Matérialiser le mirage

Malgré le sérieux du propos, Le mirage demeure... (IMACOM, Jessica Garneau)

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Malgré le sérieux du propos, Le mirage demeure une comédie, souligne le réalisateur Ricardo Trogi. «C'est une comédie dramatique plus plus : trois quarts de comédie et un quart de gros, gros drame.»

IMACOM, Jessica Garneau

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(SHERBROOKE) Visiblement, la rencontre entre Louis Morissette et Ricardo Trogi était écrite dans le ciel. Le premier espérait voir son tout premier scénario de film, Le mirage, porté à l'écran par un cinéaste qu'il admirait. Le second venait, en quelque sorte, de trouver son Horloge biologique 2.

«Si j'avais fait une suite à Horloge biologique, avec mes gars rendus dans la quarantaine, ça aurait ressemblé à ça, avec le même ton, le même style d'histoire», commente le cinéaste, qui rigole quand on lui fait remarquer qu'après un film sur des gars trentenaires qui se questionnent sur l'engagement, il vient de réaliser un film autour d'un quadragénaire qui se questionne sur le désengagement. «Il ne s'est probablement pas assez questionné à 30 ans!» ajoute-t-il.

Louis Morissette, lui, voulait pour son scénario celui qu'il considère comme le «meilleur réalisateur de comédie au Québec». «Aussi pour son réalisme. Le plus important, c'était que le spectateur ait l'impression de connaître ces personnages-là, comme s'ils habitaient le même quartier.»

Petit hic : Ricardo, lui a-t-on d'abord répondu, a l'habitude (du moins au cinéma) de ne réaliser que ses propres scénarios. «J'ai insisté : est-ce qu'il pourrait juste le lire? Au pire, j'aurai l'avis d'un gars que j'estime (et que je ne connaissais pas à l'époque). Ricardo m'a rappelé pour me dire qu'il embarquait. J'étais comblé, et je n'ai jamais douté par la suite. Du premier commentaire jusqu'au montage final, Ricardo et moi étions toujours à la même place.»

Véritable sabordage

Le fameux Mirage, c'est celui de Patrick Lupien (Louis Morissette). En apparence, tout semble avoir réussi à ce propriétaire de magasin de sport. Grosse maison de banlieue entièrement équipée. Petite famille parfaite, même si sa blonde Isabelle (Julie Perreault) est en épuisement professionnel. Amis et loisirs...

Mais sous le vernis, il y a un homme au bord de la faillite (financière, conjugale, psychologique), qui se réfugie dans les fantasmes. Surtout envers Roxanne (Christine Beaulieu), la blonde aux seins refaits de son ami Michel (Patrice Robitaille). Sur le bord de craquer, Patrick pose des gestes tenant d'un véritable sabordage.

«Si j'ai accepté de faire le film, explique Ricardo Trogi, c'est que j'y ai reconnu des choses de ma vie et de celle des gens autour de moi. Je me sentais spectateur du portrait, croqué à vif, de nombreux Occidentaux, pris dans un engrenage duquel il est très compliqué de sortir (du moins sans blesser personne), et qui, plutôt que d'admettre leur manque de courage devant leurs ambitions, s'engourdissent par la consommation. Tout est là quand on voit la famille sortir du Costco.»

Louis Morissette poursuit : «Il y a la surconsommation, mais aussi la pornographie, l'échangisme, tout ce qui sert à doper son quotidien pour endormir la douleur. L'idée de départ est venue d'une discussion avec ma blonde : «Coudon, y en a ben, du monde pas heureux ou qui n'est pas où il veut être.» À 20 ou 30 ans, on a encore l'espoir de changer les choses. Mais à 40 ans, on voit les premiers qui baissent les bras et qui se résignent.»

Un sentiment qu'il a déjà connu?

«Ça m'est déjà arrivé de ne pas être heureux ni à la bonne place, mais je n'ai jamais eu envie de baisser les bras, parce qu'on a une seule vie à vivre.»

Mais est-ce dans la nature humaine de saboter sa vie plutôt que de faire face?

«On n'a souvent pas le courage de prendre certaines décisions qui paraissent mal (elles vont à l'encontre de notre société ou de notre éducation). On n'appelle pas à l'aide non plus, parce que l'orgueil et la honte embarquent. On pose alors des gestes idiots jusqu'au point de rupture. Mais ce que fait Patrick n'est rien par rapport à d'autres hommes en détresse dans la vraie vie... Certains vont beaucoup plus loin.»

Six heures pour un plan

Les cinéphiles remarqueront l'utilisation de plusieurs plans-séquences dans Le mirage, notamment lorsque Patrick tente de séduire Roxanne et lorsque la crise éclate avec Isabelle.

«C'est un outil que j'utilise quand je sens qu'une scène sera payante si elle est en mouvement et que je veux que le spectateur se sente aussi coincé que le personnage, explique Ricardo. Dans la scène avec Roxanne, on est avec Patrick tout le temps. On sent sa nervosité, voire sa presque panique, celle lorsqu'on s'apprête à embrasser quelqu'un. Une longue tension s'installe. Évidemment, un plan-séquence sera toujours beaucoup de travail. Pour celui-ci, six heures de préparation pour trois prises. Et quand c'est de nuit (comme pour la scène de crise), ça devient épouvantable, car il faut cacher tous les éclairages.»

Le dosage du sexe dans le film a préoccupé autant Louis que Ricardo. «Nous nous sommes toujours demandé si c'était nécessaire. Nous avons d'ailleurs ôté quelques scènes, dont une très longue (environ quatre minutes) parce qu'elle rendait Patrick trop antipathique, même si c'était crédible», rapporte Ricardo.

La fin du film a aussi longuement préoccupé les deux créateurs. «Nous nous entendions sur une fin qui ne donnerait pas toutes les clefs, dit Louis Morissette. Encore une fois, nous avons examiné plusieurs possibilités, pour en revenir au moment où Patrick prend sa décision. C'est ça, l'important. Il fallait aussi terminer sur une note d'espoir, qui annonce le bonheur.»

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