Warhol le graphiste à Sherbrooke

Conservateur de la collection d'oeuvres d'art de Power... (IMACOM, Jessica Garneau)

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Conservateur de la collection d'oeuvres d'art de Power Corporation, Paul Maréchal a été un des premiers à s'intéresser aux créations graphiques d'Andy Warhol.

IMACOM, Jessica Garneau

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(Sherbrooke) Il y a bien sûr la boîte de soupe Campbell. Et la bouteille de Coca-Cola. Les portraits de Marilyn Monroe et de Mao Tsé-Toung. Certains plus ferrés en histoire de l'art réussiront aussi à nommer les huit Elvis Presley ainsi que la fameuse banane à peler, illustrant le premier disque des Velvet Underground. Mais généralement, c'est là que se termine la liste des oeuvres d'Andy Warhol que les gens sont capables de nommer. On sait que l'artiste est un incontournable, qu'il a révolutionné la vision de l'art, mais la plupart des mortels en ignorent les détails.

Peut-on leur en faire le reproche, lorsque tout un pan de la production de Warhol, soit sa création graphique, est lui-même passé sous les radars pendant si longtemps? Du milieu des années 1960 jusqu'au début des années 2000, il n'y en avait que pour l'oeuvre « muséale » de Warhol : ses tableaux, ses sculptures, parfois son cinéma. Depuis quinze ans, on redécouvre l'époque où, faisant ses classes, l'artiste new-yorkais est devenu un graphiste recherché dans l'univers de la publicité et de l'édition. Magazines, affiches, livres, pochettes de disques, cartes postales, timbres, cartes de Noël, étiquettes de bouteilles de vin : aucun support ni aucun média n'étaient indignes de création pour cette figure de proue du pop art.« Il y a toujours quelque chose à découvrir avec Warhol. Ce n'est jamais ennuyant », commente Paul Maréchal, qui a commencé sa propre collection des créations graphiques d'Andy Warhol en 1996.

« Alors que certains artistes sont associés à deux ou trois sujets seulement (par exemple Rodin et l'étude du corps humain), j'ose dire que Warhol est l'artiste qui a traité du plus grand nombre de sujets dans sa carrière, notamment parce qu'il était capable de peindre, sculpter, filmer, dessiner, photographier... Ça rend son oeuvre fascinante! La leçon fondamentale qu'il a donnée : ce n'est pas parce que le support ou le média est commercial qu'on ne peut pas faire une oeuvre d'art. »

Conservateur de la collection d'oeuvres d'art de Power Corporation depuis plus de 20 ans, Paul Maréchal a été un des premiers à s'intéresser aux créations graphiques de Warhol. Aujourd'hui, l'engouement est tel qu'une oeuvre payée 5000 $ il y a 15 ans en vaut facilement dix fois plus.

« Je suis maintenant freiné dans ma collection par le marché », reconnaît celui qui possède quand même près de 700 pièces.

Des beaux-arts aux tracteurs

L'exposition Andy Warhol, graphiste, présentée tout l'été au Musée des beaux-arts de Sherbrooke, est la quatrième organisée autour de la collection de Paul Maréchal. « La première portait sur les pochettes de disques, la seconde, sur les affiches, et la plus récente, sur les affiches et illustrations de magazines. »

Grâce à la thématique plus générale du graphisme, l'exposition sherbrookoise permet de montrer un éventail plus large. Avec parfois d'étonnantes découvertes. Par exemple, la maquette d'une BMW que Warhol avait peinte lors des 24 heures du Mans, en 1979.

Dans le deuxième numéro de la revue ID (Industrial Design), paru en 1954, Andy Warhol est allé jusqu'à illustrer un reportage sur l'évolution des différents modèles de... tracteurs de ferme!

« Dans les années 1950, la publicité et l'illustration étaient confiées aux graphistes, parce que les artistes ne voulaient pas toucher à ça. Mais Warhol ne faisait aucune distinction entre beaux-arts et graphisme. Pour lui, une oeuvre sur polaroïd était tout à fait envisageable. Il a même déjà réalisé une publicité télé pour des sundaes. Alors que plusieurs artistes se sentent contraints par la commande, Warhol, lui, était stimulé par elle. En même temps, il renouait avec la tradition de Toulouse-Lautrec et Chéret, qui se sont démarqués par leurs affiches, sans lesquelles il est impossible de comprendre leur oeuvre. »

Ses principaux talents étaient sa capacité de saisir les qualités esthétiques des objets courants et son enviable polyvalence. Lorsqu'on examine certaines de ses illustrations de magazines, on jurerait qu'elles ont toutes été réalisées par des artistes différents. L'artiste avait six « griffes » distinctes, réparties entre différentes techniques de dessin, le collage et la photo.

« Il était donc très apprécié des éditeurs de magazines, car un illustrateur dont on reconnaît la griffe devient vite lassant. »

Le Pittsbourgeois d'origine a même illustré des livres pour enfants, au point de songer, pendant un temps, à en faire son unique carrière.

Pochette à peler

Paul Maréchal a amassé plusieurs des 65 pochettes de disques réalisées par Warhol, dont le célèbre Sticky Fingers des Rolling Stones (1971), comportant une véritable fermeture éclair sur le devant, et le premier album de Velvet Undergroud, avec sa phallique banane que l'on pouvait littéralement peler.

« Warhol avait produit l'album et imposé la chanteuse Nico au groupe. Lou Reed n'était pas très content. L'album s'est vendu à seulement 5000 exemplaires. On a coutume de dire que chaque acheteur a ensuite fondé un groupe », rapporte Paul Maréchal avec un sourire.

Une affiche de Diana Ross, pour la sortie d'un album dans les années 1980, rappelle le sérialisme caractéristique du créateur, soit la répétition de la même figure, mais avec des variantes sur chacune. Une belle façon pour Warhol de faire un pied de nez à l'unicité et à la rareté de l'oeuvre, de mettre son art à la portée de tous et d'accroître sa réputation. « Mais cela représentait aussi, à ses yeux, le contexte de nos vies modernes, où nous répétons souvent les mêmes actions et pensées, à quelques nuances près. »

Paul Maréchal a aussi son exemplaire de soupe Campbell : un sac souvenir associé à une exposition de l'Institut d'art contemporain de Boston, en 1966. « Je l'ai acheté à la chanteuse Liona Boyd, qui l'avait hérité de ses parents. »

Warhol n'aurait pu avoir une production aussi imposante s'il n'avait monté sa Factory, nom donné à son atelier de la 47e Avenue, où il réalisait la majorité de ses oeuvres et employait une centaine de personnes. « On décrit souvent Warhol comme un artiste qui créait sous l'effet des drogues, mais c'était surtout un bourreau de travail. Il était préoccupé parce qu'il avait des bouches à nourrir. Et pour ça, il fallait des idées et des commandes. »

« Je pense que Warhol est devenu encore plus important depuis sa mort, parce que, de façon inconsciente, il a ouvert la voie aux jeunes artistes pour expérimenter d'autres techniques et médias. Aujourd'hui, à talent égal, un artiste multidisciplinaire intéresse davantage les musées et les galeries qu'un peintre ou un sculpteur, parce qu'il démultipliera le public et offrira davantage de possibilités de vente et de diffusion. Si Warhol est un des artistes les plus importants du XXe siècle, il est sûrement aussi celui qui a influencé le plus grand nombre d'artistes de son époque... et après lui. »

VOUS VOULEZ Y ALLER?

Andy Warhol, graphiste

Musée des beaux-arts de Sherbrooke

Jusqu'au 27 septembre 2015

Entrée : 10 $ (aînés 8 $; étudiants 7 $)

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