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Moi au carré:quête de soi en mouvements

Vent de renouveau, chez Sursaut : la nouvelle... (Spectre Média, Julien Chamberland)

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Vent de renouveau, chez Sursaut : la nouvelle création de la compagnie de danse sherbrookoise est signée Stéphanie Brochard. Une première pour celle qui est depuis 2008 une proche collaboratrice de la directrice artistique Francine Châteauvert. Dans Moi au carré, la chorégraphe s'est intéressée à la quête de soi et aux pirouettes qu'on fait parfois pour être accepté par les pairs et faire partie du groupe, à l'adolescence.

Spectre Média, Julien Chamberland

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<p>Karine Tremblay</p>
Karine Tremblay
La Tribune

(SHERBROOKE) CRITIQUE / On sent une signature nouvelle, dans Moi au carré. Un regard autre, une gestuelle neuve. Mais on perçoit aussi vaguement la parenté dansée, le lien avec ce qui a été fait avant (La cigale et la fourmi, notamment). Première chorégraphie signée Stéphanie Brochard pour la compagnie Sursaut, le spectacle s'attaque au thème fort de l'identité. La lumière qu'on braque sur soi, le regard qu'on tourne vers l'autre, celle ou celui qu'on rêve d'être, celle ou celui qu'on est, au fond : tout ça transparaît dans la nouvelle création de la compagnie de danse sherbrookoise, dont c'était mardi la première.

Le spectacle est bien bâti, bien pensé, bien interprété. Il faut quand même prendre le temps de décrypter l'idée pivot. D'emblée, ce qu'on voit, c'est trois adolescents en pantalon cargo et chandail kangourou qui se meuvent dans un décor mobile savamment pensé. Trois lampes suspendues, deux pans de murs en briques, des fenêtres en découpe et trois poutres fournissant prises et leviers composent l'essentiel du tableau scénique au look industriel. Il pourrait être banal. Il ne l'est pas. Parce que les danseurs (Amandine Garrido Gonzalez, Jasmine Inns et Xavier Malo) habitent chaque parcelle du décor. Ils jouent avec les éléments de celui-ci, ils grimpent aux murs, ils effectuent prouesses et figures de style sans fausses notes. Des jeux d'ombre et d'habiles effets d'éclairage magnifient le tout. Les transitions musicales gagneraient à être plus fluides, mais visuellement, l'effet est impeccable. Les chorégraphies sont habilement tissées et s'enchaînent à bon rythme. Avec des mouvements empruntés au breakdance, sur des musiques plutôt urbaines, le trio dessine en cadence la quête de soi adolescente. Avec ce que ça veut dire de travers, d'emportements, de zones floues, de moments de grisaille.

Ici, la casquette de l'une et de l'autre s'insère dans la chorégraphie et prend force de symbole. Ils se l'échangent, se la disputent, la font voler au loin, jouent avec comme des gamins, l'enfilent enfin avec attitude. Le chapeau à palette est leur point commun, leur langage partagé. Il signifie ni plus ni moins l'appartenance au groupe. Ou l'exclusion de celui-ci. Ce n'est pas dit, ce n'est pas clair et franc, on le devine au fil du spectacle. Ceci menant à cela, les enfants saisissent peut-être les grandes lignes de la création, mais ils ne mesurent sans doute pas toujours toute la portée du message.

Ce qu'ils comprennent, au premier chef et sans ambiguïté, c'est que l'une des protagonistes cherche à se tailler une place, à faire partie du clan tissé serré. Elle multiplie les pirouettes, s'essaie au mimétisme, tente de se greffer aux deux autres en les suivant pas à pas. Sans réel succès. L'adolescence, c'est aussi ça : l'approbation tant recherchée des pairs n'est pas toujours au rendez-vous. Le rejet répété, ça brûle les ailes, ça abîme le coeur, ça donne parfois envie de s'effacer.

Ça aurait pu finir sur cette note triste, mais l'âge printanier n'est pas que cruauté. Un regard empathique peut tout changer. Les casquettes, alors, disparaissent. Ne reste qu'une main tendue. Et trois ados qui se défont de leur masque pour aborder de front la personne qu'ils sont, au fond.

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