«Blessés, mais vivants»

Le jeu des comédiens sur la scène, bien... (La Tribune, Ronald Martel)

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Le jeu des comédiens sur la scène, bien pensé, faisait en sorte qu'ils se retrouvaient très près les uns des autres, à certains moments choisis, alors qu'à d'autres ils s'éloignaient très loin. Ce groupe de quatre personnes de différentes générations traduisait l'universalité des individus, qui n'avaient aucun nom, mais qui disaient des choses partagées et des mots très forts, ce qui a fait l'intensité du spectacle.

La Tribune, Ronald Martel

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Ronald Martel
La Tribune

(LAC-MÉGANTIC) Les émotions allaient dans toutes les directions parmi les spectateurs qui ont assisté à la pièce Comme un grand trou dans le ventre, vendredi soir et hier après-midi, à l'auditorium de la polyvalente Montignac. À l'écoute des textes forts et évocateurs, certains ont trouvé la pièce insoutenable tandis que d'autres ont pu se reconnaître du début à la fin pour avoir pensé ou dit eux-mêmes chaque mot prononcé par les quatre comédiens...

La pièce écrite par Angèle Séguin, également metteure en scène, a été reçue par une salle bien remplie, avec beaucoup d'attention et une qualité d'écoute hors pair. On aurait pu entendre voler une mouche tellement la trame dramatique accaparait tous les spectateurs.

La première partie de la pièce servait à établir le quotidien de chacun des quatre personnages, un jeune homme dans la vingtaine, sportif et aux qualités athlétiques, une femme du début de la quarantaine, harcelée par son entourage parce qu'elle est grosse et qui perd sa fille dans la tragédie, un homme dans la soixantaine, fermier et travailleur dans la nature, dont la femme est malade et meurt du cancer, et une femme dans la mi-cinquantaine, musicienne, cultivée et obsédée par l'avenir et la sécurité de son fils.

Mais arrive un événement, la tragédie, marquée par un long cri du huard, comme on l'entend à proximité du lac Mégantic, marquée aussi par des lumières rouge intense et des mouvements rapides des comédiens... La salle comprend vite qu'il s'agit d'un rappel du déraillement de train, à cause aussi du chambardement des quatre décors dépouillés, dans l'atmosphère devenue grise...

Les quatre comédiens ne se parlent jamais, émettant à tour de rôle comme un long monologue qui en dit très long, comme toutes les histoires que les Méganticois avaient à raconter dans les minutes, les heures et les jours qui ont suivi la catastrophe. Un retour évident à la tragédie grecque, par cet effet théâtral fort bien utilisé.

Les spectateurs n'ont pas eu plusieurs occasions de rire, on pouvait entendre plus souvent des personnes qui reniflaient... parce qu'ils retenaient leurs larmes.

La pièce, en finale, s'ouvrait sur l'espoir, heureusement, avec des mots sobres, parfois même poétiques : «Il y aura toujours des enfants avec qui partager de nouvelles histoires...» «Nous sommes blessés, mais vivants... Il y a ceux que la tragédie a laissés plus forts, et ceux qui vont être morts toute leur vie.»

Des spectateurs émus, heureux et reconnaissants

«Ça porte à réfléchir. Tout était correct, pas trop dramatique», a dit Richard Laplante, résidant de Lac-Mégantic, au sortir de la polyvalente.

«C'est la troisième fois que je vois la pièce, car je fais partie de la chorale qui chante, à la fin, et on pleure encore. On a besoin de se ressaisir pour pouvoir chanter... Quoi dire sur la pièce? J'étais sceptique, je me demandais si c'était une bonne idée ces émotions-là. Mais maintenant, je trouve qu'elle nous permet d'être solidaires à nouveau, de retoucher à la peine pour guérir», a convenu Marie-Claude Fortin.

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