Dany Laferrière et l'enfance Disney

Dany Laferrière était le prestigieux invité de Dominic... (Imacom, Julien Chamberland)

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Dany Laferrière était le prestigieux invité de Dominic Tardif et des 13es Correspondances d'Eastman, dimanche après-midi, pour un café littéraire sur la thématique de la nostalgie de l'enfance.

Imacom, Julien Chamberland

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(EASTMAN) «On ne veut pas vous poser de questions, M. Laferrière, on veut simplement vous écouter parler!»

Cette phrase, lancée à brûle-pourpoint par l'une des spectatricesdu très attendu café littéraire mettant en vedette l'académicien Dany Laferrière, résume efficacement l'aura d'admiration qui émanait du chapiteau rempli au maximum de sa capacité hier après-midi. Présent pour discuter de l'enfance - thème central des 13es Correspondances d'Eastman -, Dany Laferrière a butiné d'un sujet à l'autre en conservant toujours la nostalgie comme trame de fond. Car la nostalgie de l'enfance se lit dans chacun de ses ouvrages,une enfance devenue monotone, structurée, surveillée. Une enfance qu'il faut réinventer sous peine d'asphyxier notre monde, soutient-il.

«En asseyant nos enfants devant la télévision à 7 h du matin pendant que nous nous occupons à autre chose, nous formons une sorte de meute, des enfants qui grandissent et deviennent des gens avec une même structure sensible», déplore l'auteur en référence au passage Une enfance devant la télé de son livre L'art presque perdu de ne rien faire.

«Disney est le baby-sitter de l'Amérique», ajoute-t-il. La foule s'esclaffe à cette idée : un rire jaune puisque nombre de parents semblent se reconnaître.

«Je ne dis pas qu'il faut arrêter d'asseoir nos enfants devant la télé, mais de savoir que nous faisons mal.»

Ode à la paresse

Dans L'art presque perdu de ne rien faire, Dany Laferrière rend hommage à la paresse, à la banalité apparente de gestes qui devraient plutôt être célébrés, comme l'art de manger une mangue. On sent une telle appréciation pour le fruit dans ces lignes que l'animateur du café, Dominic Tardif, n'a pu s'empêcher d'en déguster une avec l'académicien, devant nous, pendant que la comédienne Marie-Thérèse Fortin s'exécutait dans la lecture du passage en question. Absolument juteux.

Moment fruité qui en suivait un plus aigre-doux, où Dany Laferrière a posé un regard critique sur la direction générale de la société, de son état d'esprit morne.

«Nous sommes dirigés par des gens fatigués, aux yeux rougis par le manque de sommeil et l'alcool, laisse-t-il tomber. Ces gens vivent sans fantaisies.»

D'où l'importance de la paresse, ou plutôt de ne rien faire, parce que Dany Laferrière précise philosophiquement que «rien n'est plus actif que de ne rien faire».

«Quand le corps s'allonge, l'esprit s'agite, prosera-t-il. Les gens bougent toujours parce qu'ils ont peur de leurs réflexions quand ils ne font rien.»

Écrivain du quotidien

Abordant son nouveau titre d'académicien, Dany Laferrière confie avoir usé de stratégies pour satisfaire tout le monde. L'épée - forgée avec ingéniosité en forme de plume - a été façonnée dans son Haïti natale alors que son costume, lui, a été réalisé au Québec. «Essayez de convaincre la capitale de la Haute Couture, Paris, de faire faire son costume au Québec! J'ai usé de stratégie, c'est ça la vie... et j'adore ça!»

Le quotidien de Dany Laferrièren'a d'ailleurs jamais été aussi occupé depuis son introduction dans l'immortalité. Pourtant, quelque part entre la naïveté de l'enfant et la sagesse de l'immortel, se trouve Dany Laferrière, sur un balcon, ne faisant rien d'autre qu'observer les gestes quotidiens en humant l'odeur de son café.

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