Jacques Michel, le politique

Jacques Michel... (Imacom, Maxime Picard)

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Jacques Michel

Imacom, Maxime Picard

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Alain Goupil
La Tribune

(SHERBROOKE) À 74 ans bien comptés, Jacques Michel n'a pas l'intention de tirer un trait sur une carrière qui aura donné à la chanson française un nombre impressionnant d'incontournables. Qu'on pense à Amène-toi chez nous, Chacun son refrain, sans oublier, bien sûr, l'immortelle Un nouveau jour va se lever.

Ce que d'aucuns appellent le feu sacré pousse donc Jacques Michel à remonter sur scène. Après une première sortie saluée par la critique lors des dernières FrancoFolies de Montréal, l'auteur-chanteur-compositeur sera de retour au Granada, dans la foulée de son nouvel album, Un nouveau jour (Audiogram), qui reprend certains de ses plus grands succès dans de nouvelles moutures.

Malgré une absence de près d'un quart de siècle, Jacques Michel sent qu'il a encore le goût et l'envie de redonner vie à ces chansons. D'autant plus que, derrière ce sourire toujours aussi avenant et cette diction quasi impeccable, se dresse encore aujourd'hui un citoyen engagé pour qui l'ordre établi doit encore être combattu.

Il faut réécouter à cet égard Vodka Cola, parue en 1980, pour réaliser que, hormis les références à l'URSS aujourd'hui dissoute, chacune de ses strophes pourrait avoir été écrite hier.

On chante toujours pour

Libéraux ou conservateurs

Washington ou bien Ottawa

même gars

Nationale

[...]

arrogance

J'en appelle à la dissidence.

Conclusion à laquelle Jacques Michel ajoute maintenant en spectacle : pourquoi gardons-nous le silence?

Le chanteur se rappelle très bien les circonstances qui ont entouré la naissance de ce brûlot anti-impérialiste, écrit dans la mouvance de l'époque. Une chanson, dit-il, qu'il a écrite d'un trait, sans retouche ni regret.

LA NOUVELLE ROBE DE LA CONTESTATION

«Ce n'est pas arrivé souvent dans ma vie d'auteur-compositeur d'être en état de grâce. Ça m'est arrivé pour Amène-toi chez nous et ça m'est arrivé pour Vodka Cola. Ce sont deux chansons qui sont sorties de je ne sais d'où. Comme si j'avais été branché à une source. Ça coulait tout seul... Amène-toi chez nous m'est venue avec l'image du cirque, tandis que dans le cas de Vodka Cola, je venais de lire La démocratie ingouvernable de Pierre Vallières et j'avais aussi regardé, peu avant, un documentaire sur la Commission trilatérale. Ça m'avait bouleversé. J'étais monté à ma table de travail et j'avais écrit cette chanson-là d'un trait», rappelle l'auteur-compositeur-interprète, qui a habité North Hatley pendant plus d'une décennie avant de s'installer à l'île d'Orléans, où il habite toujours.

Trente-cinq ans plus tard, Jacques Michel affirme que la chanson contestataire est toujours de mise, mais qu'elle a tout simplement changé de robe, dit-il.

«Aujourd'hui, ce n'est plus la chanson qui est contestataire, c'est plutôt le slam et le rap. Si on veut entendre de beaux textes qui ont la même charge qu'à l'époque, il faut écouter du slam ou du rap. Il y a de très beaux textes qui ont été écrits dans ces deux univers. Écoutez Loco Locass. Ils en ont, des choses à dire. J'aime aussi beaucoup David Goudreault et Koriass. Le rap est très beau, mais c'est plus difficile à suivre parce qu'il joue avec l'accent tonique. Il faut être plus attentif...»

Une fois lancé sur le terrain géopolitique, on sent Jacques Michel tout à fait à l'aise. Mais aussi inquiet face à la mondialisation qui prend de plus en plus des allures de duopole.

«C'est important d'avoir une troisième force, dit-il. Or, on ne l'a plus. Ou du moins je ne la perçois plus... Avant, on avait les pays non alignés. Aujourd'hui, il y a le BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) qui peut incarner cette troisième force. On verra...»

Cet intérêt pour la politique et les enjeux sociaux ont toujours fait partie de sa vie, dit-il. D'où l'un de ses plus importants regrets : celui de ne pas avoir terminé ses études classiques.

«Des fois, je voudrais exprimer des opinions en parlant, mais j'ai tellement de difficulté... Si j'avais terminé mes études, j'aurais pu apprendre la thèse, l'antithèse et la synthèse. Ce n'est pas qu'on ne me l'a pas montré. C'est que je ne me suis pas rendu jusque-là. Et ça me manque, ça me manque beaucoup... Heureusement, j'ai la chanson. Dans une chanson, j'ai tout mon temps. Je peux prendre trois mois à écrire, comme pour Mon petit camarade. Ou encore vingt minutes comme Vodka Cola ou Amène-toi chez nous. La chanson me permet de dire ce que je veux dire. Et le plus beau dans tout ça, c'est que les gens semblent encore vouloir m'entendre.»

Jacques Michel

Samedi 10 octobre, 20h

Théâtre Granada

Entrée : 37$

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