• La Tribune > 
  • Arts 
  • > Des dauphins, des licornes et des guitares 

Des dauphins, des licornes et des guitares

Depuis vendredi, le tout neuf album des Trois... (Courtoisie)

Agrandir

Depuis vendredi, le tout neuf album des Trois Accords est dans les bacs. Joie d'être gai explore un nouvel univers sonore, dans lequel on reconnaît une couleur nouvelle, inspirée du rock des années 1990.

Courtoisie

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
<p>Karine Tremblay</p>
Karine Tremblay
La Tribune

(Sherbrooke) La pochette du nouvel album des Trois Accords a l'air de sortir tout droit d'un studio nouvel âge. Quiconque ne serait pas bien informé sur la couleur rock du groupe drummondvillois pourrait penser qu'il a affaire à une obscure formation baignant dans l'encens et naviguant dans des eaux musicales pleines de synthétiseurs et de flûtes de Pan.

«C'est une pochette très universelle... et très cosmique, je dirais», résume Simon Proulx.

Cosmique, c'est le mot. Sur fond de ciel mauve étoilé, une licorne et un dauphin font pleuvoir des perséides sous un arc-en-ciel. L'illustration est impayable. Sérieux, vous avez dégoté ça où? Dans une boutique ésotérique?

«Non, on a fait faire une toile.»

Sur mesure. À l'aérographe. Avec des indications très claires: dauphin, licorne, arc-en-ciel.

«Vous êtes sûrs?» a demandé l'artiste Jean Pronovost. «Et comment!» a répondu le quatuor, qui avait en tête la quatrième chanson du disque, Des dauphins et des licornes.

Pourtant, ce n'est pas elle qu'il a choisi de mettre en caractères gras sur la couverture.

«On avait plusieurs titres possibles. Joie d'être gai est celui qui s'imposait.»

À cause du trait d'humour et du double sens.

«Mais aussi parce que c'est la chanson ''un'' du disque, le premier extrait. Elle a cette facture musicale un peu nouvelle, qu'on avait envie d'installer. Elle permet de placer l'oreille, de teinter l'écoute des autres chansons.»

Homosexualité et esthétique

Elle donne une clé, en somme. Elle dévoile un pan de ce qui, dans ce cinquième opus, apparaît comme thèmes récurrents.

«Le liant, entre les chansons, c'est l'homosexualité et le volet esthétique. C'est ce qui revient, ce qu'on a décidé d'appuyer.»

On pourrait aussi parler de chansons qui causent d'amour tout court, façon Trois Accords. Reste que, d'un titre à un autre, il y a des robes de chambre à profusion, des larmes qui barbouillent les joues, des arcs-en-ciel, des esthéticiennes, des soins faciaux, de l'épilation, des massages. Tant et tellement qu'on imagine que le groupe a composé l'essentiel de ses nouveaux textes dans le cocon d'un spa.

«C'est parce qu'on veut trouver le temps d'y aller enfin. Alors on fait comme dans Le secret, on en parle beaucoup!» dit Simon Proulx en rigolant.

Les jeux de mots qu'il multiplie dans les textes de cette nouvelle galette, il les a travaillés et retravaillés.

«J'ai passé beaucoup de temps à tasser des virgules, à changer des mots. Écrire cet album a été très exigeant. Il y a eu beaucoup de réécriture pour rendre tout ça rythmé, imagé et doux à l'oreille. Chaque fois qu'on prépare un album, on a envie d'être encore meilleur que la dernière fois. On a aussi le goût de ne pas se répéter, de se mettre en danger, d'aller là où le public ne nous attend pas. Cette fois-ci, on a poussé l'audace un peu plus loin, en habillant nos tounes de sonorités nouvelles.»

Ce son, aux guitares appuyées façon rock des années 1990, ça faisait longtemps qu'ils l'avaient dans leur mire. Depuis avant J'aime ta grand-mère.

«On en avait alors parlé avec Gus van Go, mais les chansons, à l'époque, ne se prêtaient pas à ces distorsions sonores. Là, j'ai senti qu'on pouvait le faire. On a pensé à des trucs comme Weezer et Smashing Pumpkins. En amont du blitz de studio, on a fait beaucoup de recherches pour trouver ce qui collait.»

