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Le quatrième album de Catherine Major, La maison... (Photo Valérie Jodoin-Keaton)

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Le quatrième album de Catherine Major, La maison du monde, est arrivé chez les disquaires vendredi. La chanteuse sera en spectacle au Théâtre Granada le 2 avril 2016.

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(SHERBROOKE) Entre Le désert des solitudes (2011), le précédent album de Catherine Major, et son opus 4 La maison du monde, qui s'est posé hier dans les présentoirs, il y a eu de nombreux tourbillons. Ceux de la tournée qui, après le spectacle en quatuor, s'est prolongée en solo. Puis les remous d'une maternité doublée, avec l'arrivée de Margot en 2013. Aussi la désagréable et inattendue tempête de ce médecin spécialiste qui a soupçonné la musicienne et son conjoint, le chanteur Jeff Moran, de maltraitance envers leur petite fille, après que celle-ci eut fait une chute (l'affaire s'est retrouvée à l'émission Enquête il y a presque deux ans).

Tour de force de faire naître onze nouvelles chansons au milieu de tout ça?

C'est mal connaître la forteresse Catherine Major.

« Plusieurs chansons sont nées pendant la tournée. Et même si c'est très demandant, la maternité reste la chose la plus extraordinaire qui soit. Le niveau d'amour augmente. Pour ce qui est arrivé à Margot et à Jeff, oui, ça a été très difficile. Mais au lieu de m'éteindre, ça m'a allumée! Non seulement j'en suis ressortie plus forte, mais ça m'a donné plus de jus pour créer », confie celle qui espère que justice sera rendue sous peu (le médecin en question doit comparaître devant le comité de discipline dans les prochaines semaines).

Cette résilience propulsée par l'adversité, on la perçoit à plusieurs reprises sur La maison du monde. Plus particulièrement dans trois chansons, placées telles des bornes. La première, La luciole, parle d'acceptation de ce qu'on ne peut changer. La chanson-titre, logée en plein centre, rappelle de simplement s'accrocher à l'amour devant l'incertitude et les revers. Finalement, Vivante, la dernière, est le chant d'une femme qui choisit le côté lumineux de la vie.

« C'est toujours drôle de se faire analyser, mais je suis contente que tu aies reçu l'album comme ça. Même Callista, une chanson sur une petite fille leucémique que je connais, se termine sur une note d'espoir. J'imagine que je suis simplement rendue là, à l'âge que j'ai. À 35 ans, on ne voit pas les choses de la même manière qu'à 25. Non plus quand on a des enfants. Je suis peut-être plus portée à voir le côté positif. La luciole fait référence à quelque chose que j'ai vécu (je l'ai écrite comme si quelqu'un me parlait), avec cette idée que les épreuves nous rendent plus forts. »

Cette épreuve, cette « luciole dans la lumière » qui s'est ajoutée à tout le reste, c'est une fausse couche. « Ça arrive à une femme sur trois, ça m'est arrivé à mon tour, et c'est très douloureux. Mais dans ces situations-là, j'ai cette grande chance de pouvoir écrire des chansons. Aujourd'hui, j'ai fait la paix, et j'ose espérer que La luciole pourra aider d'autres femmes. »

L'album d'une rencontre

La maison du monde est aussi le fruit d'une grande rencontre : celle avec le réalisateur Jean Massicotte. La musicienne rêvait de cette collaboration depuis qu'elle avait enregistré le piano de Rose sang dans le studio du réalisateur. Dès ce moment, les deux artistes ont pressenti un rendez-vous à venir.

« C'est Alex McMahon qui était alors à la réalisation. Plus tard, j'ai découvert l'album Adieu tristesse d'Arthur H, que Jean a réalisé et qui m'a littéralement traversée. Je lui ai donc écrit. Il était super content. Lui aussi pensait que cette rencontre devait arriver. Il dit aujourd'hui que nous étions probablement soeurs dans une autre vie. C'est épatant le nombre de fois où nous avons eu exactement la même idée au même moment! »

« Mais Jean a aussi vite compris à qui il avait affaire », ajoute-t-elle en riant. « Certains artistes donnent la clef de leur maison, mais moi, je suis restée maître de mes compositions. Jean n'a jamais déplacé une note sans ma présence... même s'il aurait pu quelques fois. Nous avons quand même fait quelques compromis. J'entendais toujours 25 choses dans ma tête. Il a réussi à m'en faire enlever, et moi, à lui en faire ajouter. »

Catherine Major a aussi imposé une pause à son piano, si omniprésent sur ses précédents albums que son atténuation se remarque très vite ici. On est même presque renversé d'écouter Pupille et Nos délicats s'amorcer sur des accords de guitare (la deuxième est à la limite du folk country).

