Luc Langevin, magicien généraliste

Sherbrooke sera l'avant-dernier arrêt de sa tournée québécoise : deux ans après... (Fournie)

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<p>Karine Tremblay</p>
Karine Tremblay
La Tribune

(Sherbrooke) Sherbrooke sera l'avant-dernier arrêt de sa tournée québécoise : deux ans après avoir lancé son tout premier effort sur planches, 200 représentations et 150 000 spectateurs plus tard, Luc Langevin fermera la boucle au Capitole de Québec, à la fin du mois de décembre. Il aurait pu choisir de travailler sur son second spectacle, auquel il a déjà commencé à penser. Au lieu de quoi, il mettra ses tours et ses illusions dans une valise. Et il réinvestira tout l'argent gagné en tournée pour tenter sa chance de l'autre côté de l'Atlantique. En février, le Casino de Paris ouvrira ses portes et sa scène à l'illusionniste québécois. Une première riche en promesses.

Ce n'est pas peu dire. Les investissements consentis pour cette percée européenne dépassent le million de dollars. Pour Luc Langevin, la démarche n'a pas de prix : « Je rêve depuis longtemps d'avoir une carrière internationale. Ce plongeon en France, c'est un premier pas pour joindre le reste de la francophonie. Après, si la réponse est bonne, je pourrai tenter le coup aux États-Unis. »

Le pari est grand. L'Europe est un marché capricieux et différent de celui d'ici.

« Courir des risques, ça a toujours fait partie de mon parcours. J'ai souvent eu le réflexe d'essayer des choses audacieuses sur planches, de me mettre en danger. Ça fait partie de moi. Je suis conscient qu'on peut perdre beaucoup si ça ne fonctionne pas quand on a osé gros, mais à l'inverse, on gagne davantage quand ça réussit. J'ai hâte de voir comment se passera ma première européenne. Pour avoir vu plusieurs bons shows là-bas, je sais que les Parisiens ont l'ovation moins facile qu'ici. Le public français intellectualise davantage ses réactions, il est plus cartésien, moins expressif. Je me demande comment la foule réagira à mes illusions, d'autant que la France est le seul pays qui n'a pas de star de la magie. Et la magie qu'on y fait est très conservatrice, avec des lapins sortis d'un chapeau haut de forme et des boîtes qu'on scie en deux. »

L'illusionniste est conscient d'arriver comme un ovni dans ce très classique paysage. Mais il a une bonne carte dans sa manche : il a récemment remporté le convoité Mandrake d'Or de la révélation internationale 2015, lors du récent Festival international de l'illusion et de la prestidigitation. Le rendez-vous annuel rassemble les professionnels de la magie des quatre coins du monde. L'honneur, que plusieurs comparent à un Oscar de la magie, arrivait à point.

« C'est un beau prix, qui m'apporte une visibilité que je n'aurais pas eue autrement », dit celui qui présentera en France le même spec-tacle qu'ici, à quelques détails près.

« On garde les mêmes illusions, mais on a changé le discours autour, l'enrobage. L'affiche du spectacle a aussi été modifiée. On a épuré. On voit mes mains, en mouvement, avec des équations autour. On a axé la campagne sur la classe et l'élégance pour se dissocier de l'image du clown qui colle parfois aux basques du magicien. »

Le même spectacle, en mieux

Tout aux préparatifs de son départ prochain, le magicien découvert à la télé québécoise n'en oublie pas moins le dernier blitz de spectacles qui l'occupe ici jusqu'à la fin du mois. Qu'est-ce qui a changé depuis le début de l'aventure scénique? Tout et rien.

« Le contenu est resté le même, mais mon aisance sur scène, elle, s'est transformée. Au début, je ne savais pas comment m'adresser à la foule. Le fait de se retrouver devant une salle pleine, ça change toute la dynamique. Maintenant, j'ai vraiment apprivoisé cet aspect du métier. Et il me plaît beaucoup. Je préfère maintenant la scène à la télé. Au petit écran, une fois que l'illusion est enregistrée, on passe à une autre. La tournée permet de voyager et de refaire le même numéro plusieurs fois, de le peaufiner. Chaque illusion devient comme une chorégraphie entre l'équipe technique et moi. Une chorégraphie réglée au quart de tour. Pour que la magie opère, il faut que les lumières s'ouvrent et se ferment au bon moment, que la musique soit coordonnée au reste. »

L'illusionniste qui mystifie tout le monde a beau être seul sur scène, il peut s'appuyer sur une solide brigade de techniciens. Mais il ne compte pas le nombre d'heures qu'il consacre à la conception de chaque numéro.