Sans consensus

À quelques heures de lancer ce disque, le parolier et chanteur drummondvillois confiait quand même une certaine fébrilité.

«C'est chaque fois pareil. On se lance un peu sans filet. Jusqu'ici, peu de gens ont entendu l'album, mais ceux qui y ont prêté l'oreille n'arrivent pas à un consensus. Tout le monde a une chanson préférée, et elle est différente pour chacun. C'est bon signe, ça veut dire qu'on a eu raison d'aller dans toutes ces directions-là. Ça nous indique qu'on a emprunté la bonne voie.»

Une voie rapide, par ailleurs. Le dernier tour de calendrier a été plus que chargé pour Simon Proulx. Entre l'enregistrement et le lancement de son premier album solo, la tournée de J'aime ta grand-mère, l'organisation du Festival de la poutine, l'écriture et l'enregistrement de Joie d'être gai, il y a eu zéro temps d'arrêt.

«Je n'ai pas eu le temps de me déposer ni celui de prendre du recul. J'ai encore le nez collé au disque.»

Dans les semaines qui viennent, avant de reprendre la route des spectacles en janvier, il entrevoit un rythme moins effréné. Des heures libres. Des cases vides dans l'agenda.

«Cet automne, mon objectif, c'est de trouver du temps pour écouter un film tranquille à la maison.»

Et peut-être aussi pour aller au spa.

Entre New York et Montréal

C'est une connivence qui dure depuis six ans, une complicité de studio qui s'est transformée en amitié entre Gus van Go et Les Trois Accords.

«Cette amitié-là fait qu'on reste en contact. Gus agit aussi à titre de directeur artistique. On discute énormément de nos idées, des directions à prendre. On a d'ailleurs beaucoup échangé des idées pendant notre tournée. Quand on s'est retrouvé pour le cinquième album, on avait pris de l'avance. On ne partait pas de zéro.»

Le disque a été enregistré en partie à New York, en partie à Montréal. Les Trois Accords ont joué de tous les instruments, mais il ont pu compter sur la collaboration de Liam O'Neil au piano et à l'orgue. L'ancien des Stills a apporté une teinte de rock britannique, il a contribué à colorer la nouvelle palette musicale.

Autre apport musical étonnant, celui de Marie-Michèle Beausoleil, qui a traîné sa harpe en studio. Une idée de Simon Proulx, qui souhaitait exploiter au maximum le concept de la chanson Les dauphins et les licornes, beau ver d'oreille musical qui va en crescendo et auquel la harpe apporte une touche unique.

Pub inspirée

Quand La famille du Lait a demandé les droits de la chanson J'aime ta grand-mère, Les Trois Accords ont dit oui. Puis, occupés ailleurs, ils ont un peu oublié. Jusqu'à ce qu'ils découvrent, comme tout le monde, la pub télé concoctée pour mousser la crème.

«On est content parce que cette publicité est carrément inspirée de notre vidéoclip et elle est très bien faite. On en entend beaucoup parler, d'ailleurs. Des madames nous interpellent à l'épicerie pour nous dire qu'elles aiment ça. C'est une grosse campagne. On a l'impression que ça a touché un autre public que celui qui nous suit.»

Bientôt en spectacle

Les Trois Accords ont l'habitude de déjouer l'attendu et le prévisible. Leurs vidéoclips, toujours un peu décalés ou rigolos, produisent généralement leur effet. On se demande ce qu'ils vont bien pouvoir inventer avec les filons riches en images de leur opus tout frais. Eux-mêmes ne le savent pas encore.

«On n'a pas encore pensé à ça, tout comme on n'a pas encore orchestré notre tour de chant pour la tournée. On sait qu'on va avoir un beau choix de chansons, étant donné qu'on a cinq albums dans lesquels piger.»

À Sherbrooke, on attend le quatuor le 31 mars prochain, sur la scène du Théâtre Granada.

Discographie

2003: Gros mammouth album

2006: Grand champion international de course

2008: En beau country

2009: Dans mon corps

2012: J'aime ta grand-mère

2015: Joie d'être gai

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer