Incarner le vrai et le réel

L'acteur Gilbert Sicotte campe le rôle de Roland,... (Imacom, Frédéric Côté)

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L'acteur Gilbert Sicotte campe le rôle de Roland, un grand-père porté par l'amour des siens, dans le film Paul à Québec.

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<p>Karine Tremblay</p>
Karine Tremblay
La Tribune

(SHERBROOKE) Gilbert Sicotte parle de Paul à Québec avec le sourire grand comme ça. Le buzz est bon. Les premiers visionnements ont généré des critiques élogieuses. Mais au-delà de tout ça, le comédien a l'impression d'avoir participé à un long-métrage d'exception.

« C'est un film inclassable, un film qui a sa délicatesse, sa couleur propre. Je n'en connais pas d'autres comme celui-là. Probablement parce qu'il vient de la bande dessinée. On ne peut pas le caser dans une boîte. Mais on se reconnaît dedans. Toutes sortes de sentiments cohabitent au fil de l'histoire, comme dans la vie. Et il y a cet amour de la famille qui se devine à travers la trame. C'est fort, au Québec, l'amour de la famille. C'est précieux. Au fond, les gens qu'on aime, c'est tout ce qui compte », dit celui qui incarne Roland, le beau-père de Paul.

Fier grand-père porté par l'amour des siens, son personnage cache la gravité du cancer qui le ronge. Lorsque les masques tombent, lorsque son corps lui fait défaut et l'oblige à dévoiler son état aux siens, Roland passe par toute la gamme des émotions.

« C'est un homme qui s'est fait lui-même. On comprend pourquoi la famille est tellement importante pour lui. Celle d'où il vient a laissé des blessures, des zones de failles. Face à son cancer, il est d'abord dans le déni, il refuse ce qui lui arrive avant d'aller vers l'acceptation, il mène la bataille avant d'abdiquer. Physiquement aussi, il change beaucoup. On a travaillé avec des prothèses, on a joué avec la façon de bouger. C'était un personnage fascinant à incarner. Il y avait de la matière. »

Avant le dernier souffle

Il y avait aussi cette zone troublante à visiter, l'antichambre de la mort, la fin, le tout dernier souffle.

« C'était un défi, mais j'aime ce genre de plongeon. Je me suis imprégné de ce que des gens autour de moi avaient vécu pour ressentir ce passage. J'y allais avec un certain abandon. J'avais toujours le souci d'être crédible pour que les gens y croient. On approche la mort de très près, mais on la voit à travers les yeux des proches qui sont là, autour, à essayer de rendre le dernier bout plus doux. Ça humanise tout ça. On aimerait tous mourir avec quelqu'un qui nous tient la main et qui est attentif à nos besoins, à notre état. »

Reste que ces scènes-là, à la fois douces, douloureuses et essentielles, ébranlent un peu le coeur et emballent la machine à larmes. On a une pensée pour les quatre enfants du comédien. Ils étaient présents à la première et, oui, ils avaient quelques réticences à l'idée de voir leur père mourant sur grand écran, même en sachant que c'était du cinéma.

« Ça les a un peu troublés, mais ils ont vu aussi toute la beauté de l'affaire, l'accompagnement précieux de cette belle famille de comédiens », dit celui qui a parcouru le scénario bien avant la BD de Michel Rabagliati.

Le conservatoire et la vie

« Ce fut du bonbon. J'étais déjà emballé par le scénario. La bande dessinée m'a apporté une perspective de plus, elle m'a donné accès à d'autres facettes du personnage. Il y a des scènes qui n'apparaissent pas dans le film, mais qui me permettaient, à moi, d'aborder les choses autrement, de les comprendre d'une façon autre. C'était comme des couches supplémentaires, une nourriture de plus pour bâtir mon Roland. »

Celui qui enseigne depuis près de trente ans au Conservatoire d'art dramatique espère maintenant que le public sera au rendez-vous en salles. Il souhaite aussi que ses étudiants voient le film.

« Parce que François Létourneau, Brigitte Lafleur, Patrice Robitaille, ils sont tous passés par le conservatoire. Chacun incarne ici un univers. Il y a beaucoup à apprendre de ça. J'aimerais que mes élèves voient leur façon de s'engager pleinement dans un personnage, leur capacité à se faire transparent pour que le personnage puisse s'exprimer et exister. La grande qualité de ce film-là, je pense, c'est que les personnages ont tous été écrits avec amour. Ils ont leurs contradictions, leurs défauts. Comme dans toutes les familles, ce n'est pas l'accord parfait entre eux, mais ils s'aiment malgré leurs différences. Tout ça fait en sorte que, en sortant de la projection, on a le goût d'aller retrouver les personnes qui nous sont chères. Sans perdre de temps. Oui, je pense que ce film-là parle de ça, de l'importance de prendre soin des nôtres. Maintenant. »

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