Parler de l'ombre dans la lumière

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David (Maxim Gaudette) et Marie (Valérie Cadieux) forment un couple heureux et amoureux malgré les années.

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(SHERBROOKE) Il y a des suicides que l'on peut s'expliquer. Pas comprendre. Surtout pas accepter. Mais il est possible, dans certaines circonstances, de mettre le doigt sur une cause ou une conjonction de facteurs...

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Même si son film Les êtres chers aborde un thème lourd comme le suicide, la réalisatrice Anne Émond tenait à ce que son oeuvre demeure belle, tendre et lumineuse, et surtout qu'elle se termine sur une note d'espoir. « Il fallait qu'il n'y ait aucune ambiguïté sur la fin du film, sur le choix de la vie », insiste-t-elle. Le film prend l'affiche le vendredi 20 novembre.

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Et il y a les suicides qui prennent tout le monde par surprise. Ceux pour lesquels on n'arrive pas à trouver de motif rationnel. Commis par des gens qui (la phrase est pratiquement un cliché) « avaient tout pour être heureux ».

C'est à ceux-là qu'Anne Émond donne une voix dans son film Les êtres chers. À ceux qui posent le geste comme à ceux qui le subissent. Une histoire personnelle, que la cinéaste originaire du Bas-Saint-Laurent est allée tourner dans sa région natale et qu'elle portait en elle depuis près de 15 ans. Elle a toutefois attendu son deuxième film pour la coucher sur grand écran.

« Je comprends que les gens m'interrogent pour savoir s'il s'agit de ma propre histoire, mais je préfère ne pas raconter ma vie dans les médias, répond la réalisatrice. Ce que j'ai à dire est dans le film. Toutefois, je connais très bien tous les personnages et je n'aurais pas pu en parler de cette manière si je n'avais pas vécu des trucs qui m'ont rapprochée de cette réalité, parce qu'il s'agit d'un sujet complexe et très délicat. Disons que je me sentais bien

placée pour en parler. »

« Mais ça ne me paraissait pas comme un bon premier film, poursuit-elle. C'était une trop grosse production, avec plusieurs acteurs, des scènes de groupes, des tournages à Montréal, à Barcelone et dans le bas du fleuve. Je voulais apprendre un peu mon métier avant », résume celle qui a d'abord réalisé Nuit #1, lequel lui a notamment valu le prix Claude-Jutra aux Genie 2012, le Prix de l'innovation au 40e Festival du nouveau cinéma et le Grand Prix du 28e Festival international du film francophone de Tübingen, en Allemagne.

L'écriture des Êtres chers lui a aussi demandé du temps. « Trois ou quatre ans, notamment pour la structure, étant donné que 25 ans y passent en deux heures. »

Désaccordés de l'âme

Le long métrage se déroule en effet des années 1970 aux années 1990. Il suit les destins de David (Maxim Gaudette) et de sa fille Laurence (Karelle Tremblay). Le premier ignore les circonstances réelles du décès de son père, que son frère André (Mickaël Gouin) lui a cachées. À son tour, David fonde une famille avec sa femme Marie (Valérie Cadieux). Il élève ses enfants, Laurence et Frédéric, avec tout son amour, mais porte au fond de lui un vague à l'âme persistant.

Anne Émond voulait ainsi s'attarder sur « ces gens pour qui la vie ne va pas de soi, ces désaccordés de l'âme, comme trop sensibles pour ce monde ».

« Le projet du film, c'était de saisir ça, mais aussi de ne pas trop le montrer, sinon le public pourrait avoir hâte que David en finisse. Maxim et moi devions trouver un juste milieu. En même temps, je n'ai pas voulu simplifier. Quand survient un suicide, on cherche des raisons rassurantes, alors que souvent, il n'y en a pas. Il y a des personnes chez qui la dépression arrive et frappe », explique la cinéaste, qui espère que des gens se reconnaîtront dans cette histoire.

Anne Émond a été complètement charmée par l'audition de Maxim Gaudette, auquel elle n'aurait jamais pensé pour ce rôle. « Maxim, même lorsqu'il sourit, a ce regard un peu triste. Après l'avoir vu, je ne pouvais plus imaginer quelqu'un d'autre. Ce fut beaucoup plus difficile de trouver Laurence. Il nous fallait une jeune comédienne déjà très solide pour l'intensité des scènes à jouer. Nous avons vu une quarantaine de jeunes filles avant de trouver Karelle. »

Quant au travail dans sa région d'origine (plus précisément à Notre-Dame-du-Portage), ce fut un grand plaisir pour Anne Émond. « Il y avait des paysages que je connaissais tellement que je savais tout de suite où placer la caméra. Toute l'équipe est allée vivre là-bas pendant deux mois dans des petits chalets. Un véritable esprit de famille s'est créé et je suis sûre que ça se sent à l'écran. C'était un plateau sans stress. »

Pour le comédien d'origine sherbrookoise Maxim Gaudette, le... (Archives, La Presse) - image 2.0

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Pour le comédien d'origine sherbrookoise Maxim Gaudette, le rôle de David dans Les êtres chers était l'occasion de montrer une autre facette de son jeu d'acteur, grâce à un personnage plus lumineux et plus mûr.

