Plongée dans le surnaturel

On les lit les yeux à demi-fermés. Et une fois la nuit venue, ils nous... (Imacom, Jessica Garneau)

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Imacom, Jessica Garneau

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<p>Karine Tremblay</p>
Karine Tremblay
La Tribune

(SHERBROOKE) On les lit les yeux à demi-fermés. Et une fois la nuit venue, ils nous empêchent souvent de fermer l'oeil. Qu'on ait 12 ou 40 ans, les histoires qui réveillent des frayeurs nous hantent longtemps. En ce samedi d'Halloween, entrevue avec deux auteurs dont les livres font peur un peu, beaucoup ou intensément.

Danielle Goyette... (Imacom, Frédéric Côté) - image 1.0

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Danielle Goyette

Imacom, Frédéric Côté

Elle a pataugé dans les histoires de fantômes et de lieux hantés, elle a assisté à des rituels vaudou, elle a écouté des gens qui jurent avoir croisé des ovnis, elle a fouillé les légendes de sorcières et de monstres des lacs, elle a plongé son nez dans le quotidien des croque-morts et autres thanatologues.

On se dit qu'elle a les nerfs solides, Danielle Goyette.

« En fait, dans la vie, je suis une fille plutôt sensible! Et je n'ai jamais été une fan de films d'horreur. Faire peur pour faire peur, ça ne m'attire pas », répond celle qui est pourtant derrière la populaire série Québec Insolite, publiée chez Michel Quintin,

« Cette collection, c'est un mandat que m'a confié l'éditeur. J'ai longtemps signé les textes informatifs de l'Extra, dans le magazine 7 jours. J'adore écrire des textes encyclopédiques. J'ai donc abordé tout ça de façon journalistique, avec un certain recul et en présentant autant les versions des témoins que celles des spécialistes qui apportent un autre éclairage, des explications rationnelles sur ce qui a pu se passer. »

En tout, la journaliste et auteure a recueilli des centaines de témoignages, qu'elle a consignés dans une douzaine de tomes. Les histoires étranges qu'elle a recensées empêchent parfois les lecteurs de dormir. L'écrivaine, elle, n'a jamais eu de mal à trouver le sommeil pendant la rédaction de ses bouquins.

« Le seul livre qui m'a un peu secouée, c'est celui sur le vaudou. Sinon, je n'ai pas cette peur des entités ou du paranormal. Les humains m'apparaissent souvent plus effrayants que les esprits! » dit en riant celle qui a grandi à Sherbrooke et vécu à Montréal avant de revenir s'établir à Compton, il y a un an et demi.

« Je suis très sceptique de nature, poursuit-elle. Il peut y avoir plusieurs explications logiques à divers phénomènes. En même temps, beaucoup de témoignages évoquent la manifestation de fantômes, et pas juste au Québec. Si tout ce beau monde s'invente des histoires, ça fait une sacrée bande de fabulateurs! »

Faire peur aux enfants

Le mystérieux et l'inexpliqué fascinent, ce n'est pas d'hier. Et pas que les adultes. Dans les salons du livre où elle se promenait pour mousser les plaquettes de Québec Insolite, Danielle Goyette remarquait que de nombreux jeunes s'approchaient de son kiosque, intrigués par toutes ces histoires de fantômes, sorcières et autres phénomènes inquiétants. Évidemment, le contenu n'était pas adapté à leur jeune âge.

« J'en ai parlé à mon éditrice, Johanne Ménard. C'est elle qui a eu l'idée de lancer la collection As-tu peur?, qui s'adresse aux enfants de 8 à 12 ans. »

La nouvelle bannière littéraire a déjà quatre publications à sa feuille de route. La première, sur les zombies, a été lancée au plus fort de l'engouement pour les morts-vivants. Inutile de préciser qu'elle a connu, et connaît encore, beaucoup de succès.

Vampires et fantômes ont aussi fait l'objet d'un bouquin. Juste à temps pour l'Halloween, l'auteure lançait récemment son quatrième titre, sur les loups-garous celui-là.

« Je ne suis pas toute seule dans cette belle aventure-là. La création se fait vraiment à quatre têtes, avec mon éditrice, l'illustrateur Mathieu Benoit et l'infographiste Cindy Lampron. Ils amènent tous beaucoup d'idées, beaucoup d'humour aussi. »

L'humour, justement, est un peu le fil conducteur des pages abondamment illustrées, la clé qui permet d'aborder des sujets parfois glauques. Bandes dessinées, capsules informatives, menus sur mesures pour les effrayantes créatures, légendes et faits historiques se côtoient dans les volumes qui se feuillettent dans l'ordre comme dans le désordre.

