Elizabeth Shepherd : humainement jazz

Salué par la critique, The Signal, cinquième album... (Imacom, René Marquis)

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Salué par la critique, The Signal, cinquième album d'Elizabeth Shepherd, prend maintenant la route de la scène. La chanteuse montréalaise s'amène en Estrie et dans les Bois-Francs avec quatre musiciens pour faire partager ses nouvelles créations, inspirée en grande partie de sa maternité, la plupart des chansons ayant été écrites peu après la naissance de sa fille.

Imacom, René Marquis

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(SHERBROOKE) Pas facile d'avoir un bébé pour une créatrice. Bien sûr, c'est une très grande joie, mais essayez donc d'écrire une chanson entre deux boires et trois couches...

Lorsque sa fille est arrivée, Elizabeth Shepherd a dû accepter ce cadre très serré. Avec seulement une heure ou deux de libres par jour, on ne commence pas à raturer : on accepte tout ce que l'inspiration vous offre.

« C'est à la fois très intense, mais aussi très pur. Jusqu'à cette journée où je n'avais vraiment rien à dire. Je me suis alors donné un but : ouvrir la radio et partir de la première chose que j'y entendrais. Et je suis tombée sur l'émission The Signal de Laurie Brown, à CBC... » raconte la chanteuse jazz montréalaise.

L'animatrice s'attardait sur ces histoires de gens qui se donnent rendez-vous cinq, dix, vingt ans plus tard, à telle heure et à tel endroit (sans jamais se contacter dans l'intervalle), et décident de la suite à partir de cet instant. Elizabeth Shepherd a gardé l'extrait de l'émission et en a fait la colonne vertébrale de la chanson-titre de son 5e album, intitulé... The Signal.

« Je trouve l'histoire tellement belle! Cette chanson est aussi pour moi une occasion de rendre hommage à la radio, la meilleure amie des artistes indépendants comme moi qui ne sont pas dans les Top 40. Il reste très peu d'animateurs et d'émissions dont le but est de faire découvrir toutes sortes de musiques à leur public, et Laurie en est une. »

Lignée d'humanité

The Signal est aussi une chanson qui contraste avec la grande intensité de cet album, imprégné de maternité et de féminisme. La plupart des chansons ayant été écrites dans les mois qui ont suivi l'accouchement, Elizabeth Shepherd s'est beaucoup questionnée sur le monde dans lequel elle venait de faire entrer un nouvel être humain, en l'occurrence une fille.

« J'en avais marre d'écrire sur mes propres complexes. En devenant parent, j'avais le sentiment de prendre ma place dans une longue lignée d'humanité et d'universalité. En fait, j'avais l'impression de beaucoup mieux comprendre la condition humaine. J'ai essayé d'encapsuler ça dans un album, ce qui est ambitieux », reconnaît-elle.

L'album se trouve donc fortement teinté d'interrogations et de constats sérieux. Mais il y a de la lumière.

« Le côté positif est peut-être difficile à percevoir. En fait, il est dans la musique elle-même. Je ne suis pas une personne craintive, je suis même optimiste au fond, mais je voulais toucher aux choses réelles, les ancrer dans quelque chose de vrai. Ce que j'ai réalisé, par exemple, avec les échantillons de bulletins d'information. Mais lorsque je touche à quelque chose de lourd, j'essaie toujours de faire contrepoids avec la musique. »

« Si les chansons parlent de la femme et de son expérience, parce que j'en suis une et que je suis mère d'une fille. C'est ça qui m'intéresse. Je parle du viol, des mariages forcés, de la mort de Trayvon Martin du point de vue de sa mère. C'est horrible d'entendre qu'un jeune de 17 ans se fasse tirer dessus parce qu'il est noir, mais en tant que maman, laisser son enfant sortir chaque jour en connaissant cette possibilité, ça me brise le coeur. »

Géant dans tous les sens

Sur le plan musical, les amateurs de jazz retrouveront la même « réinvention » qu'Elizabeth Shepherd insuffle à ce style depuis ses débuts, l'inoculant de soul, de funk, de hip-hop, de be-bop, d'instruments d'origine africaine. De nombreux collaborateurs sont ainsi venus mettre leur touche sur The Signal, tel Lionel Loueke, guitariste de Herbie Hancock, qui apporte notamment une belle couleur d'afro jazz sur This.

« Il était de passage à Montréal et je me suis dit que je ne pouvais rater cette occasion. Il a aimé ma musique et il a dit oui. C'est ce que j'aime des musiciens. L'important, c'est la musique, pas la notoriété de l'artiste. Lionel est un géant dans tous les sens. »

Et où en est-elle avec le français, elle qui a déjà repris Ferland et Brassens sur de précédents albums?

« J'ai envie que mon prochain album soit moins intense et j'ai décidé de m'inspirer de Montréal », mentionne celle qui a passé une partie de son enfance à Paris et parle couramment français, avant d'aller vivre 10 ans à Toronto. « Chaque fois que je reviens à Montréal, mon coeur bat un peu plus fort, et j'ai envie d'honorer ma ville. J'ai fait des entrevues avec des gens rencontrés dans la rue, sur leur relation avec des places publiques, des rues, des espaces, des édifices... Et j'ai construit une série de chansons : six en français et quatre en anglais. Je prévois cet album pour 2017. »

Vous voulez y aller

Ce soir, 20 h

Maison des arts de Drummondville

Entrée : 25 $

Vendredi 23 octobre, 20 h

Théâtre Centennial de l'Université Bishop's

Entrée : 31 $ (aînés : 28 $; étudiants : 18 $)

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