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Simon Proulx... (Archives Le Soleil)

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Simon Proulx

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(SHERBROOKE) Simon Proulx est un cachottier.

Pendant qu'il s'affichait en public aux bras de la langue française, qu'il faisait sourire et tournoyer comme un gentleman, il la trompait en privé et sur une base régulière. Depuis cinq ans, dans l'intimité, le chanteur, auteur et compositeur des Trois Accords écrivait des chansons en anglais.

Sous le couvert de Simon I, le blond monarque drummondvillois lançait cette semaine, avec un mélange de fierté et d'humilité, le premier album sous son régime autocratique, une collection de dix pièces qu'il séquestrait et bâillonnait dans ses tiroirs depuis tout ce temps.

«Ce n'était pas un secret. Les gens autour de moi savaient. Ça n'a seulement pas adonné que j'en parle avant», corrige le prolifique créateur, joint cette semaine à Brooklyn, où s'amorce l'enregistrement du cinquième album de son groupe retrouvé. C'est dans la mégalopole, entre janvier et avril derniers, qu'il a aussi comploté cet album solo éponyme, avec la complicité des réalisateurs réguliers des 3A, Gus Van Go et Werner F.

Puisque sa bigamie n'avait jamais été ébruitée hors de son royaume immédiat, bien des admirateurs sont tombés des nues quand le premier extrait, Automatic, est tombé du ciel il y a deux semaines. Simon Proulx n'est pourtant pas le premier des chanteurs qui sort du jupon de sa formation pour tenter le règne en solo. Son saut de l'autre côté de la rivière linguistique surprend davantage, surtout que l'artiste a toujours revendiqué une francophilie réjouissante et décomplexée.

«Comme beaucoup de gens, j'ai toujours écouté beaucoup de musique en anglais. Évidemment, quand tu te retrouves avec une guitare entre les mains, des idées naissent en anglais. J'ai déjà traduit certains textes, ce qui a donné des chansons assez cool des Trois Accords, mais je me suis quand même retrouvé avec une banque de chansons brutes en anglais, que j'ai eu envie d'achever et de regrouper, dans le plaisir. Je n'avais pas envie qu'elles s'éteignent.»

Il n'avait pas envie que sa langue seconde se délie sur un album des 3A non plus. Pour lui, la ligne entre les deux projets était nette. «Le volet linguistique est très important dans les Trois Accords, et je ne voulais pas mêler les cartes. Je trouvais que ça apportait un bel équilibre à mes affaires.»

Univers naturel

Pourtant, la langue mise à part, les dix chansons de Simon I se fondraient bien dans le corpus abracadabrant de son quatuor. Sur des mélodies qui chatouillent les oreilles, jusqu'à leur imposer une totale soumission, on découvre les histoires cocasses d'un homme qui se badigeonne le visage de lotion hydratante pour oublier l'être aimé, d'un passionné d'armement qui court les parades militaires et d'un autre zig qui se la coule douce sur une terrasse suisse par un beau jour de juin.

«Mon but reste le même en anglais: créer des images qui n'ont jamais été entendues», mentionne le guitariste, qui, musicalement, n'avait pas déterminé ses visées.

Son rock joyeux, rafraîchi par une brise de la côte ouest, s'est défini «au terme d'une longue préproduction». «J'avais juste envie de me laisser aller naturellement pour voir ce qui sortirait», dit celui qui a osé le power trip et joué tous les instruments en studio.

Cette omnipotence lui a permis de jeter un regard neuf sur son groupe, dans lequel il module sa voix nasillarde depuis 2004, année de l'apparition du Gros Mammouth Album. «Je ne joue pas du drum comme Charles (Dubreuil) ni de la basse comme Pierre-Luc (Boisvert), mais en me retrouvant derrière leurs instruments, j'ai compris comment ils pouvaient évaluer leur apport dans la création d'une chanson.»

«Artistiquement, ça a été très sain. Quand tu es dans un groupe, des frustrations peuvent apparaître. Le processus décisionnel est lourd, surtout que nous recherchons souvent le consensus. Aller ailleurs, essayer des trucs à côté dans un autre contexte de création, ça fait respirer tout le monde et ça aide à faire tenir le groupe. Et nous voulons le faire tenir. Nous sommes tous très conscients de la chance et de la joie que nous avons d'en faire partie», croit celui qui a d'ailleurs fait écouter ses maquettes à ses vieux complices tôt dans le processus.

À lui le monde

Les Trois Accords respecteront leur cycle de production de trois ans en enregistrant cet été le successeur de J'aime ta grand-mère, dont la sortie est souhaitée pour l'automne. Entre la tournée des festivals (incluant une supplémentaire en plein air de leur concert avec l'OSM à Juste pour rire), les passages dans la Grosse Pomme et l'organisation du Festival de la poutine, Simon Proulx s'est laissé peu de marge de manoeuvre pour faire vivre ses chansons. Ses rêves n'en sont pas moins fous...

«J'aimerais aller en Mongolie, badine-t-il. C'est sûr que les possibilités sont énormes. Il n'y a pas un territoire où l'on n'écoute pas de musique en anglais. On va commencer par explorer chez nous, et on verra ensuite. Ce serait l'fun de faire des spectacles, aussi. Sérieusement, il y a plus de chances que ça arrive qu'il y en a que ça n'arrive pas.» Maintenant que son secret est révélé, aussi bien l'afficher!

Face Cream

«C'est la dernière chanson qui a été écrite et enregistrée. Elle parle d'un garçon qui vit le deuil de sa bien-aimée. Pour l'oublier, il s'applique un masque de beauté. J'aimais le contraste entre le produit cosmétique et le deuil. Je trouvais qu'une émotion cool en ressortait.»

Fleet Week

«Je trouve drôle, ce concept américain des semaines de la flotte, très présent dans l'imaginaire des gens. J'ai ainsi imaginé cette personne qui vit son trip militaire et qui rencontre une fille dans un bar pendant une Fleet Week. Lentement, ça devient une chanson d'amour sur l'armement. Je me suis amusé à tirer sur une corde très épique, à la Braveheart. C'est épique... et épais.»

Tired All the Time

«Mon réalisateur Werner F, un unilingue anglophone qui n'avait jamais compris les chansons des Trois Accords, m'a fait remarquer que je n'étais pas capable de parler d'un sujet de façon directe. Il m'a lancé le défi d'écrire une chanson sans deuxième ou troisième degré. J'ai pris cette mélodie mélancolique, qui existait depuis longtemps, et j'ai inventé l'histoire de ce gars qui fait une dépression et en parle, sans détour. Ça a été un exercice difficile, mais je suis super fier du résultat. Elle occupe une place spéciale dans mon coeur.»

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