« Mon but premier (à part faire de bonnes chansons) était d'avoir quelque chose de plus enrobant, sans me retrouver à des lunes de mon univers. Jean m'a expliqué que, moins il y a de choses dans un mix, plus on a l'impression que tout est en avant-plan. Nous avons donc minimisé. Le problème, dans ce contexte, c'est que le piano prend inévitablement le plus de place. Je suis donc partie du piano comme fondation, nous avons construit des choses dessus, puis nous l'avons retiré et nous l'avons refait parler autrement. »

Pas de cordes non plus, au profit de la guitare, de la batterie, des différents claviers et synthétiseurs (en gardant le son le plus organique possible), sans oublier la trompette, dont la présence est notable. « Pourtant, elle n'est présente que sur quatre chansons, mais on dirait qu'il y en a partout », concède-t-elle.

Indéfaisable lien

Après Tape dans ton dos, chanson dédiée à son aînée Frédérique sur Le désert des solitudes, Catherine n'a pu s'empêcher de faire de même pour Margot, avec Pupille.

« C'était impossible de passer à côté. Je me peux pas faire fi de mes expériences. Au départ, je voulais écrire une chanson sur l'accouchement. Finalement, Jeff m'est arrivé avec ce texte tellement touchant et tellement simple... J'avoue avoir encore un peu de misère à le chanter, car il m'émeut beaucoup. »

Quant à l'enflammée Toi et à la charnelle Rien du tout, elles suscitent presque la jalousie devant tant de passion amoureuse.

« Jeff a écrit Rien du tout alors que je venais d'accoucher, durant ces premiers allaitements que rien ne peut interrompre. C'est une période très dure pour l'homme, car il n'y a aucun moyen de défaire ce lien-là. Mais ça a donné cette chanson. »

Comme pour ses précédents disques, Catherine Major a réalisé La maison du monde avec une couvée de collaborateurs plus ou moins rapprochés. Plongée dans le petit monde de la musicienne.

Moran (son chum)

Jeff Moran signe cinq des onze textes de l'album. « Je suis toujours une fan de sa façon d'écrire. Son premier motif pour faire de la chanson, ce sont les mots; moi, la musique. Et nos deux forces se complètent vraiment bien, au point où nous avons commencé à écrire pour d'autres. »

Jacinthe Dompierre (sa mère)

La mère de Catherine Major signe des textes pour sa fille depuis le premier album. C'est encore le cas cette fois-ci avec Vivante. « Nous sommes très proches, ma mère et moi. C'est devenu une sorte d'idéal d'inclure un de ses textes sur chaque album. Comme elle n'a pas confiance en elle, elle a besoin de motivation. Mais son écriture est si dense que je ne pourrais en chanter onze comme ça de suite. »

Mathieu Désy (son meilleur ami)

Le contrebassiste originaire de Bromptonville est aussi un collaborateur de longue date. « J'ai toujours travaillé avec lui. On s'est perdu de vue pendant un an et demi, le temps de ma tournée en solo, mais il est vite revenu. C'est un super musicien. »

Christian Mistral

L'écrivain signe les textes de Sable mouvant et Chanson urgente. « C'est une plume vraiment unique, tellement singulière. Ni complexe, ni poétique, mais une façon originale de dire les choses. Il a aussi un ton propre. Pour Le désert des solitudes, il m'avait écrit Saturne sans anneaux en une nuit. Je lui avais alors promis de faire l'exploit à mon tour et d'écrire une musique en 24 heures sur un de ses textes. Ce qui est arrivé avec Chanson urgente. Je lui ai ensuite donné la musique de Sable mouvant. J'ai eu le texte deux semaines plus tard. J'ai tellement tripé! Je l'ai tout de suite appelé. Je ne vois pas qui d'autre aurait pu écrire ça. »

Richard Desjardins

« Il y a longtemps que je voulais que Richard m'écrive une chanson (on s'aime bien tous les deux), mais il n'était pas en période de création. Je lui ai dit qu'on se reprendrait, mais il m'a alors offert un texte jamais mis en musique. C'était très imagé, comme un court métrage. Richard est super content du résultat. »

Daran

Tous les choeurs masculins de l'album ont été interprétés par Daran. « Ça, c'est un flash de mon chum et j'ai trouvé son idée excellente! On cherchait une voix plus rocailleuse pour les choeurs. Ça lui a fait super plaisir. Nos voix se mélangent très bien. La sienne passe souvent au-dessus ou au-dessous de la mienne, si bien qu'on ne sait plus qui est qui. »

2004 Par-dessus bord

2008 Rose sang

2011 Le désert des solitudes

2015 La maison du monde

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