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Enfin papa... à l'écran

Même si cela fait bientôt 20 ans qu'il est dans le métier, Maxim Gaudette a encore, à 41 ans, un casting de « jeune». Par exemple, il avait 36 ans quand il incarnait le fils de Roy Dupuis dans Les rescapés. Mais à l'adjectif « jeune », on pourrait aussi ajouter « sombre ». Un de ses premiers rôles à la télé était un jeune... tueur en série dans Fortier. Dix ans plus tard, il personnifiait un autre jeune meurtrier, cette fois dans Polytechnique de Denis Villeneuve (une prestation qui lui a valu un Jutra et un Genie).

Vous imaginez donc son plaisir quand il a été retenu pour le rôle de David dans Les êtres chers, un personnage que l'on voit passer de 26 à 46 ans et devenir père de deux adolescents.

« Oui, c'est la première fois que je joue un père de famille, dit-il fièrement. J'étais vraiment très content, d'autant plus que je suis père moi-même et que David a un côté lumineux. Je pouvais enfin faire

voir cette autre facette de moi », résume l'acteur, qui a été ému par le scénario dès la lecture.

« Généralement, c'est un très bon signe, et je me suis présenté à l'audition très inspiré. Il y avait dans ce texte quelque chose de mûr, d'enraciné et de très profond. J'ai été particulièrement touché par la dualité de David : d'une part, son côté sombre, mélancolique, solitaire,

et d'autre part, sa vie familiale et amoureuse. C'était très intéressant à jouer. En fait, c'était le défi du film. »

Parce qu'il y a un élément de surprise aux deux tiers, Maxim Gaudette devait constamment rester sur un fil ténu. « Je devais porter la souffrance de David... mais sans la laisser paraître, en la cachant aux autres. C'est un très bon exercice pour un interprète. Anne m'a aidé à trouver le niveau juste. »

Une violence qui marque

Pas besoin, pour Maxim Gaudette, d'avoir vécu le suicide de près pour être touché. « C'est quelque chose de très violent qui marque à vie. Comme interprète, je trouve que c'est un sujet important. S'il y en a beaucoup dans le cinéma québécois, c'est que c'est malheureusement très présent dans notre société. Justement, il faut en parler et je trouve qu'Anne a créé un film très rassembleur, axé sur la vie, la lumière et le désir de vivre. C'était un grand défi. »

Sur ces personnes qui posent le geste fatal même si tout semble leur sourire, Maxim Gaudette ne peut qu'imaginer une douleur, une angoisse et un mal de vivre insoutenables.

« Je ne peux pas m'expliquer autrement que l'on puisse laisser ses proches ainsi, sinon que la personne n'est plus tout à fait là et que ça devient plus fort qu'elle. »

C'était la première fois que Maxim Gaudette était dirigé par une réalisatrice. « Je n'ai pas vu de différence, à part peut-être le côté tendre et délicat du film. Le versant féminin, il est probablement là. »

L'adolescente que joue Karelle Tremblay vit aussi une... (Archives, La Presse) - image 3.0

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L'adolescente que joue Karelle Tremblay vit aussi une autre épreuve, celle de voir un ami proche sombrer dans une psychose.

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Une moitié de film sur les épaules

Depuis sa première apparition télé dans l'émission jeunesse Le club des doigts croisés (2009-2010), Karelle Tremblay a joué dans 30 vies, 19-2, Yamaska et les films Amsterdam, Corbo et Miraculum. Mais jamais elle n'avait encore eu de rôle aussi important que celui de Laurence, lequel devient le personnage principal dans la deuxième moitié des Êtres chers.

« J'ai été très vite conquise par le scénario. J'ai été très touchée par la relation entre le père et la fille, par le fait que ni l'un ni l'autre n'a de mauvaise intention, mais il y a le passage obligé de l'adolescence. J'ai aussi aimé la lueur d'espoir. Je trouvais ça vraiment beau. Laurence est plus curieuse, plus optimiste et plus confiante par rapport aux tourments de la vie. »

L'adolescente que joue Karelle Tremblay vit aussi une autre épreuve, celle de voir un ami proche sombrer dans une psychose. « C'est comme un premier deuil pour elle, comme si elle perdait son ami, même s'il est toujours en vie. »

Karelle est aussi la seule membre de la distribution qui est allée tourner à Barcelone, alors que Laurence fait un voyage en solitaire. « Nous sommes restés une dizaine de jours là-bas, pour quatre jours de tournage. On s'est vite aperçu que les Espagnols n'ont pas la même manière de travailler que nous. Ils sont hyper relax! »

De cette « plus belle expérience

de plateau à vie », l'actrice de 19 ans, qui fera son entrée dans Unité 9 après les Fêtes dans la peau de la détenue Cameron Marquis, retient la rencontre « extraordinaire » avec Anne Émond, une « femme forte, créative et impressionnante », et l'atmosphère de gang, « où tout le monde est à l'écoute de l'autre, dans la même bulle, pour créer quelque chose de bon ensemble ».

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