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Nicole Bordeleau passe d'une nouvelle vie à l'autre

Nicole Bordeleau avoue qu'elle a hésité lorsqu'on s'est... (Archives, La Presse)

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Nicole Bordeleau avoue qu'elle a hésité lorsqu'on s'est mis à la solliciter pour donner des conférences.  « Je ne suis surtout pas une gourou. Je suis encore en apprentissage, j'ai encore des peurs... Mais je partage avec les gens de façon authentique et transparente.»

Archives, La Presse

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(SHERBROOKE) L'art de se réinventer est le livre que Nicole Bordeleau aurait voulu écrire en premier. Mais avant, il lui fallait livrer son autobiographie (Vivre, c'est guérir!, 2012). Autrement ses propos auraient pu passer pour des « recettes toutes faites » ou des « baguettes magiques ». Pour que ses lecteurs sachent qu'elle parle en connaissance de cause, elle devait raconter son passé de toxicomane. Elle est ensuite retournée à son premier livre, qui portait alors un tout autre titre. Mais Zénitude et double espresso (2014), sur les façons de vivre le moment présent et d'apaiser le mental, a finalement pris sa place.

« Quand je suis enfin revenue à ce livre-là, il m'a forcée à me réinventer complètement. La personne qui l'a terminé n'est pas la même que celle qui l'a imaginé. Le point final a été en fait un point de départ », affirme l'auteure et conférencière.

C'était la troisième « réinvention existentielle » de Nicole Bordeleau. La première lorsqu'elle a quitté l'enfer de la cocaïne. La seconde quand est tombé un diagnostic d'hépatite C, maladie alors incurable et mortelle.

« La maladie est un professeur intransigeant. Elle force à remettre de l'ordre dans ses valeurs et ses priorités, de A à Z. »

Finalement, l'écriture de L'art de se réinventer l'a conduite à se questionner sur les grands thèmes de la vie, ce qu'elle n'avait jamais fait auparavant. « La confiance en soi, les peurs qu'il faut transcender, l'espoir, la foi, la mort... Il a fallu que je m'interroge beaucoup, notamment sur certains outils qui avaient longtemps fonctionné mais qui ne fonctionnaient plus, sur d'autres qui avaient été vraiment transformateurs... »

« Au bout du compte, j'ai tout mis dans ce livre : mon corps, mon coeur, mon âme, mon esprit. Si c'était le dernier livre que j'écrivais, je serais parfaiement en paix. »

Victoire sur l'hépatite C

Le plus merveilleux, c'est qu'au bout du processus d'écriture, une nouvelle heureuse et totalement imprévue est arrivée : Nicole Bordeleau est aujourd'hui guérie de l'hépatite C, après à avoir porté le virus en elle pendant plus de 25 ans.

« Est arrivé un nouveau traitement et en douze semaines, j'étais guérie. J'ai accueilli cette nouvelle comme une preuve qu'il n'est jamais trop tard. Peu importe depuis combien de temps vous êtes malade, seul, agoraphobe, alcoolique, en surplus de poids, il n'est jamais trop tard pour se réinventer. »

Le gouvernement a en effet accepté un nouveau traitement expérimental pour les personnes en cirrhose ou début de cirrhose dont le premier traitement avait échoué. « Il fallait remplir toutes ces conditions, car ce nouveau traitement coûte une fortune. Je pensais ne pas y avoir droit, car j'allais relativement bien. J'ai quand même passé des tests. Et nous avons vu qu'il était plus que temps que je prenne le médicament. Comme si mon corps m'avait envoyé un message. »

Depuis, chaque journée est une journée neuve. « Ça ne veut pas dire que je n'ai plus de problèmes dans la vie, mais ça m'a ôté un très grand poids. Et j'espère que cela donnera espoir aux gens qui attendent un traitement pour d'autres maladies. »

Zone sans gourou

Nicole Bordeleau avoue qu'elle a hésité lorsqu'on s'est mis à la solliciter pour donner des conférences. Encore aujourd'hui, elle le fait avec parcimonie.

« Je ne suis surtout pas une gourou. Je suis encore en apprentissage, j'ai encore des peurs... Mais je partage avec les gens de façon authentique et transparente. J'écris comme je parle, je reste vulnérable et ouverte », dit-elle pour expliquer l'attachement du public envers elle.

« Je ne suis ni psychiatre, ni psychologue, ni psychothérapeute. Je propose les choses en sachant qu'elles ne sont pas pour tout le monde et en incitant les gens à faire leurs propres expériences. Je ne donne pas de conseils, mais je peux être une écoute, créer un espace sur ma page Facebook pour que les gens écrivent, leur dire qu'ils ont été lus et compris... Mais je fais quand même partie des privilégiés, car ce lien avec le public enrichit ma vie. »

Ce que Nicole Bordeleau trouve difficile, c'est l'invisibilité de la souffrance dans notre société. « On peut aller au Népal, en Inde ou en Syrie, on verra la souffrance tout de suite et notre coeur va s'ouvrir. Mais ici, les gens souffrent en silence, même si presque tout le monde a l'air de bien aller. Ça a beaucoup adouci mon regard sur le monde. Quand je me fais couper dans le trafic, je me dis que cette personne ne va pas bien. La vie n'est pas facile pour personne. »

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