Phénoménale Louise

Il y aura peut-être d'autres spectacles qui s'ajouteront, mais pour l'heure,... (Photo André Cornellier)

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<p>Karine Tremblay</p>
Karine Tremblay
La Tribune

(SHERBROOKE) Il y aura peut-être d'autres spectacles qui s'ajouteront, mais pour l'heure, celui de mardi, à Lennoxville, est la toute dernière représentation de So Blue au Québec. Enchâssée entre des arrêts à New York, Saint John's et Taiwan, la production signée Louise Lecavalier lancera les activités de la nouvelle saison du Théâtre Centennial. Une lancée doublement douce pour la danseuse et chorégraphe, qui a marrainé la campagne de sociofinancement lancée au printemps dernier pour sauver la saison de la salle de spectacles.

« Je suis peut-être une optimiste dans la vie, mais j'avais confiance, j'y croyais. Cette contribution était importante pour moi, parce qu'il y a peu d'endroits où la danse peut rayonner au Québec », exprime l'icône de la danse contemporaine.

Icône, c'est bien le mot. Elle a multiplié les vrilles horizontales sur les scènes de partout, au pays comme à l'étranger. Honorée par l'Ordre du Canada et, plus récemment, par l'Ordre du Québec, elle a, en cours de carrière, reçu une flopée de prix, dont celui du gouverneur général pour les arts du spectacle et celui du Conseil des arts de Montréal. So Blue, spectacle qu'elle a chorégraphié et dans lequel elle partage le mouvement avec Frédéric Tavernini, est présenté comme sa première création à part entière. La réalité est un peu plus nuancée.

« J'ai réalisé des chorégraphies auparavant, mais disons que c'est la première fois où, du début à la fin, je le fais seule. J'ai mis du temps pour y arriver. J'ai travaillé avec Édouard Lock pendant tant d'années. Je ne me voyais pas diriger tout de suite. Je me suis approchée de ça tranquillement. »

Cette fois comme auparavant, elle avait une idée avant de se lancer, mais celle-ci s'est un peu modifiée en cours de création.

« J'ai laissé la pièce s'imposer à moi plutôt que l'inverse. Je me réinvente, mais je creuse toujours le même filon. J'imagine que c'est comme ceux qui écrivent des livres. Il y a toujours un thème qui reste, qui se décline de différentes façons. Moi, j'expérimente toujours le mouvement pour exprimer ce qui m'habite, mais j'apprivoise des façons de bouger autres, je trouve des manières différentes de m'exprimer. Cette nouvelle chorégraphie me permettait de parler autrement des mêmes choses. »

Ces « mêmes choses », elle les nimbe volontairement de flou. Louise Lecavalier n'aime pas donner un angle de lecture avant qu'on ouvre le livre.

« C'est une chorégraphie à la fois intime et éclatante. Il y a des trucs très rapides, d'autres plus lents, des gestes vifs. Tout ça s'entremêle. Il y a des solos, des duos, mais dans un cas comme dans l'autre, c'est intense. Ça dit la difficulté de vivre, d'être seul, d'être soi-même. Ce n'est pas une histoire d'amour qui commence et qui finit, c'est plus complexe que ça, mais il y a cette rencontre entre deux personnes sur scène. Ça évoque un paquet de choses, en fait. »

TELLEMENT BLEU...

Tout comme le titre, So Blue, qu'on peut interpréter de mille façons.

« J'adore trouver des titres! Le bleu, dans cette création, m'est venu instinctivement. Il se mariait bien à la musique moyen-orientale techno de Mercan Dede, à la fluidité du mouvement. Pour moi, c'est une couleur qui ne réfère pas aux blues et à la nostalgie, mais plutôt à l'intensité, à la profondeur. Je vois cette espèce de flamme bleue, puissante. »

Une vague de fond?

« Oui, ça pourrait être ça. Une puissance atomique qui déferle. »

L'image a de la portée. Et elle pourrait figurer sur son CV. C'est une remarque incontournable autant qu'une évidence : sur scène, la blonde tornade en impose. Le ballet de ses mouvements apparaît à la fois naturel et improbable. Louise Lecavalier est un électron libre dans le paysage de la danse. Un électron libre qui ne ralentit pas en dépit du temps qui passe.

« Je suis en train de créer une nouvelle chorégraphie et, pour celle-ci, je me filme avec un iPad. J'ai le courage de visionner ensuite. Quand je me vois, c'est comme si je regardais quelqu'un d'autre. J'aperçois un personnage qui danse à l'écran. Et cette femme-là, je n'imaginerais pas qu'elle a 56 ans. À cause de la gestuelle naïve et légère qu'on associe à la jeunesse, je ne vois pas quelqu'un sur le déclin. C'est comme si j'étais tombée dans la potion magique, mais je me suis aussi beaucoup entraînée, j'ai beaucoup dansé, je fais du yoga. Peut-être aussi qu'on n'est pas obligé de vieillir comme le livre l'indique. Et peut-être que de vivre quotidiennement avec deux enfants me garde en contact avec une gestuelle très jeune. »

La maternité a traversé le corps de la danseuse étoile il y a 14 ans. Mettre aux mondes des jumelles a laissé son empreinte.

« Je suis restée une fille très rêveuse, mais je pense que le fait d'avoir des enfants m'a amenée à avoir plus de souplesse mentalement. Et probablement que ma danse est plus incarnée qu'avant. Plus riche, aussi. Quand je regarde mon parcours, il y a eu une période, avant les enfants, pendant laquelle j'étais blessée à la hanche. De l'âge de 33 ans, jusqu'à ce que je sois opérée, à 44 ans, je dansais avec un sérieux handicap. L'opération m'a redonné la forme, un renouveau physique. »

On l'oublie trop souvent, il y a des souffrances à danser sa vie. Le corps encaisse. Et casse, parfois.

« Mais il y a une souffrance à vivre tout court. L'usure du corps est réelle et vraie, peu importe la profession qu'on fait. Personnellement, j'ai eu la chance de travailler avec des chorégraphes qui allaient de l'avant avec ce que j'avais à donner. Les contraintes qu'imposait ma blessure m'amenaient à être plus créative, à aborder mon art d'une autre façon, en contournant mes limites. »

So Blue

Avec Louise Lecavalier

et Frédéric Tavernini

Mardi, 20 h

Théâtre Centennial

Entrée : 36 $

La prestation sera suivie d'un

entretien avec les artistes.

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