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Les entreprises culturelles font les frais des moyens de pression des enseignants

Le Musée de la nature et des sciences... (Archives, La Tribune)

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Le Musée de la nature et des sciences de Sherbrooke a enregistré 16 annulations de groupe cet automne et les réservations entrent au compte-gouttes. La clientèle scolaire représente 40 % de la clientèle du musée.

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(SHERBROOKE) Les moyens de pression des enseignants se font lourdement sentir sur la scène culturelle en Estrie. Alors que le Petit Théâtre de Sherbrooke évalue à 40 % sa baisse de clientèle pour le début de saison, le Musée de la nature et des sciences de Sherbrooke dénombre 16 annulations cette semaine.

Quarante pour cent, c'est l'estimation sommaire que trace Érika Tremblay-Roy, directrice artistique du Petit Théâtre de Sherbrooke, lorsqu'on lui demande de chiffrer les impacts. « Certains professeurs ont décidé d'inclure ça dans leurs tâches et d'envoyer leurs élèves. Certains ont réservé et ont annulé. » La compagnie de théâtre se voue spécifiquement à l'enfance et à la jeunesse. Plusieurs présentations du Petit Théâtre de Sherbrooke sont prévues en octobre et en novembre.

Elle explique également qu'à la grandeur de la province, des représentations ont été achetées par des diffuseurs : elles seront payées, mais elles ne seront pas présentées en raison du faible nombre d'inscriptions.

Le milieu culturel a été touché trois fois auparavant par le boycott d'activités parascolaires dans le cadre de moyens de pression exercés par les syndicats. Cette fois, les enseignants ont reçu le mot d'ordre de ne s'en tenir qu'aux tâches prévues à la convention collective. S'ils débordent de leur horaire, la direction de l'école doit par exemple compenser leur temps. Même s'il ne s'agit pas de « boycott » au sens strict du terme, les impacts sont les mêmes, constate le milieu artistique.

« Le boycott n'est pas présenté de la même façon, mais les effets sont les mêmes », constate Mme Tremblay-Roy.

« C'est délicat. On a envie d'être derrière eux, souligne-t-elle. C'est la quatrième fois que ça nous touche, ça devient difficile. J'espère que certains parents qui sont touchés vont se rabattre sur les représentations en famille. »

Régisseure au Musée de la nature et des sciences de Sherbrooke, Guylaine Ruest compte 16 annulations de groupe. Elle constate aussi que les réservations entrent au compte-gouttes. La clientèle scolaire représente 40 % de la clientèle du musée.

« C'est majeur pour nos revenus. Ça va nous affecter grandement au chapitre des revenus autonomes », dit-elle. Elle parle du boycott de 2005 comme d'une « période noire » qui avait eu des impacts importants. Les contrecoups pourraient aussi être grands cette fois-ci, jusqu'à mettre en péril des postes.

« On a envie d'être derrière eux. C'est la quatrième fois que ça nous touche, ça devient difficile. »

- Érika Tremblay-Roy, du Petit Théâtre de Sherbrooke

« On fait chaque année une visite VIP aux professeurs; on les invite en début d'année. Habituellement, on a une très bonne assistance. Il n'y est presque venu personne... »

« On est tous affectés par les moyens de pression, mais on n'est pas contre eux (les professeurs). Je suis mère de trois enfants en milieu scolaire, je comprends tout à fait les moyens de pression », commente la responsable des communications et du développement à la compagnie de danse Sursaut, Marie-Anne O'Reilly. Sursaut se spécialise dans la production et la diffusion de spectacles de danse pour la jeunesse et la famille.

Pour la nouvelle création annoncée en décembre, trois matinées scolaires étaient prévues. « On va peut-être être obligé d'en faire une, car on n'aura pas assez de réservations », avance Mme O'Reilly.

Elle dit constater que les réservations se font beaucoup plus lentement. « Ce n'est pas un boycott des activités parascolaires comme ça a déjà été le cas par le passé, mais les professeurs sont réticents à faire une sortie qui demande du transport scolaire ou sur l'heure du midi. »

Cette année, ce ne sont pas toutes les écoles qui ont désigné un agent culturel au sein de leur équipe, car ça ne fait pas nécessairement partie de leurs tâches, indique-t-elle.

Boycott ou coupures?

À la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ), dont fait partie le Syndicat de l'enseignement de l'Estrie (SEE), on explique qu'il n'y a pas de boycott des activités des élèves; les professeurs ont eu pour consigne de ne plus faire de bénévolat.

« Si c'est reconnu dans leur tâche, ils vont le faire », fait valoir Sylvie Lemieux de la FSE.

Dans la foulée du boycott de 2005, il avait été convenu de tenir compte des activités organisées par les professeurs dans l'élaboration d'une tâche. À cette époque, le porte-parole de la FSE jugeait que la tenue d'un boycott organisé devenait presque impraticable.

La ministre de la Culture et des Communications de l'époque, Line Beauchamp, avait affirmé qu'il n'y aurait plus de boycott.

Pour Liliane St-Arnaud, directrice artistique et générale de la compagnie de danse Axile, ce sont pour le moment les compressions dans les écoles qui se font sentir. « Tout ce qui demande un budget, aussi minime soit-il, est à l'étude », souligne-t-elle. Selon elle, les répercussions se faisaient sentir à la fin de la dernière année scolaire et elles se poursuivent en ce début d'année.

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