Grande Gréco

Juliette Gréco... (Imacom, Julien Chamberland)

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Juliette Gréco

Imacom, Julien Chamberland

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Karine Tremblay
La Tribune

(SHERBROOKE) C'est un soir particulier. On le sait à la fébrilité qui se ressent, qui se palpe, presque. On le sait à l'impression d'être là où se jouera un moment marquant, là où un spectacle fera histoire. C'est qu'on n'accueille pas tous les jours une interprète de la trempe de Gréco.

L'occasion est rare, elle ne se reproduira pas. La grande Juliette a annoncé son départ. Cette tournée est pétrie de dernières fois. Et Sherbrooke est l'ultime arrêt de son tour de chant en sol québécois. Dans le ventre du Théâtre Granada, Les lumières ne sont pas tamisées encore, mais piano et accordéon chantent l'arrivée imminente de l'icône de la chanson française. Évidemment que les applaudissements explosent!

La muse de Saint-Germain-des-Prés se fait attendre un tout petit peu avant d'apparaître dans la lumière. On remarque ses cheveux aussi noirs que sa robe de velours, son dos légèrement voûté, sa démarche lente. Mais ce qu'on voit surtout, c'est son sourire à faire fondre ce qu'il reste de la calotte glaciaire. Ce sourire-là qui dit tout son bonheur d'être sur scène.

Elle entame sans attendre avec du Brel. Bruxelles pour commencer. Le geste est toujours aussi théâtral. Son oeil est de braise et son regard, de feu. Sa fougue, elle, est inchangée : devant le micro, Juliette Gréco laisse derrière le poids des années, même si elle chante abondamment le temps qui passe (Avec le temps, de Ferré, et Les vieux, Le tango funèbre, J'arrive et La chanson des vieux amants de Brel).

La voix est moins claire qu'elle a déjà été : pas grave. Le souffleur ne suffit pas à rattraper un tout bref trou de mémoire : pas grave. La chanteuse mord dans les phrases, mais échappe parfois quelques finales : pas grave. On ne pardonne pas, il n'y a rien à pardonner. Parce que l'interprète est une grande qui ne fait pas que s'approprier les si beaux textes de paroliers d'exception. Elle les habite. Les vit devant nous. Avec nous. Le ballet de ses mains tout autant que les expressions de son visage racontent les chansons, qui prennent une couleur autre parce qu'elles témoignent de son vécu. L'émotion prend le pas sur tout le reste. Le rire s'invite aussi : « « Celle-là, je ne devrais pas la chanter. Mais je vais la chanter quand même », dit-elle avant de se lancer dans une coquine, comique et très réussie interprétation de la célèbre Déshabillez-moi.

Accompagnée de l'accordéoniste Jean-Louis Matinier et de son pianiste et mari Gérard Jouannest, la grande Gréco parle peu et chante beaucoup le regretté Jacques (Amsterdam, Ces gens-là, Je suis un soir d'été). Elle visite aussi le répertoire de Serge Gainsbourg (La javanaise), Jean-Claude Carrière (Le contre-ecclesiaste), Jean-Max Rivière (Un petit poisson, un petit oiseau) et Léo Ferré (Jolie môme). C'est sur du Brel qu'elle est entrée, c'est sur du Brel qu'elle s'en va en livrant une poignante et unique version de Ne me quitte pas. La salle est debout, mais il n'y a pas de rappel. En un peu plus d'une heure de concert, elle a tout donné devant les quelque 350 spectateurs qui ont maintes fois crié bravo. Les adieux ont été intimes. Ils n'en sont que plus précieux.

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