L'enfance en mots et en images

La petite Elsa Dumont lisant Stella étoile de... (IMACOM, Jessica Garneau)

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La petite Elsa Dumont lisant Stella étoile de la mer de l'auteure Marie-Louise Guay.

IMACOM, Jessica Garneau

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<p>Karine Tremblay</p>
Karine Tremblay
La Tribune

(SHERBROOKE) Marie-Louise Gay a d'abord raconté des histoires en images. À 16 ans, elle a découvert son coup de crayon. Elle s'est mise à dessiner partout, tout le temps. « C'est comme si une écluse s'était ouverte à ce moment-là. J'ai réalisé que je pouvais m'exprimer à travers le dessin. »

Après des études à Montréal et aux États-Unis, elle a fait son petit bonhomme de chemin, entre autres dans l'illustration éditoriale.

« Le jour où on m'a demandé d'imager un livre pour enfant, j'ai eu un coup de foudre. J'étais alors dans la mi-vingtaine, j'ai vu la possibilité d'écrire moi-même mes histoires, d'inventer des mondes, de faire de chaque livre un petit univers dans lequel les enfants plongent. C'est encore ça mon bonheur », dit celle qui compte plus de 60 titres à sa feuille de route.

Sa série Stella a trouvé sa place dans bien des chaumières. La petite héroïne rousse a même fait sa niche au petit écran. Et ses aventures ont été traduites dans une vingtaine de langues.

« Les illustrations, elles, ne changent pas. C'est extraordinaire de penser que des enfants en Chine, en Corée et en Turquie connaissent la même histoire que des enfants d'ici », remarque l'auteure-illustratrice, pour qui les livres ont été des repères, lorsqu'elle était petite.

« Mes parents ont déménagé la famille d'un bout à l'autre du Canada. Souvent. Chaque fois, je trouvais un refuge dans les livres. J'en avais à la maison, mais on allait aussi à la bibliothèque le samedi matin. C'était un tel plaisir! » dit celle pour qui la transmission du bonheur de lire est avant tout une histoire de famille.

« On apprend à lire à l'école. Mais le goût de lire, on l'acquiert à la maison. Ça fait partie du rôle des parents. Et c'est un magnifique cadeau à faire à ses enfants. Si on ne lit pas, on est maintenu dans l'ignorance du monde. »

Retourne-t-elle marcher dans les pas de sa propre enfance lorsque vient le temps d'inventer une histoire qui accrochera les jeunes lecteurs?

« Je pense qu'on écrit toujours pour raconter une partie de soi ou pour en apprendre sur soi-même. Je n'ai pas eu une enfance très facile. Est-ce que j'essaie de m'en recréer une à travers mes livres? Peut-être. »

Simon Boulerice... (Archives, La Presse) - image 2.0

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Simon Boulerice

Archives, La Presse

À l'encre des racines

Le thème des 13es Correspondances est presque taillé sur mesure pour Simon Boulerice. L'écrivain de 33 ans l'a souvent dit et répété : l'enfance est le substrat de son écriture.

«Je suis encore tellement ancré à mon enfance! Je me souviens davantage de ce que j'ai fait entre l'âge de cinq à vingt ans que de ce que j'ai fait la semaine passée. Tout jeune, j'étais très contemplatif, j'analysais tout, j'emmagasinais. Lorsque je me suis mis à recracher tout ça sur papier, ça a donné beaucoup de trucs. L'écriture part d'un élan sincère, toujours», explique le prolifique créateur qui multiplie les projets et les publications.

À la fois écrivain, dramaturge, poète et comédien, il écrit autant pour les enfants que pour les ados et les adultes. Ce n'est pas si étonnant. D'aussi loin qu'il se sou-vienne, Boulerice a toujours aimé les livres.

«Mais je n'ai pas toujours été un grand lecteur. On dit qu'il faut trouver le livre qui nous convient. J'en suis un bon exemple. Enfant, j'avais du mal à me concentrer, je relisais vingt fois la même page.»

Jusqu'au jour où il a découvert Archie à la station-service du coin. La bande dessinée était imprimée sur du papier un peu rugueux. Mais elle se lisait vite, elle se lisait bien.

«Ça m'a aidé à apprivoiser la lecture. Par la suite, j'ai découvert autre chose, j'ai plongé dans des oeuvres plus littéraires. Graduellement. Je pense qu'il faut respecter cette naissance, ces balbutiements. Je le dis aux élèves que je rencontre : il faut commencer avec ce qu'on aime lire, il y a de la littérature partout, même dans la mauvaise littérature.»

L'idée ne plairait sans doute pas aux puristes. Simon Boulerice s'en balance.

«Si j'avais un discours de puriste, je renierais celui que j'étais, enfant.»

Aux jeunes qu'il croise dans les classes, il raconte aussi que, aussi inspirante qu'elle soit pour lui aujourd'hui, son enfance n'a pas été si réjouissante.

«Mes premières années n'ont pas été malheureuses, mais elles n'ont pas été particulièrement heureuses non plus. J'ai souffert de solitude jusqu'à ce qu'elle devienne un tremplin vers la création. À l'école, j'étais loin d'être une vedette... Est-ce que j'ai été intimidé? Oui, je l'ai été. Comme beaucoup de jeunes. Et lorsqu'on est enfant ou ado, tout est hypertrophié, les plus petits détails prennent une ampleur folle. Le drame de la cour de récréation, je l'ai connu. J'ai vécu des choses difficiles, mais je n'en parlais pas. Et il y avait ma mère qui disait : «profites-en!, ce sont tes plus belles années». Ça me troublait parce que je ne les trouvais pas si extraordinaires. Je me demandais ce qui pouvait bien venir après! Finalement, et c'est ce que je souligne dans les classes où on m'invite, les gros nuages ont fini par se tasser. Je suis devenu un adulte épanoui, je vis de mes écrits. Les plus belles années, elles étaient après», raconte l'auteur de Javotte et Edgar Paillettes, qui noircit des pages depuis le primaire.

«Je me sentais appelé par tous les arts, mais en quatrième année, ma prof m'a dit que j'écrivais bien. Elle parlait de ma calligraphie, mais moi j'étais persuadé qu'elle s'attardait au contenu de mes écrits. Je me suis alors mis à lire et à écrire beaucoup. C'est fou, peut-être que je suis aujourd'hui écrivain à cause d'un quiproquo! Je le dis souvent aux profs dans les classes : vous ne savez pas à quel point vous pouvez avoir de l'impact!»

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