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Benoît Bouthillette : vivre pour faire vivre

Désormais établi en Estrie, le romancier Benoît Bouthillette... (Imacom, René Marquis)

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Désormais établi en Estrie, le romancier Benoît Bouthillette vient de lancer L'heure sans ombre, la suite très attendue de son roman La trace de l'escargot, qui lui avait valu le prix Saint-Pacôme en 2005. Il fera d'ailleurs un lancement cet après-midi à 14 h, au verger Le Gros Pierre de Compton, en même tant que sa conjointe, l'auteure et journaliste Danielle Goyette, lancera les deux derniers tomes de sa série jeunesse As-tu peur? L'entrée est gratuite.

Imacom, René Marquis

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(SHERBROOKE) De la patience, il en a fallu, à ceux et celles qui avaient craqué pour le personnage de Benjamin Sioui en 2005. Ils ne savaient pas, au moment de refermer La trace de l'escargot, qu'il leur faudrait attendre une décennie pour connaître la suite des aventures de l'inspecteur d'origine montagnaise.

Mais dix ans, c'est ce qu'il fallait aussi à l'auteur Benoît Bouthillette

pour déterminer comment se poursuivrait la vie du héros de son tout premier roman. Pour cela, il devait commencer par vivre lui-même. Vivre beaucoup. Le meilleur comme le pire. La part qu'on choisit et celle qu'on ne choisit pas.

Tout d'abord le meilleur. La trace de l'escargot a remporté le prix Saint-Pacôme, puis le prix Alibis, en plus d'être choisi comme un des dix meilleurs romans d'amour par les journalistes de La Presse.

« La première année a été fabuleuse. On m'a proposé plein de trucs : écrire un feuilleton pour la Courte échelle, participer à une série jeunesse aux 400 coups, devenir directeur de collection pour la Bagnole... J'ai presque tout accepté, parce que c'étaient autant d'occasions d'apprendre. En fait, je prévoyais alterner entre ces projets et les miens... »

Puis est arrivé le pire. Une sévère blessure dorsale. Une collection de chocs qui, depuis le football à l'école jusqu'à un coup de hache de trop pour fendre du bois, a fini par déchirer un disque. Nerf sciatique atteint. Douleur indicible. Invalidité. Dix-huit mois de calvaire.

« J'étais hypermédicamenté. Totalement engourdi. C'était comme si ma tête était dans un bocal. Aucune idée d'écriture n'aurait pu le percer. À l'époque, je ne pouvais me tenir que debout ou couché. Impossible de m'asseoir. Trois injections de cortisone n'ont rien donné. J'ai dû participer à un programme spécial et signer une décharge pour qu'on me donne deux injections simultanées. Et ça a marché. La douleur n'a pas complètement disparu. Elle est devenue comme un acouphène. J'ai appris à vivre avec elle et je suis encore fragile. Un autre choc et je deviendrais paraplégique. »

Après cet épisode, il fallait honorer les engagements pris avant la blessure. Ce qui fut fait... avec bien d'autres expériences au surplus. Par exemple, remettre Benjamin Sioui en scène dans des aventures parallèles, comme La nébuleuse du chat, un roman jeunesse, et La mue du serpent de terre, une novella écrite en hommage à sa défunte mère. Ou alors écrire pendant deux ans un feuilleton avec les élèves d'une école pour enfants handicapés. Encore mieux : devenir directeur littéraire. Notamment pour les quatre derniers romans de l'écrivain québécois de l'heure en suspense policier, Martin Michaud.

« Grand honneur » et « aventure fraternelle » sont les mots que Bouthillette emploie. Mais d'être directeur littéraire lui-même lui aura aussi permis de trouver la sienne (Anne-Marie Villeneuve, chez Druide), celle qui lui permettrait de percer les derniers plafonds de verre, ceux qui limitent toujours les auteurs.

« Dans le fond, ces dix années m'ont permis de m'effacer derrière Benjamin. J'avais réussi à le faire avec La trace de l'escargot, mais je trouve que j'avais fini par devenir trop littéraire. Je veux que cela reste de la littérature de terrain. Aujourd'hui, Benjamin a son esprit, son style, il a ses propres idées et il fait des blagues bien meilleures que les miennes. »

Double deuil

Dans L'heure sans ombre, on retrouve Benjamin Sioui six mois après la fin du précédent roman. Parti à Cuba après une peine d'amour et la perte d'une figure paternelle, il vit un double deuil. Jusqu'à ce que Yemaya, une divinité de la mer (rien de moins!) s'adresse à lui, pour lui annoncer sa mission : des enfants de Cuba disparaissent sans laisser de trace. Le gouvernement n'arrive pas à élucider l'affaire. Devinez qui Yemaya a choisi pour sauver les enfants...

Benoît Bouthillette sourit lorsqu'on lui fait remarquer ce surnaturel débarquant soudainement dans un polar. Surnaturel qui n'interviendra jamais dans l'enquête, précise-t-il.

« Benjamin est en deuil profond. Il a l'esprit fragmenté. Peut-être en est-il totalement conscient, peut-être entend-il vraiment des voix... »

En fait, on peut y voir un clin d'oeil au grand métissage qu'est Cuba, un pays qui passionne Benoît Bouthillette. « La santeria, une religion syncrétique de là-bas, venue en partie d'Afrique, est encore très répandue, et malgré un très haut niveau de scolarité, 80 pour cent de la population admet croire en au moins un de ses aspects. Cuba, c'est aussi le métissage du corps et de l'esprit. Cuba nous enseigne l'hédonisme, la conscience de la sensualité, du désir... alors que, pour Benjamin, le corps ne fait pas du tout partie de l'équation! »

Finalement, ce sont des forces contre ce métissage que l'inspecteur amérindien affrontera. Le roman visite aussi une Havane inédite, celle des festivals de musique électronique et des bars heavy metal.

L'heure sans ombre est également un roman initiatique, doublé d'une histoire d'amour. Et aussi le premier de deux tomes...

Non! Le deuxième ne se fera pas attendre dix ans encore. « Je prévois qu'il sera prêt au début de 2017. »

Parce que la dernière chose que Benoît Bouthillette a vécue dans ces dix années, c'est de quitter Brossard pour les Cantons-de-l'Est. « Et c'est ici, à Compton, que j'ai appris à cesser d'être perfectionniste dans l'écriture. J'ai trouvé la sérénité pour écrire. De la fenêtre de mon bureau, je vois la vallée de la Coaticook. Je peux dire de mon roman qu'il est un produit à 100 pour cent régional. »

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