émile Borduas, qui était alors son professeur de dessin à l'École du meuble de Montréal.

Au cours de cette période, Marcel Barbeau a fréquenté l'atelier de Borduas, son mentor et « père spirituel ». À 20 ans, il se lie d'amitié avec le célèbre peintre Jean-Paul Riopelle. Les deux seront membres du groupe de peintres canadiens surnommés les automatistes.

Quelques années plus tard, les artistes du groupe, Borduas en tête, signeront le 9 août 1948 le manuscrit révolutionnaire Refus global, qui dénonce la société conservatrice de l'époque sous le gouvernement de Maurice Duplessis et l'emprise du clergé sur la société québécoise.

L'artiste quitte par la suite le Québec. Dans les années 1960, Marcel Barbeau a vécu une vie de nomade, travaillant à Vancouver, à Paris, à New York et en Californie du Sud. Ses oeuvres ont été exposées à travers le monde, notamment au Canada, aux États-Unis, en Europe et en Afrique du Nord. Elles font aussi partie d'une soixantaine de collections publiques et de nombreuses collections privées.

En plus de la peinture et de la sculpture, Marcel Barbeau a touché à de nombreuses formes d'art, dont l'estampe, le dessin, le collage, la photographie et la performance.

Au cours de sa carrière, l'artiste a remporté de nombreux prix, dont l'importante distinction du Québec pour les artistes en arts visuels, le prix Paul-Émile Borduas, en 2013. Il avait soumis sa candidature pour obtenir le prix Paul-Émile-Borduas à 18 reprises avant de se faire récompenser.

Dix ans plus tôt, il avait été reçu à l'Académie royale des arts du Canada. En 1995, le gouverneur général du Canada lui a décerné le titre d'officier de l'Ordre du Canada en reconnaissance de sa contribution à l'art canadien.

Quelques années plus tard, en 1998, Postes Canada a publié un timbre commémoratif reproduisant l'une de ses oeuvres dans le cadre de la série de timbres en hommage aux automatistes, publiée à l'occasion du cinquantenaire du manifeste Refus global.

En 2010, l'artiste est intervenu publiquement dans le débat entourant les changements prévus à la loi sur le droit d'auteur. Puis, la même année, dans le cadre du 40e anniversaire de la crise d'Octobre, il a réalisé un monument dédié aux victimes de la rafle policière du 16 octobre 1970. Celui-ci a été installé devant le siège de la Société Saint-Jean-Baptiste, à Montréal.

En 2013, à l'âge de 88 ans, il a mis la main sur le prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques. Il avait paru affaibli en montant sur scène, demandant à sa conjointe Ninon Gauthier de prononcer son discours de remerciements en son nom.

« Je trouve que ça arrive un peu tard. J'ai 88 ans, quand même. J'aurais aimé que ça arrive un peu plus tôt », avait-il alors commenté.

Marcel Barbeau a été brièvement marié à Suzanne Meloche de 1948 à 1952. Il a eu deux enfants de cette première union, mais ceux-ci ont été confiés en bas âge à une garderie. Sa fille Manon a réalisé, en 1998, un documentaire sur le sort réservé à la progéniture des signataires du manifeste, Les enfants de Refus global, puis, en 2000, Barbeau, libre comme l'art.

Sa petite-fille, Anaïs Barbeau-Lavalette, est aussi cinéaste. On lui doit entre autres les longs métrages de fiction Le ring (2007) et Inch'Allah (2012), ainsi que quelques documentaires. En septembre 2015, elle a publié un roman intitulé La femme qui fuit, dans lequel elle évoque la vie de sa grand-mère Suzanne qu'elle n'a pas connue.

Quant à la deuxième conjointe de Marcel Barbeau, la critique d'art Ninon Gauthier, elle a consacré aux oeuvres de son mari sa thèse de doctorat, Marcel Barbeau échos et métamorphoses, qu'elle a soutenue à l'Université de Paris IV-Sorbonne en 2004.

Des politiciens québécois ont rendu hommage à Marcel Barbeau en apprenant son décès.

« Mes condoléances à la famille et aux proches de Marcel Barbeau. Un artiste au talent unique qui aura marqué son époque », a écrit le premier ministre Philippe Couillard sur Twitter.

Le maire de Montréal, Denis Coderre, a quant à lui parlé d'« un de ces artistes d'exception qui a marqué l'évolution de la société dont il est issu ».

« Toute sa vie, il a su repousser les limites de son art et son oeuvre immense est reconnue partout dans le monde. Aujourd'hui, nous sommes en deuil d'une icône de la créativité montréalaise », a-t-il déclaré dans un communiqué.

«Il nous traitait comme des égaux»

Le peintre Marcel Barbeau a fait, pendant sa carrière, une brève incursion dans le domaine de l'enseignement, en joignant le département des beaux-arts de l'Université Bishop's.

Son passage a marqué certains de ses étudiants, dont l'Estrienne Marie Nadeau. « En tant qu'enseignant, il nous traitait comme des égaux. Il n'était pas paternaliste, du genre à penser qu'il savait tout... Il avait un côté tendre, un peu mystérieux, une grande sensibilité. Il n'avait pas besoin de parler fort pour avoir une présence forte », se souvient-elle.

Parmi les beaux moments dont elle se rappelle, il y a une sortie à Montréal avec Marcel Barbeau et d'autres étudiants. « On avait été visiter des musées, et il avait accueilli quelques-uns d'entre nous à son appartement de Montréal pour la nuit. On ne verrait plus trop ça aujourd'hui! Il avait une grande générosité. »

Marie Nadeau remarque que plusieurs personnes qui enseignent l'art cessent progressivement d'en faire elles-mêmes. Elle lance donc comme hypothèse que ce pourrait être le grand amour de Marcel Barbeau pour les arts qui l'a éloigné d'une carrière en enseignement.

« C'était un gars qui était infiniment authentique dans sa démarche d'enseignant. Il ne faisait pas de cloison entre sa participation au Refus global et ses élèves... c'était un être entier, qui ne cloisonnait pas les différents aspects de sa vie artistique. Au travers des arts, il passait des valeurs humaines. »

En 1992, l'exposition inaugurale de la nouvelle galerie d'art de l'Université Bishop's, (aujourd'hui la Galerie d'art Foreman) a d'ailleurs été consacrée à Marcel Barbeau, qui y présentait des oeuvres récentes. Avec Camille Dauphinais-Pelletier

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