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Roland Poulin : multiplier les perceptions

Les oeuvres récentes de Roland Poulin seront à... (IMACOM, Maxime Picard)

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Les oeuvres récentes de Roland Poulin seront à l'honneur tout l'été au Musée des beaux-arts de Sherbrooke.

IMACOM, Maxime Picard

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(SHERBROOKE) Avant d'aller visiter l'exposition Roland Poulin. Sculptures et dessins au Musée des beaux-arts de Sherbrooke, il faut d'abord voir L'Étoile noire de Paul-Émile Borduas, facilement trouvable dans l'internet. C'est cette toile peinte en 1957 par le chef de file des Automatistes qui a conduit le Montréalais, alors âgé de 21 ans, à abandonner son métier de graphiste et à entrer à l'École des beaux-arts. Et quand on compare la toile de Borduas, pleine d'espace, de lieu et d'angles, aux sculptures de Poulin, la filiation semble presque instantanée.

« Je me suis dit que je voulais faire ça! » se souvient encore l'artiste, qui visitait alors le Musée des beaux-arts de Montréal pour la première fois. « Je trouvais cette oeuvre totalement impressionnante, même si je n'y connaissais rien », ajoute l'homme de 75 ans, qui fut renversé par la dimension métaphysique de l'abstraction.

Plus de 50 ans après ce premier choc, l'oeuvre de Roland Poulin n'est plus à faire connaître. Ses créations, constituées notamment d'empilements de formes géométriques, ont été exposées au Canada, aux États-Unis et en Europe. Le sculpteur, qui a mené carrière d'enseignant en parallèle, a remporté plusieurs distinctions, dont le Prix du gouverneur général du Canada en 2001 et le prix Paul-Émile-Borduas en 2005.

Pour en arriver là, Roland Poulin a dû... oublier tout ce qu'il avait appris aux beaux-arts.

« Après mes études, j'ai rapidement obtenu deux ou trois expositions majeures dans des musées. Mais je trouvais que ça ne valait rien. Je reproduisais ce que j'avais appris à l'École des beaux-arts, qui s'inspirait elle-même de l'École de Paris. Il me fallait recommencer à zéro, faire table rase et reconstruire mon langage. J'admirais les Automatistes et j'ai voulu que mon travail soit dans leur continuité. »

Roland Poulin s'est surtout tourné vers le minimalisme américain, qu'il a découvert lors de l'exposition internationale Documenta, en 1972, à Kassel (Allemagne). Les oeuvres de Donald Judd et de Barry Le Va l'ont beaucoup influencé. Le sculpteur montre d'ailleurs une de ses créations, qui pourrait passer pour un empilement de planches dans une cour à bois.

« Pour certains, ce n'était pas de la sculpture : rien n'est soudé ni vissé. Tout est simplement déposé. J'ai d'ailleurs été inspiré par une pile de châssis doubles reposant sur le sol. C'est de cette façon que j'ai recommencé à créer : en partant de ce que je vois. »

Jamais un seul regard

L'exposition sherbrookoise est un condensé d'oeuvres récentes, dont la majorité n'a jamais encore été présentée publiquement. On y retrouve une pièce quasi monumentale, Ultime dialogue, des études préparatoires d'oeuvres grand format ainsi qu'une série de sept dessins intitulée Stratifications.

« J'ai toujours beaucoup dessiné. Je trouve d'ailleurs le dessin plus proche de la poésie. Mais dès mes premières créations, le tridimensionnel m'a fasciné. La plupart de mes oeuvres sont sans façade. Elles sont faites pour que le spectateur se déplace constamment autour. Jamais il ne peut l'embrasser entièrement d'un seul regard. C'est ça, la sculpture : l'addition de tous les points de perception. »

Roland Poulin est aussi fasciné par les surfaces. Il choisit ses matériaux en fonction de leur texture, tel le laiton ligné, qui possède aussi des propriétés réfléchissantes.

« Nous vivons dans un monde d'apparences et les surfaces sont souvent les seules choses qui nous sont données d'expérimenter », philosophe-t-il.

Le sol joue aussi un rôle important dans sa création. Plusieurs de ses oeuvres antérieures donnaient l'impression d'émerger du plancher ou de s'y enfoncer. Avec Ultime dialogue, le reflet de l'acier inoxydable donne l'illusion que le plancher se prolonge dans la sculpture.

« Le dialogue se fait entre les deux parties de l'oeuvre, mais aussi avec l'environnement. Il y a aussi le dialogue entre le laiton et l'inox, deux matériaux qui ne s'aiment pas. En les soudant, je les force au dialogue, ce qui crée des bavures, des cicatrices. »

« J'aime les oeuvres de grande dimension, car elles forcent le spectateur à entrer dans l'espace de l'art, dans un espace fictif. Historiquement, la sculpture a toujours été le marqueur d'un lieu. C'est une façon de dire qu'un espace est différent des autres. »

VOUS VOULEZ Y ALLER?

Roland Poulin. Sculptures et dessins

Musée des beaux-arts de Sherbrooke

Jusqu'au 20 septembre 2015

Entrée : 10 $ (aînés : 8 $)

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