La tête dans un nuage d'images

Mémoires, une oeuvre de Roberto Pellegrinuzzi, aborde la... (Imacom, René Marquis)

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Mémoires, une oeuvre de Roberto Pellegrinuzzi, aborde la surabondance de l'image dans la vie moderne et a été réalisée à partir de 275 000 clichés différents, pris à raison de 600 par jour sur une période de 16 mois.

Imacom, René Marquis

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(SHERBROOKE) Roberto Pellegrinuzzi a créé une sculpture formée de 275 000 photographies suspendues sur quelque 6500 fils transparents. Des photos de son quotidien, que l'artiste a prises sur une période de 16 mois, au rythme effréné de près de 600 clichés par jour. Une oeuvre nommée Mémoires.

« Le nombre de photos représente l'espérance de vie d'un capteur numérique, qui meurt après environ 275 000 clics. La dimension des clichés est la même que celle de ce capteur d'images. Les photos ne sont pas toutes cadrées. Certaines sont floues. Comme certains de nos souvenirs. Ce sont des images qui manquent de mémoire en quelque sorte », résume l'artiste qui vit à Bolton-Est.

« Et même avec ces 600 photos par jour, je n'ai pas posé tous les moments vécus. On pourrait dire que ces instants non captés représentent des trous de mémoire », ajoute celui qui, depuis 1985, a présenté une cinquantaine d'expositions au Canada et en Europe.

Le nombre de photographies illustre la surabondance des images

qui circulent de nos jours. Une démesure qui crée parfois de la confusion, voire des étourdissements.

Avec la multiplication des images vient une certaine perte de sens, partant du fait qu'une photo (d'un quotidien banal) à l'ère numérique n'a pas la même valeur que celle (des grands jours), jadis, conservée précieusement dans les albums de famille bien classés dans la bibliothèque du salon.

« Une perte de sens, oui, mais des petits bijoux se cachent aussi dans la masse. Dans cette désinvolture, des images magnifiques ont été prises », précise M. Pellegrinuzzi.

Des photos et des egoportraits pris en série dans l'espoir de laisser des traces? Pour qu'on se souvienne? Retour à la mémoire. Aux Mémoires.

Excroissance du cerveau

Le résultat prend la forme d'un nuage. « On peut faire un parallèle avec le fameux Cloud qui permet l'entreposage de toutes ces informations », observe l'artiste.

Et lorsque le visiteur se positionne au centre de l'oeuvre et que ses pieds dépassent au bas, la sculpture peut s'apparenter à une excroissance du cerveau. « On revient à toutes ces images et ces informations auxquelles on est confronté chaque jour et à la difficulté de voir clair à travers tout cela », relate celui dont les oeuvres font partie de nombreuses collections, notamment les musées des beaux-arts du Canada et de Montréal.

À une certaine distance, la sculpture apparaît dans les tons de gris. Comme un nuage ou la matière grise.

Ce n'est pas la première fois que l'artiste se sert de photographies comme matière première, même s'il insiste sur le fait qu'il n'est pas photographe. Et ce n'est pas non plus la première fois qu'il s'em-

barque dans un projet monumental, presque aliénant, selon ses dires.

« Prendre 600 photos par jour, c'est difficile à atteindre, ça donne mal à la tête. Je les ai toutes imprimées puis découpées, des gestes très répétitifs », explique-t-il, précisant qu'il a engagé quatre personnes pour l'aider à l'assemblage, une étape qui a pris près de sept semaines. L'installation de l'oeuvre a pris sept jours la première fois.

« Je ne me rembarquerai plus dans un tel projet », lance-t-il. Et au même moment, il se reprend : « En fait, je ne peux pas le promettre, car la difficulté me motive. »

Vous voulez y aller

Mémoires

Roberto Pellegrinuzzi

Jusqu'au 19 décembre

Galerie d'art du Centre culturel de l'UdeS

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