Le mirage: Comédie utile

Le mirage met en scène Isabelle (Julie Perreault)... (Photo Christal/Séville)

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Le mirage met en scène Isabelle (Julie Perreault) et Patrick (Louis Morissette), un couple qui semble tout avoir pour être heureux (maison, enfants, amis), mais pris dans un tourbillon de surconsommation.

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(SHERBROOKE) Le mirage, c'est en quelque sorte L'horloge biologique de Ricardo Trogi dix ans plus tard, L'âge des ténèbres de Denys Arcand en plus réaliste et en mieux amené, avec une pointe d'Amours imaginaires de Xavier Dolan. Mais c'est surtout une très bonne bobine, qui touche tant par son humour que par la pertinence de son propos.

Du film plus maladroit que raté de Denys Arcand, Trogi a gardé les thèmes de la désillusion et du fantasme, qu'il traite avec plus de précision et de réalisme. Du très réussi opus 2 de Dolan, le réalisateur exploite l'évitement plus ou moins volontaire des personnages devant la réalité. Et de sa propre Horloge biologique, il conserve ce ton à la fois sérieux et amusé, propulsé cette fois par l'humour efficace et reconnaissable de Louis Morissette.

D'ailleurs, ces deux-là font vraiment une belle paire, la facture Trogi seyant parfaitement à la plume Morissette, et vice-versa. Le tandem, en pleine possession de ses moyens, livre ici une oeuvre cohérente, brillante et drôle, tout en restant dans le même genre d'humour que les films précédents de Trogi, c'est-à-dire généralement fin, naviguant surtout sur le malaise et la matérialisation de l'imaginaire, mais jamais dans l'excès.

Chacun sa compensation

Le mirage met en scène Isabelle (Julie Perreault) et Patrick (Louis Morissette), un couple qui semble tout avoir pour être heureux (maison, enfants, amis), mais pris dans un tourbillon de surconsommation. Éloignés l'un de l'autre, ils tentent de compenser leurs manques. Pour Patrick, ce sont les fantasmes sexuels et un désir croissant et obsédant pour Roxanne (Christine Beaulieu), la blonde de son ami Michel (Patrice Robitaille). Mais à mesure que sa vie commence à se fissurer, Patrick pose des gestes contraires au bon sens.

Si Ricardo Trogi a toujours été un réalisateur qui sait où il s'en va, il atteint ici un sommet d'adéquation entre le fond et la forme. Non seulement s'approprie-t-il parfaitement le scénario de Louis Morissette (au point où l'on pourrait le croire sien), mais il dirige remarquablement ses acteurs et y va d'une variété de prises de vue tout aussi justifiées les unes que les autres, notamment les nombreux (et très difficiles) plans-séquences, d'une redoutable efficacité.

Quant au scénario de Louis Morissette, même s'il s'agit d'une lente et prévisible descente aux enfers, il comporte assez de rebondissements et d'humour pour ne pas sombrer dans la lourdeur et atteint un parfait dosage entre comédie et drame. Si on avait beaucoup ri, le dernier quart, presque tragique, aurait été trop déprimant.

Abattement et saturation

Julie Perreault réussit très bien à rendre son Isabelle assez antipathique pour que le spectateur ne prenne pas trop son parti et comprenne la saturation de Patrick (son abattement et son côté dépensier tapent sur les nerfs, même si la fuite dans le sexe de Patrick n'est pas plus glorieuse).

D'ailleurs, Morissette, on a tendance à l'oublier, est aussi un excellent acteur, et sa prestation dans le rôle de Patrick est du grand cru. Mais la véritable révélation du Mirage est Christine Beaulieu, rayonnante et très charismatique dans son rôle Roxanne. Enfin une blonde aux seins refaits dont on a envie d'être l'ami.

La fin du Mirage est tout simplement géniale : un happy end sous des apparences tristes. Mais pour le percevoir, il faut enfin trouver la réalité plus belle que le mirage. Le film de Trogi laisse ainsi une forte impression d'utilité dans un monde où les excès du capitalisme font décrocher de plus en plus.

COMÉDIE DRAMATIQUE

***1/2

Réalisé par Ricardo Trogi.

Avec Louis Morissette, Julie Perreault et Christine Beaulieu.

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