L'étendue des dommages sous Harper

Dans son documentaire de 52 minutes Le pays... (Photo Mariana Frandsen)

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Dans son documentaire de 52 minutes Le pays qui dit NON, la journaliste et réalisatrice Hélène Pichette dresse un portrait de la diplomatie et des relations internationales du Canada avant et après Stephen Harper. Le fim est projeté à la Maison du cinéma de Sherbrooke jusqu'au 19 octobre.

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<p>Denis Dufresne</p>
Denis Dufresne
La Tribune

(SHERBROOKE) Le Canada a beaucoup changé depuis l'arrivée au pouvoir des conservateurs de Stephen Harper à Ottawa en 2006, et pas toujours pour le mieux, comme le montre le documentaire Le pays qui dit NON, de la journaliste et réalisatrice Hélène Pichette. Particulièrement dans les relations diplomatiques, de plus en plus appuyées sur les intérêts commerciaux du pays et la rhétorique guerrière, au détriment de politiques progressistes axées sur l'aide internationale et la résolution de conflits.

Hélène Pichette fait un constat sans appel du recul de la présence du Canada sur la scène internationale par ce gouvernement de droite qui, observe-t-elle, ne croit pas au multilatéralisme, rejette l'ONU et a défait en dix ans la réputation enviable dont jouissait notre pays.

À l'aide d'entrevues avec des politiciens et des diplomates de carrière, notamment Joe Clark, ancien premier ministre et mi-nistre des Affaires étrangères dans le gouvernement de Brian Mulroney, Claude Laverdure, ex-ambassadeur du Canada en Haïti, au Zaïre,en Belgique et en France, de même que Carolyn McAskie, ex-sous-secrétaire générale à l'ONU et spécialiste de l'aide internationale, Le pays qui dit NON dresse l'étendue des dommages.

« C'est un film d'auteur, quelque chose de personnel. Ce sujet-là est peu abordé dans la campagne électorale, mais il faut réfléchir à ces questions-là, parce que ça n'a pas de sens dans un monde de plus en plus complexe comme le nôtre. Il faut penser au bien commun », explique Hélène Pichette, Sherbrookoise d'origine et grande voyageuse, qui a travaillé 40 ans à Radio-Canada et TVA. Elle a également été présidente de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec de 1999 à 2001 et a reçu le prix Judith-Jasmin en 1997 pour son reportage sur le conflit de travail de l'usine Kenworth de Sainte-Thérèse.

« Je ne prétends pas pouvoir changer les choses. Je pense juste que ça peut apporter un élément de réflexion supplémentaire », ajoute la réalisatrice, précisant que ce film a été fait en 2014 et devait sortir le printemps dernier, donc avant la campagne électorale fédérale.

LA RUPTURE DE STEPHEN

D'entrée de jeu, le film montre Stephen Harper livrant son premier discours à l'ONU, en 2006, une allocution au ton belliqueux qui tranchait nettement avec l'image traditionnelle d'un Canada adepte de la diplomatie et de la médiation.

« Ce qu'on voit, c'est que, tant sous des gouvernements libéraux ou progressistes conservateurs, il y a eu une continuité dans les politiques extérieures canadiennes. Les symboles et les valeurs sont restés les mêmes. Mais avec l'arrivée de M. Harper, il y a une rupture », observe Hélène Pichette.

« C'est le choix de ce gouvernement-là. D'ailleurs, il y a jamais eu d'énoncé de politique étrangère. On n'a pas de définition de ce qu'est la politique étrangère canadienne et ce qu'on voit là, c'est le résultat : un gouvernement qui a négligé l'ONU, qui est mal à l'aise avec le Commonwealth et la Francophonie, un gouvernement qui n'est jamais arrivé avec des projets », souligne-t-elle.

Le film, destiné au grand public, permet un retour sur les réalisations de la diplomatie canadienne dans les dernières décennies : la création des Casques bleus à l'instigation de Lester B. Pearson, prix Nobel de la Paix en 1957, la campagne internationale contre l'apartheid en Afrique du Sud, dans laquelle le Canada alors dirigé par Brian Mulroney a joué un rôle de premier plan, et la Convention sur l'interdiction des mines antipersonnel de 1997, sous l'impulsion du gouvernement de Jean Chrétien.

« Le Canada a toujours fait un travail de coulisse et joué un rôle de diplomatie tranquille qui a fait sa réputation. À mon avis, tout cela n'intéresse pas M. Harper. On n'est plus là », note Mme Pichette.

ISOLÉ DU RESTE DU MONDE

Avec le retrait du Protocole de Kyoto sur les changements climatiques, un appui inconditionnel à Israël, la réduction des programmes d'aide humanitaire, une absence quasi totale au sein des missions de maintien de la paix et une diplomatie subordonnée aux intérêts commerciaux du pays, le gouvernement Harper a changé l'image du Canada et s'est isolé de la communauté internationale.

Pourrait-on corriger le tir? Carolyn McAskie émet cette opinion à la toute fin du film : « Il faut trouver une nouvelle place. Il faut un gouvernement qui est prêt à travailler pour comprendre ce qui se passe dans le monde. Le monde est en grande difficulté et il faut trouver les solutions ensemble. »

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