Et la source n'est pas près de s'épuiser : deux autres manuscrits sont en cours. Pas besoin d'avoir les supers pouvoirs d'une sorcière pour deviner qu'il faudra patienter un tour de calendrier : la sortie des tomes 5 et 6 est prévue pour la prochaine saison des citrouilles.

Danielle Goyette

As-tu peur? : Loups-garous

Éditions Michel Quintin

64 pages

Une histoire qui l'a particulièrement chamboulée?

« Le témoignage d'une femme qui a vécu 30 ans dans une maison hantée. C'était quelqu'un qui était très éloquent et structuré, une directrice de CLSC. Elle avait vécu tant de manifestations différentes, son histoire était tellement solide, ça m'a ébranlée. »

Le phénomène qui pique sa curiosité?

« Les ovnis. Je pense que c'est possible. Après tout, c'est très narcissique de penser que nous sommes les seuls à avoir une planète habitée. »

Jonathan Reynolds... (Collaboration spéciale) - image 2.0

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Jonathan Reynolds

Collaboration spéciale

L'horreur qui fait grandir

Jonathan Reynolds est en quelque sorte tombé dans la marmite de l'horreur quand il était petit.

« J'ai une grande différence d'âge avec mes deux frères. Ils étaient ados et regardaient des films d'horreur. Moi, j'étais intrigué, mais beaucoup trop jeune pour visionner avec eux. Je collais donc mon oreille à la porte de leur chambre. »

Sans le support des images, les bruits horrifiants généraient peur et cauchemars : « J'imaginais tout ce que je ne voyais pas. »

Le gamin aurait pu développer une solide aversion pour tout ce qui lui fichait la frousse. C'est plutôt devenu objet de fascination. Et de création. Il savait à peine écrire qu'il inventait déjà des histoires à faire peur. Il n'a jamais cessé de tricoter à partir de ce filon.

Le Bromptonvillois qui habite désormais Québec a publié plusieurs histoires, pour les jeunes lecteurs autant que pour les adultes, toujours en exploitant le moteur de la peur.

« C'est un défi chaque fois parce qu'on ne peut pas se répéter. Il faut toujours aller ailleurs, emmener le lecteur là où il sera surpris ou déconcerté. Sinon, ça ne fonctionne pas », explique celui qui a lancé cet automne Les Immondes, son huitième roman dans la collection Zone Frousse. Celui-ci met en scène d'inquiétantes créatures qui sèment la panique chez la jeune Fanny et le voisin de celle-ci. La présence de ces effrayants est en quelque sorte un hommage à l'auteur Lovecraft, qu'il a lu, ado, et qui a été le premier à intégrer des créatures venues d'ailleurs à ses intrigues.

Romancer l'horreur

Faut-il éviter les histoires à l'encre trop noire lorsqu'on romance l'horreur pour les jeunes lecteurs? Pas tant, répond l'auteur et cofondateur de la maison d'éditions Les Six Brumes.

« Il peut y avoir des morts, des trucs bizarres, mais il y a des choses qu'on ne montrera pas. Tout est dans la façon de raconter. Au début, j'y allais plus mollo. Lors d'un atelier que je donnais en classe, les jeunes m'ont dit que je pouvais aller plus loin dans le genre. J'y ai vu un défi : jouer avec la peur de mes lecteurs sans les traumatiser », exprime l'auteur, qui ne voudrait toutefois pas écrire pour la petite enfance.  

« Parce qu'il n'y a pas de sous-texte caché, pas de morale, pas de volet éducatif dans mes histoires. J'aime m'adresser à des lecteurs préadolescents et adolescents. Ils sont réceptifs à mon genre littéraire, probablement parce que, à cet âge-là, ils savent qu'ils vont grandir, que des choses vont changer, qu'ils se dirigent vers une autre étape. Cette incertitude canalise peut-être un intérêt vers l'étrangeté et l'inconnu. Et peut-être aussi que le monstre symbolise, en quelque sorte, les changements extérieurs qu'ils ne contrôlent pas. »

Jonathan Reynolds

Les Immondes

Éditions Z'ailées

110 pages

Le livre d'horreur qu'il recommande?

La peau blanche, de Joël Champetier, une histoire d'amour qui tourne mal, d'une façon qu'on ne voit pas venir. C'est tout en subtilité, c'est aussi beau qu'épeurant.

Ce qui lui fait peur?

C'est irrationnel : je n'aime pas les araignées. Je ne prendrais pas une tarentule dans mes mains, disons.

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