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Juliette Gréco : se retirer courtoisement

Juliette Gréco... (PHOTO ARCHIVES LA PRESSE)

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Juliette Gréco

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(Sherbrooke) Parler avec Juliette Gréco, c'est être à un degré de séparation de Sartre, Vian, Kosma, Gainsbourg, Ferré, Brel... La muse de Saint-Germain-des-Prés, grande dame de la Rive gauche toute de noir vêtue, avec ses yeux de biche et ses mains qui se promènent telles des petites danseuses écrivant les choses dans l'air, a charmé pendant 66 ans des générations d'amants des mots.

Mais l'heure est venue de se retirer, a jugé la dame de 88 ans. Supportera-t-elle la retraite, après avoir fait l'amour à la scène pendant aussi longtemps? On le saura bien assez vite... L'important, c'est que Juliette Gréco n'ait pas oublié de venir saluer le Québec une dernière fois avant de rentrer dans ses quartiers. Conversation avec celle de qui Sartre, lorsqu'il l'a découverte, a dit qu'elle avait dans la voix des millions de poèmes qui n'étaient pas encore écrits.

« Il faut partir avant d'y être obligée », répond Juliette Gréco lorsqu'on lui demande pourquoi elle a choisi de se retirer de la scène maintenant. Même si, depuis le début de cette tournée d'adieu intitulée Merci!, le public est nombreux, une fois le rideau tombé, à lui demander de continuer. Même si Aznavour, à 91 ans, non seulement persiste et signe, mais ne laisse nullement le mot « retraite » filtrer de sa bouche.

« Mais Aznavour est un homme! » rétorque-t-elle. « Et c'est différent. L'âge d'un homme ne dérange pas. Pour une femme, c'est plus compliqué. On pardonne moins à une femme âgée. Je le pense. »

Il n'y a pourtant que trois ans entre ces deux géants de la chanson française...

« Trois ans, c'est beaucoup ! À cet âge-là, c'est beaucoup, précise-telle. Le cerveau fonctionne parfaitement, la tête est en pleine forme, mais il faut que le corps suive. Chanter, c'est passionnant, c'est comme une drogue, une dépendance très, très grande. Mais il ne faut pas attendre que le corps ne suive plus pour s'arrêter. C'est une question de courtoisie. »

Et après, une fois le dernier projecteur éteint ? Ils sont si nombreux, ces artistes qui se sont ravisés après leur adieu...

« Je ne sais pas. Je ne peux pas imaginer. Je le saurai peut-être le lendemain de la dernière. »

Même après 66 ans d'une carrière qui l'a menée aux quatre coins du monde (jusqu'à Hollywood où elle a tourné dans quelques films), Juliette Gréco n'arrive pas à prononcer le mot accomplissement. « Il ne le faut pas, d'ailleurs. J'ai envie de chanter jusqu'à mourir. Disons que j'ai le sentiment d'avoir fait quelque chose de bien, de toujours être restée en accord avec moi-même, de n'avoir jamais cédé à la facilité, d'avoir su dire non. Je n'ai pas grand-chose à me reprocher dans mes choix. J'ai toujours fait ce que je sentais, ce que je croyais devoir faire. Je suis restée une femme debout », dit celle qui, dans une autre entrevue, disait avoir été en admiration devant ses auteurs, mais jamais à genoux.

D'ailleurs, d'aucuns ignorent qu'elle a écrit quelques chansons, mais elle a fini par abandonner. « Tout simplement parce que j'avais de trop bons auteurs. »

Comment dire merci...

Il n'a d'ailleurs pas été facile de choisir le répertoire de cette ultime prestation. La chanteuse se permet encore d'adapter les choses dans ce spectacle encore jeune et qui, jusqu'à maintenant, se passe mieux qu'elle le souhaitait. « Les gens sont très généreux et chaleureux. Ce sont des moments bouleversants. »

Il n'y a toutefois pas eu de doute sur la formule intime de Merci! La chanteuse s'amène simplement avec un accordéoniste, Jean-Louis Matinier, et son pianiste et mari Gérard Jouannest.

« C'est une formule à laquelle je suis habituée. Je mise sur la discrétion, l'intimité. On va à l'essentiel, loin du spectacle délirant. »

Et il était hors de question qu'elle oublie le Québec dans son dernier sillage. « Pour moi, le Québec fut la découverte d'un monde, où les gens sont accueillants, civilisés, aimables, sincères, un monde dont la nature est très surprenante, un peu gigantesque, avec ses hivers très durs et ses étés brûlants. Pour moi, c'est un pays de contrastes et de tendresse humaine. »

Comme elle restera une dizaine de jours, elle en profitera justement pour mieux le découvrir, notamment en allant voir les baleines lors de son passage à Tadoussac. « Ça, c'est un rêve d'enfant! »

Peut-être ira-t-elle voir aussi Les aiguilles et l'opium de Robert Lepage, au Théâtre du Nouveau Monde, dont la trame de fond s'inspire en partie de sa liaison avec Miles Davis... et dont elle n'avait jamais entendu parler avant cette entrevue!

VOUS VOULEZ Y ALLER?

Merci!

Juliette Gréco

Mardi, 20 h

Théâtre Granada

Entrée : 78$ (balcon 65$)

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