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Un microscope sur les agressions sexuelles

Tourné sans subvention gouvernementale, le deuxième long métrage... (Imacom, Julien Chamberland)

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Tourné sans subvention gouvernementale, le deuxième long métrage de Jimmy Larouche (à l'avant), Antoine et Marie, arrive sur les écrans et met notamment en vedette Dino Tavarone et Martine Francke. Le film traite de la problématique du viol, plus précisément celui au GHB (drogue du viol). Le CALACS Agression Estrie s'est d'ailleurs associé à la production et a amassé des fonds lors de la première médiatique à la Maison du cinéma, jeudi.

Imacom, Julien Chamberland

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(MONTRÉAL) Avant de devenir cinéaste, Jimmy Larouche a fait un baccalauréat en administration à l'Université de Sherbrooke. C'est après que l'Almatois d'origine s'est aperçu que sa véritable passion était de faire des films (un loisir d'adolescence qu'il pratiquait au sous-sol de la maison familiale). Il s'est donc inscrit en cinéma à l'Université de Montréal.

Considère-t-il ses années au sommet de la colline universitaire sherbrookoise comme un malencontreux détour?

«Pas du tout! À l'époque, le slogan était «Les plus belles années de votre vie». Et c'est vraiment comme ça que je les ai vécues. Mes notions d'administration me servent encore. Quand tu réalises un film, tu gères aussi un budget et des gens...»

Des aptitudes précieuses quand on produit et distribue son film soi-même, sans subvention gouvernementale. Raison pour laquelle Jimmy Larouche a tourné ses deux premiers longs métrages (La cicatrice, paru en 2013, et Antoine et Marie, au cinéma à compter d'aujourd'hui) dans sa ville d'origine. Les projets auraient été beaucoup plus difficiles à concrétiser sans le soutien local.

«Je parlerais même d'amour : celui de la ville, des commerces, des gens... Pour une scène de manifestation, la Ville a accepté de fermer la rue principale du centre-ville un samedi matin! Le coucher de soleil sur le lac Saint-Jean, quand Marie et son chum font l'amour, je l'ai eu gratuitement, même si c'était une plage privée. À Montréal, ça m'aurait coûté 1200 $.»Respecter les femmes qui rayonnent

Jimmy Larouche aime bien l'idée de comparer Antoine et Marie à un microscope posé sur la problématique du viol, plus précisément celui au GHB (drogue du viol). «J'ai voulu montrer ce qu'on ne peut pas voir normalement. On a rarement la chance de parler avec une victime, encore moins avec un agresseur.»

Le point de départ de son film : le témoignage de plusieurs amies et connaissances qui ont vécu une agression.

«Dont deux de mes ex-copines. Des gens de ma famille proche aussi. On ne doit pas encore en parler assez, car 90 pour cent des victimes décident de ne pas dénoncer. Je voulais que les victimes se reconnaissent dans mon film et éviter les stéréotypes.»

Même si le personnage de Marie est une femme visiblement à l'aise avec sa sexualité.

«Je voulais jouer avec le cliché. Une femme a beau avoir une belle poitrine et la montrer, boire dans un bar avec des gars, ce ne sera jamais une raison pour la détruire. Au contraire, on devrait respecter des femmes qui rayonnent comme ça.»

«Marie est l'essence d'un ensemble de victimes que j'ai connues, et Martine Francke était parfaite pour la jouer, car elle est très belle sans être une beauté plastique. Plus de femmes vont se reconnaître en elle.»

Dans le même ordre d'idées, le présumé agresseur (Sébastien Ricard) n'est pas non plus un homme tatoué à la sale gueule.

«Antoine est un beau bonhomme, tranquille, peu bavard... Dans les faits, 70 pour cent des victimes connaissent leur agresseur», rappelle Jimmy Larouche.

«La plupart des agresseurs ne sont pas motivés par le désir sexuel, mais la soif de contrôle. Pour Antoine, c'est sa femme, son patron qui sont en contrôle, pas lui.»

Abrupt et brutal

Quant à la fin abrupte et brutale du film, Jimmy Larouche répond que ce n'est pas son film mais la vie qui est ainsi. La plupart des victimes qui osent porter plainte abandonnent après le premier interrogatoire, lorsqu'elles se rendent compte de la complexité de prouver leurs allégations. Surtout dans les cas de drogue du viol, où les souvenirs sont parcellaires.

«J'ai même adouci la scène par rapport à la réalité. À mon sens, ça ne devrait pas être le rôle des policiers de faire comprendre aux victimes que le crime sera difficile à prouver. Au contraire, ils devraient les encourager à dénoncer, pour que quelques agresseurs finissent par payer et que cela fasse peur aux autres.»

«S'il n'y a aucune musique extradiégétique, c'est parce que c'est un film sur les silences de Marie et d'Antoine. Pour moi, le son est la véritable trame sonore. Antoine ne parle pas lorsqu'il passe la tondeuse. Mais le bruit de la tondeuse, c'est son intérieur. Lorsque Marie part du bureau et traverse le garage où elle travaille, tout le bruit traduit son mal-être.»

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