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Les Nombrils : du bonheur en 170 000 exemplaires

Maryse Dubuc et Marc Delafontaine... (IMACOM, Julien Chamberland)

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Maryse Dubuc et Marc Delafontaine

IMACOM, Julien Chamberland

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<p>Karine Tremblay</p>
Karine Tremblay
La Tribune

(SHERBROOKE) On n'apprendra rien à personne : chaque parution des Nombrils est un événement attendu, autant au Québec qu'en Europe. Comme la série culte a ses fidèles des deux côtés de la flaque, la maison d'édition a décidé de contenter tout le monde pour la sortie du tome 7. Ce sera une première, l'album sera en librairie partout le 4 septembre prochain. Et Dupuis fait les choses en grand. Un bonheur presque parfait compte parmi les dix BD qui affichent le plus gros tirage de la rentrée. Pas moins de 170 000 exemplaires seront mis en circulation vendredi. Autant dire une tonne.

« Ça fait plaisir... et ça vient avec une certaine pression! D'autant que c'est un automne riche en sorties. On côtoie de grosses pointures comme Astérix et Titeuf », disent Maryse Dubuc et Marc Delafontaine, le duo de créateurs estriens derrière la signature Delaf & Dubuc.

Avec 1,7 million d'albums vendus en dix ans, on peut sans conteste affirmer qu'ils font désormais partie des grosses pointures de la BD, eux aussi.

« Ça fait beaucoup de lecteurs, il y aurait de quoi remplir une couple de Centre Bell! C'est beaucoup, oui. En même temps, ce ne sont que des chiffres, ça ne donne pas plus de valeur à ce qu'on fait », estime Maryse.

Reste que, à cette échelle, les chiffres ne mentent pas. Le trio d'héroïnes imaginé par les deux artistes cartonne. À tout coup. Les jeunes lecteurs (et leurs parents) s'arrachent les aventures dessinées du triangle amical Jenny-Vicky-Karine. Sans doute à cause de l'univers grinçant créé par les bédéistes. Sans doute aussi parce que, d'un tome à l'autre, les as du phylactère savent se réinventer. Ils avaient surpris tout le monde - et leur éditeur! - en transformant radicalement la blonde et bonasse Karine, il y a de ça trois albums.

« À la maison d'édition, ils avaient accepté l'idée, mais on avait senti que ça bouleversait les habitudes. Comme on fait une BD évolutive et que nos personnages vieillissent, on avait cette latitude. »

Le concept, original, impose aussi ses limites. Viendra un jour où les égocentriques poulettes n'auront plus l'âge de croire que le monde tourne autour de leur ombilic dénudé.

« Le thème principal de la série est le nombrilisme. C'est un comportement tout à fait excusable chez des adolescentes, mais ça l'est un peu moins chez des adultes », exprime Maryse.

Dès le départ, le couple de North Hatley avait en tête de tricoter une dizaine d'albums.

« C'est encore plus ou moins notre horizon, on ne voudrait pas tourner en rond. On connaît les grandes lignes de ce qui s'en vient. En même temps, tant qu'on va avoir du plaisir, on va continuer. »

Après deux albums dont l'intrigue versait davantage dans le suspense policier, ils changent de cap. Pas de tueur en série dans les 50 nouvelles pages qu'ils ont crayonnées. Mais des rebondissements, ça oui.

« On souhaite que chaque album soit distinct du précédent. Et on voulait revenir à l'intériorité des personnages, axer le récit sur les choix qu'elles font. Vicky, Jenny et Karine arrivent à cette période de l'adolescence où l'insouciance fait place à un autre sentiment. Elles sont dans ce tournant, important, où elles réalisent que certaines décisions auront un impact sur leur vie future », explique Maryse.

Dans la foulée, il y avait ce souci de rendre Vicky sympathique. Audacieux pari. On parle ici de la championne des chipies, celle que tous aimaient profondément détester.

« Je pense qu'on a réussi le virage. Les commentaires qu'on reçoit sont éloquents. Les lecteurs ont maintenant de l'empathie pour elle. »

Avec beaucoup d'humour et grand doigté, les auteurs abordent encore une fois des sujets importants sans avoir l'air d'y toucher. Au coeur de cet album encore chaud se dessine une quête identitaire. L'image qu'on a de soi, celle qu'on projette, celle qu'on nous impose... Tout ça s'enchâsse habilement dans la trame, sans lourdeur ni prêchi-prêcha. C'est que les trois cocottes ont le nombril un peu plus sec.

« Avec le recul, on réalise que la série devient peut-être un peu plus adulte. On reste dans le gag, on peut toujours se permettre de forcer le trait dans la caricature, mais à travers ça, on creuse davantage, on ose la profondeur », note Marc.

Ils tirent aussi sur des filons plantés dans les planches précédentes. Entre autres celui de l'homosexualité.

« On ne s'est pas dit : il faut qu'on parle d'homosexualité, on ne plaquerait pas un discours qui ne ferait pas avancer l'intrigue ou les personnages, précise Maryse. Mais voilà, on a créé deux filles qui tripent sur les gars et qui font triper tous les gars. Que l'une d'elles ne s'y intéresse plus, c'était un retournement intéressant. »

Il y aurait pu en avoir d'autres. Au fil de la conversation, on apprend que les trois poupées de papier auraient pu suivre un tout autre chemin.

« Ce qui est particulier avec cet album-ci, c'est qu'on l'a écrit deux fois. La première version était complètement différente, il y avait même un personnage qui mourait, on ne dira pas lequel. Après coup, on y a repensé, on était de moins en moins sûrs. On s'est remis au travail », raconte Marc.

Perfectionnistes jusque dans les menus détails, les créateurs ont planché fort pour tisser leur nouvelle intrigue.

« Essoufflés? Oui, on l'est un peu », admettent-ils à la veille d'entreprendre un marathon de promotion qui les occupera pendant les prochaines semaines, ici comme en Europe.

Après quoi, ils prendront peut-être le temps de s'occuper un peu de leur nombril à eux avant de se replonger dans la confection du prochain cartonné. Ou peut-être pas : « On sait bien qu'on laisse les lecteurs sur leur appétit avec la dernière page du tome 7. On a déjà commencé à penser à ce qui arrive ensuite... »

Parce que leurs Nombrils ont été adoptés d'emblée par le lectorat français, Delaf et Dubuc n'ont pas eu à travestir leurs histoires pour percer le marché transatlantique. Mais ils ont choisi leurs mots. Soigneusement.

« C'est parfois un casse-tête. En humour, un mot peut faire le punch. Il y en a qu'on ne peut pas utiliser parce qu'ils ne seront pas compris en France. Le mot "babillard" », par exemple. Pour les Européens, ça ne veut absolument rien dire. De la même façon, on ne peut pas parler de "polyvalente" », mais on ne veut pas non plus dire "lycée" », qui est beaucoup trop français. On va au plus simple, on utilise le terme "école". Dans tout ça, on emprunte un français international, mais notre syntaxe reste très québécoise. C'est un peu ce qui donne le ton, ce qui fait notre couleur et notre signature. »

Les Nombrils, tome 7 - Un bonheur presque parfait

Dupuis

En librairie le 4 septembre

Lancement avec les auteurs :

Biblairie GGC

17 septembre, 17 h à 19 h

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