Patrick Watson au Granada

«Chaque fois qu'on vient au Granada, ça nous... (Archives, La Tribune)

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«Chaque fois qu'on vient au Granada, ça nous prend toute notre énergie pour ne pas remonter dans les balcons. C'est trop tentant! On les regarde et on fait ahhh! come on!» confie le chanteur.

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(Sherbrooke) C'était le 23 février 2007. Ce soir-là, Patrick Watson et ses musiciens faisaient leur baptême du Théâtre Granada, six mois après la sortie de l'album Close to Paradise. En entrant dans la mythique salle sherbrookoise, où 800 personnes l'attendraient quelques heures plus tard (c'était la première fois qu'il vendait autant de billets pour un spectacle), le chanteur montréalais a été saisi par le décor. Son regard s'est surtout accroché sur les deux petits balcons, intégrés aux fausses façades espagnoles, de chaque côté de la scène. Pas question de laisser passer une telle occasion!

Le soir venu, le public a donc eu droit à une minute magique : Watson sur le balcon de droite avec son accordéon, son guitariste sur celui de gauche, le batteur resté sur scène avec sa caisse claire, tous trois interprétant Man under the Sea sans aucune amplification. On aurait entendu une mouche voler.

«Chaque fois qu'on vient au Granada, ça nous prend toute notre énergie pour ne pas remonter dans les balcons. C'est trop tentant! On les regarde et on fait ahhh! come on!» confie le chanteur, qui est passé trop souvent dans la salle par la suite pour se rappeler cette soirée en particulier.

«Dans ma mémoire, c'est une seule et belle soirée, où tous les souvenirs sont mélangés.»

Comme un band qui joue

Entamée en mai tout de suite après la sortie de l'opus 5 Love Songs for Robots, la nouvelle tournée de Patrick Watson, qui portera le chanteur pendant une année et demie, a déjà fait quelques mégapoles des États-Unis et d'Europe. Elle prend maintenant le virage des petites villes. Le spectacle est donc déjà bien rodé.

«D'après ce que la plupart des gens nous disent, c'est leur album préféré, du moins à l'étranger (ici, c'est encore Close to Paradise). Les nouvelles chansons marchent très bien sur scène», rapporte le musicien, soulagé.

En effet, Love Songs for Robots est probablement l'album le plus atmosphérique de Watson, un type de musique toujours plus difficile à apporter en spectacle. Mais comme le groupe a tout enregistré en jouant ensemble en direct, y compris la musique électronique, une partie du travail était déjà faite.

«Tout le disque a été réalisé pour sonner comme un band qui joue. Nous avons travaillé avec plusieurs pistes sur seulement trois chansons. On ne s'est même pas posé la question pour l'électronique. Pour nous, nous faisions de la musique», explique celui qui s'est notamment inspiré de Vangelis, justement parce que le compositeur grec a réussi (par exemple dans le film Blade Runner) à faire oublier les machines et les faire entendre comme un orchestre.

Blade Runner a aussi inspiré Watson parce que dans ce film de science-fiction, le côté humain, organique et sensuel l'emporte sur les gadgets. Love Songs for Robots est fortement inspiré du grand intérêt du musicien pour la science et la science-fiction (il lit des articles sur le sujet chaque jour), mais surtout leurs conséquences sur l'humanité et les questions philosophiques qu'elles soulèvent.

Correct pour Star Trek

«Si ma musique change au fil des albums, c'est d'abord parce que, moi aussi, je change et j'évolue. Je m'inspire différemment parce que je ne suis plus le même gars qu'il y a cinq ans. Chacun des albums montre ainsi une partie de moi. Cette fois, c'est ma fascination pour la science-fiction. Si cette dernière existe, c'est, selon moi, pour nous permettre de parler de choses qui nous dérangeraient trop si elles se passaient dans le vrai monde. On est plus ouvert à en parler quand ça se déroule sur une autre planète.»

«Par exemple Star Trek. Dans les années 1960, le racisme était encore très fort aux États-Unis. Pourtant, je suis sûr qu'il y avait plein de gars du Midwest américain qui regardaient Star Trek et qui trouvaient ça bien hot, même si, dans l'Enterprise, il y avait des blancs avec une Noire, un Russe, un Chinois.... Mais parce que ça se passait dans l'espace, c'était correct. La science-fiction permet de pousser des thèmes humains de façon plus optimiste, plus idéaliste...»

