Elles étaient quatre

Destinée aux jeunes de 7 à 12 ans,... (Imacom, René Marquis)

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Destinée aux jeunes de 7 à 12 ans, Lettre pour Éléna aborde un sujet grave, mais sans lourdeur, grâce à la plume délicate d'Érika Tremblay-Roy. L'auteure a travaillé de concert avec le chorégraphe européen Christophe Garcia pour créer la pièce présentée à Sherbrooke vendredi et samedi. Les trois interprètes, Marion Baudinaud, Alex-Ann Boucher et Julie Compans, offrent une performance tout en mouvement.

Imacom, René Marquis

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<p>Karine Tremblay</p>
Karine Tremblay
La Tribune

(SHERBROOKE) CRITIQUE / Elles étaient quatre, elles ne sont plus que trois. Trois fillettes dans la douceur de ce petit matin d'été, trois coquines en robe rouge qui s'amusent avec insouciance. Elles ont l'humeur taquine de celles qui savourent les vacances. Elles courent, elles grimpent, elles rient. Elles nous font rire. Et presque pleurer, l'instant d'après. Parce que le trio révèle à petits pas une vérité qui brûle les yeux et bouleverse le coeur. Parce qu'il y a ce camion qui a fermé l'oeil. Une fraction de seconde. Un instant trop tôt. Ou un instant trop tard. Elles étaient quatre, elles ne sont plus que trois. De quel côté de la vie sautillent-elles maintenant?

On ne le dira pas. Ça gâcherait un peu le plaisir que procure Lettre pour Éléna, la délicieuse nouvelle création du Petit Théâtre de Sherbrooke. Réalisée de concert avec La parenthèse, compagnie de danse européenne, la toute neuve coproduction marie mots et mouvements avec grande élégance et beaucoup de poésie. Il aurait été facile de se casser les dents, pourtant. Le deuil est un sujet délicat. Les « au revoir » ne sont jamais faciles à faire, ils ne sont pas plus aisés à traduire sur scène. Il fallait avancer comme funambule sur le fil de ce thème à grande portée. Il fallait de la sensibilité, du ressenti, le souci du mot juste autant que la capacité de retrancher ce qui n'était pas nécessaire. Raconter aux enfants une histoire qui évoque la mort sans tomber dans la lourdeur relève de l'exploit.

Et c'est ici plus que réussi. Parce qu'il y a l'amitié pour adoucir le réel. Parce qu'il y a ce bonheur caché dans les toutes petites choses, les petits gestes, les souvenirs d'hier. Parce qu'il y a, surtout, la plume inspirée d'une dramaturge de talent.

Ce n'est pas la première fois qu'on le remarque : Érika Tremblay-Roy a ce don, rare, de raconter l'enfance avec justesse. Elle sait semer le rire au moment où il le faut et, la minute d'après, planter un peu de gravité dans le récit. Tout en finesse et en fraîcheur, dépouillé d'artifices, le texte qu'elle a pondu est superbe de doigté et de délicatesse. Il dit tout sans rien brusquer.

Belle trouvaille

Et il est magnifiquement complété par les chorégraphies signées Christophe Garcia. L'idée de marier le mouvement aux mots est une belle trouvaille, une avenue qui permet d'aller jouer dans une autre palette émotive. Les interprètes, deux Françaises et une Québécoise, sont avant tout des danseuses, des pros de la cadence, mais le texte ne perd rien au change. Elles savent livrer chaque réplique avec talent et justesse. Et lorsqu'elles laissent le corps exprimer ce que la parole, parfois, peine à dire, c'est tout en nuances, avec une gestuelle à la fois enfantine, gracieuse, évocatrice.

Au chapitre de la mise en scène, rien à redire. Les effets sonores et scéniques sont tout simples mais efficaces. C'est d'ailleurs toujours fascinant de voir comment, avec peu de moyens mais beaucoup de créativité, la petite troupe arrive à créer tout un univers, à insuffler un peu de magie à ce qui se vit sur scène. Ici, les trois copines toujours en mouvement trouvent des tas de missives qui leur sont adressées. Des lettres pleines de couleurs et de douceur, d'autres qui sonnent comme une tempête, certaines qui viennent de gens qu'elles ne connaissent pas, d'autres, enfin, qui ont été écrites par la main de leurs proches.

Mais elles ont beau chercher, Lucie, Aïcha et Frank ne trouvent nulle part la lettre d'Éléna. Leur complice, leur meilleure amie. Celle qui faisait partie du cercle précieux qu'elles formaient toutes les quatre. C'est embêtant. Il y a forcément un message d'Éléna, se disent les fillettes. C'est le début d'une quête nouvelle en même temps que l'apprivoisement d'une idée douloureuse.

On fait le chemin en même temps qu'elles trois. Comme adulte, comme enfant, on ne perçoit sans doute pas les enjeux et le sujet de la même façon. Mais pour tous, la traversée théâtrale est aussi belle que touchante.

Vous voulez y aller?

Lettre pour Éléna

Petit Théâtre de Sherbrooke et La Parenthèse

Vendredi, 19h, et samedi, 14h

Théâtre Léonard-Saint-Laurent

Entrée : 17, 25 $ adultes

11,50 $ enfants

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