« Les gens ne s'imaginent pas à quel point il y a de la recherche et du temps derrière chacun d'eux », dit celui qui marie différentes techniques et astuces pour semer l'émerveillement.

« Je suis un magicien généraliste, en fait. J'utilise la lumière et les illusions d'optique, les phénomènes scientifiques méconnus, les mouvements plus rapides que l'oeil et la psychologie qui permet d'orienter la pensée par le choix de certains mots. Tout ça me sert à tisser mes illusions. »

Le magicien de 32 ans ne manque donc pas d'idées pour un deuxième spectacle solo. Les filons qui lui résistent ne font que le stimuler à trouver une façon de les concrétiser.

« J'aimerais faire un numéro où je lévite au-dessus de la foule. Je cherche encore comment. Et je rêve de réussir un tour dans lequel mon ombre fait autre chose que moi-même. Je vais y travailler. Je vais réussir. Il n'y a rien d'impossible. »

Rien d'illusoire non plus. Surtout pas une carrière internationale.

Devenez magicien, trois fois plutôt qu'une

C'est en pensant à l'enfant qu'il était que Luc Langevin a imaginé le premier coffret Devenez magicien, il y a quelques années.

« Je me rappelais la fascination que j'éprouvais pour les tours de magie. J'ai créé le boîtier que j'aurais aimé avoir en main, lorsque j'étais petit, avec un paquet de cartes à mon effigie et des tours pas trop difficiles pour ne pas décourager les gens. Je ne m'attendais pas, alors, à faire de l'argent avec ça, à ce que ça reçoive un tel accueil. »

Les deux premiers coffrets à son nom ont trouvé pas moins de 75 000 preneurs. Ce succès, combiné à des témoignages touchants, l'a incité à répéter la formule, presque magique. À quelques jours de Noël, le coffret numéro trois est en magasin. Et probablement sous le sapin dans bien des maisons.

« Des enfants m'ont écrit, mais j'ai aussi reçu des messages de parents qui me racontaient, par exemple, que leur jeune avait du mal à entrer en contact avec les autres et que le fait de réussir des tours de magie lui avait donné confiance en lui. Des retours pareils, c'est très émouvant. Ça me rejoint d'une façon particulière parce que je sais que la magie a eu cet effet-là sur ma propre vie. »

Vous voulez y aller?

Réellement sur scène

Luc Langevin

Samedi 19 décembre, 20 h

Salle Maurice-O'Bready

Entrée : 60 $

La magie dès l'enfance

Le jeune Luc avait six ans lorsqu'il a eu la piqûre du métier.

« J'ai assisté à un tour pendant lequel le magicien coupait une corde en deux et la rafistolait en faisant un noeud. Il faisait bouger le noeud avant de dévoiler une corde intacte, en un seul morceau. Ça m'avait renversé. De retour à la maison, j'avais tout de suite essayé de reproduire le tout. »

L'envoûtement était réel. Déjà. Il savait que la magie, c'était son avenue.

« Ça suscitait une émotion tellement puissante en moi que je n'avais aucun doute. »

Ses parents, eux, étaient moins chauds à l'idée de voir leur fils excellent en sciences se diriger vers les tours de charme.

« Ça ne les enchantait pas tellement! Ils voyaient difficilement comment je pourrais gagner ma vie là-dedans. J'ai poursuivi mes études en sciences jusqu'au doctorat en nourrissant ma passion pour la magie en parallèle. »

Un premier passage à la télé a révélé le jeune talent au reste du Québec. La suite, on la connaît. Luc Langevin a mis ses études sur la glace pour se lancer tête première dans la magie. Avec le succès que l'on sait. Non, ses parents ne s'inquiètent plus.

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