Paradoxalement, ces «chansons d'amour pour robots» constituent un des albums les plus personnels de Watson, qui traversait une période de «reconstruction» au moment de l'écriture. La chanson-titre fait penser à un robot qui tente de reconstruire son cerveau, en se débarrassant des pièces dont il ne veut plus.

«L'image du robot est justement une façon pour moi de me détacher, de ne pas trop m'accrocher aux choses personnellement, de me voir à l'extérieur de moi-même. J'ai essayé de me reconstruire comme si j'étais un objet.

Robot à plumes

En même temps, le robot est une image qu'il a choisie pour son côté démodé et, à la limite, ridicule. Voilà pourquoi le «robot» sur la pochette se résume à une ampoule avec deux bras et des plumes.

«C'est presque une blague. On parle beaucoup en ce moment de l'arrivée des voitures qui se conduisent elles-mêmes. Elles n'ont pas besoin de robot. Par contre, il y a déjà plusieurs avocats qui se penchent sur la façon de les encadrer législativement. Qu'arrivera-t-il en effet de la responsabilité individuelle avec les self-driving cars? Les primes d'assurance vont-elles exploser quand ce sera une vraie personne qui conduira? Et ce qui me fait le plus rire là-dedans, c'est que ces avocats sont en train de lire l'oeuvre d'Isaac Asimov, qui a déjà abordé tout ça dans ses romans!»

Patrick Watson estime d'ailleurs que la perception du public est cinq ans en retard par rapport à la réalité. «On se pose des questions sur des choses qui existent déjà. Nos vies sont déjà des algorithmes. Quand quelqu'un te parle sur Facebook, il parle à un algorithme de tes goûts personnels. On est aussi déjà très avancé dans le génie génétique. On pourra bientôt remplacer comme on le voudra chaque gène des espèces vivantes. Tout ça soulève de grandes questions morales. Mais le plus important, c'est que tout ça me pousse à me questionner sur moi-même, pas sur la technologie.»

Écrire pour l'image

On ne compte plus les films ni les séries télé où la musique de Patrick Watson peut être entendue, de Grey's Anatomy à Walking Dead en passant par Yves Saint-Laurent. Sans oublier les productions où il est engagé comme compositeur.

«C'est comme écrire pour un chanteur, sauf que le chanteur est un film. Au lieu de la voix, c'est l'histoire et les dialogues qu'il faut mettre en valeur. À la limite, je trouve ça même plus reposant que de réaliser un album. Je termine justement la trame sonore d'une coproduction anglo-américaine, qui sera jouée par l'Orchestre symphonique de Londres. Ça m'a occupé tout ce printemps, en fait. C'est la première fois que j'écris pour un orchestre entier et c'était génial! Quand j'ai entendu l'orchestre jouer sur l'image, j'ai littéralement vu le film changer sous mes yeux.»

Écrire avec d'autres

Certains ont été surpris d'entendre la voix de Patrick Watson avec Arthur H sur la chanson Le tonnerre du coeur, extraite du plus récent album du chanteur français, Soleil dedans. Mais il n'y a pas à s'étonner : tous deux étaient de grands amis de Lhasa de Sela. Et comme Lhasa était une grande rassembleuse...

«J'adore les collaborations, mais avec la réalisation des albums et les tournées, j'ai souvent un horaire trop débile. Mais je pense que je ferai davantage de collaborations et de projets spéciaux dans les deux ou trois prochaines années. Simplement pour le changement.»

Écrire en français

Patrick Watson hésite encore à s'aventurer à écrire des chansons dans la langue de Molière, même s'il a déjà signé Je te laisserai des mots pour le film Mères et filles de Julie Lopes Curval, en 2010. La production mettait en vedette Marie-Josée Croze et Catherine Deneuve.

«J'ai encore envie d'essayer. C'est quand même un immense défi. Il faut beaucoup de talent et ce n'est pas donné à tout le monde. Quand une chanson en français est bonne, c'est parce que l'auteur est vraiment extraordinaire. En anglais, on peut dire dix millions de choses avec deux, trois mots. En français, les textes sont plus développés, plus élaborés. Trouver les bonnes paroles qui vont entrer dans la musique sans prendre trop de place, ce n'est pas évident.»

2003 Just Another Ordinary Day

2006 Close to Paradise

2009 Wooden Arms

2012 Adventures in Your Own Backyard

2015 Love Songs for Robots

Vous voulez y aller?

Patrick Watson

Ce soir, 11 juillet à 20 h

Théâtre Granada

Entrée : 46 $

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