Porter la douleur des victimes de viol

Porteuse d'un des rôles-titres du long-métrage Antoine et... (Presse, David Boily)

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Porteuse d'un des rôles-titres du long-métrage Antoine et Marie, qui arrive sur les écrans le 19 juin, Martine Francke aura un été chargé, avec les représentations de la pièce de théâtre Boeing Boeing qui commençaient samedi à la Maison des arts de Drummondville, et le rodage d'un spectacle solo mi-joué mi-chanté à La Marjolaine d'Eastman.

Presse, David Boily

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(Montréal) Il y a de ces rencontres qui semblent prédestinées. Comme celle entre Martine Francke et Jimmy Larouche. Alors que l'actrice jouait un rôle de soutien sur le plateau de La cicatrice, premier long métrage du cinéaste jeannois, elle a vécu un véritable coup de foudre professionnel. Sans alors se douter que le réalisateur songeait à lui confier le premier rôle de son opus 2.

« Je me suis aperçue, pendant qu'il dirigeait, à quel point il était sensible, intelligent, simple, profond. Ce ne sont pas tous les hommes qui sont capables de parler de la violence masculine [thème de La cicatrice]. J'ai été ravie de travailler avec lui. »

« J'ai l'habitude de me juger beaucoup lorsque je me vois à l'écran. Avec La cicatrice, c'était la première fois où je me croyais. J'ai donc dit à Jimmy que j'aimerais poursuivre le travail avec lui. »

Ça tombait bien, parce que le réalisateur d'Alma, qui a tourné ses deux longs métrages dans sa ville natale sans aucune subvention, l'avait pressentie pour le rôle de Marie, une femme du début de la quarantaine victime d'un viol au gamma-hydroxybutyrate (GHB). En étant présente dès le début du processus de création d'Antoine et Marie, Martine Francke a pu longuement discuter avec le réalisateur pour créer le personnage.

« Il y a eu une complicité dès le départ. Après, nous avons rencontré des femmes victimes de viol, des criminologues, j'ai lu sur le syndrome du stress post-traumatique... Ç'aurait été impossible de jouer un film aussi grave sans avoir toutes les connaissances et tous les outils. Il fallait absolument que les victimes se reconnaissent dans le personnage de Marie », résume l'actrice, dont la gorge se noue à l'évocation des témoignages entendus.

« Leurs confidences m'ont profondément touchée. Je les portais en moi. C'est difficile d'être porte-parole de leur douleur, mais je sentais qu'il me fallait aller jusque-là dans cette dévotion. »

Ces trois mois de préparation ont grandement facilité le tournage. « Souvent, Jimmy me disait de ne rien faire. Les scènes étaient tellement claires, nous en avions tellement discuté que tout était ancré. On n'avait rien à se dire. Je pouvais simplement m'abandonner. »

Plus la même

Antoine et Marie est, en quelque sorte, un regard au microscope sur la problématique du viol. Le cinéaste pose une lentille grossissante sur le supposé agresseur (Antoine, joué par Sébastien Ricard) et la victime. Marie est une femme bien dans sa peau, libertine même, qui travaille dans un milieu masculin (un concessionnaire automobile), qui aime la compagnie des hommes, qui s'habille sexy. Mais après une soirée dans un bar, elle se réveille dans un taxi qui la reconduit à la maison. Dès lors, elle n'est plus la même.

« Une victime de viol m'a raconté que, lorsqu'elle faisait l'amour ensuite, elle se rentrait les ongles dans les paumes, parce que ça lui rappelait trop l'agression. Même dans les cas de GHB, il reste des flashs et une mémoire corporelle. Une autre victime m'a confié qu'elle n'était plus capable de sortir de chez elle. Elle doutait de tout le monde. La plupart d'entre elles vivent une grande culpabilité. Elles s'accusent d'être sorties dans un bar, d'avoir pris un verre... »

L'actrice a accepté de jouer les scènes de nudité parce qu'elles montraient à la fois la liberté et la vulnérabilité de Marie.

« Autant ça ne la dérange pas du tout de se baigner toute nue dans un lac, autant, lorsqu'elle se retrouve seule dans sa baignoire après le viol, elle est plongée dans un trouble immense. D'habitude, prendre un bain est un moment de relaxation, mais Marie ne retrouve plus la paix. Elle n'est plus bien nulle part. »

Non seulement le tournage à Alma a créé une bulle, permettant à Martine Francke, tout comme à ses coéquipiers, de se concentrer entièrement sur le film, autant l'entraide régionale l'a renversée.

« J'ai été hébergée dans le chalet de la tante de Jimmy. Quand nous avons eu besoin d'un fauteuil roulant pour tourner une scène, il n'a pas fallu trois autorisations plus une facture. Jimmy est allé dans la pharmacie la plus proche et, trois minutes plus tard, on l'avait. »

Une bulle en avion

C'est une autre sorte de bulle qui l'attend dès ce soir avec la première de la pièce de théâtre Boeing Boeing de Marc Camoletti, à la Maison des arts de Drummondville. Le spectacle est mis en scène par son conjoint, André Robitaille.

« C'est un spectacle éprouvé, approuvé, dans la lignée des Feydeau. Je trouve surtout fabuleux d'observer Pauline Martin, qui est une de nos grandes comiques. Elle pose toujours des questions d'intention. Elle sait que, ce qui est drôle, c'est l'intelligence derrière. »

Toute la distribution a évidemment une pensée pour Gilles Latulippe, qui a animé les étés drummondvillois dans la même salle pendant 20 ans. « Les gens venaient surtout pour le voir, mais nous n'avons pas essayé de l'imiter. Il n'y a pas d'improvisation comme M. Latulippe aimait le faire. C'est une comédie, mais ce sera différent. Nous allons quand même lui faire un clin d'oeil, avec une petite vidéo où chacun dit son mot. »

Martine Francke prépare aussi un spectacle solo, Aller-retour, qu'elle a écrit avec le musicien Jean-Claude Marsan, et qu'elle présentera en rodage à La Marjolaine d'Eastman.

« C'est la première fois que je m'essaie comme auteure. Je raconte une histoire, parfois en mots, parfois en chanson. Le personnage principal a quitté son pays et revient après 20 ans. On découvre pourquoi elle est partie et pourquoi elle revient. »

Boeing Boeing

Du 13 juin au 5 septembre Maison des arts Desjardins de Drummondville Entrée : 49 $

Aller-retour

Les dimanches et mardis, du 26 juillet au 16 août Théâtre La Marjolaine

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