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Sylvie Drapeau : le deuxième souffle d'un personnage

Sylvie Drapeau... (La Presse, David Boily)

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Sylvie Drapeau

La Presse, David Boily

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(SHERBROOKE) Dès les premières représentations de La liste, pièce de théâtre pour une seule actrice signée par Jennifer Tremblay et jouée par Sylvie Drapeau, l'auteure et l'interprète se sont fait questionner par les spectateurs sur ce personnage hors de l'ordinaire qu'ils venaient de voir monologuer pendant plus d'une heure. Les interrogations ne portaient pas tant sur les propos de cette femme que sur tout ce qui n'avait pas été révélé sur elle. Le public manifestait indirectement le souhait qu'elle leur parle encore.

« Les gens voulaient en savoir plus », se souvient très bien Sylvie Drapeau. « Ils me demandaient pourquoi elle n'aimait pas ses enfants. Je leur répondais que, oui, elle les aimait, mais comme ce n'était pas le propos de la pièce, cette relation n'était qu'ébauchée », relate la comédienne qui, quatre ans après être venue présenter La liste à la salle Maurice-O'Bready, s'amène dans trois jours avec la suite, Le carrousel.

Jennifer Tremblay a en effet vite compris le message subliminal des auditoires et s'est empressée d'écrire une trilogie. La deuxième partie a été créée en janvier 2014, à nouveau au Théâtre d'Aujourd'hui. Le carrousel permet de savoir d'où vient cette femme anonyme, à l'organisation obsessionnelle et au perfectionnisme chronique, qui mettait par écrit la moindre tâche quotidienne. Jusqu'à ce qu'un oubli sur la liste provoque indirectement le décès de sa voisine, une mère de cinq enfants vivant, à l'opposé, dans une totale improvisation.

« Pas besoin d'avoir vu La liste, puisqu'on explore cette fois-ci un tout autre aspect de la vie du personnage, et qu'un autre metteur en scène s'en est chargé. De toute façon, je ne suis pas sûre que les gens qui ont vu la première pièce la reconnaîtront », avoue Sylvie Drapeau.

Patrice Dubois a en effet pris la relève de Marie-Thérèse Fortin, laissant tomber tout le vernis et les effets de style du premier volet, optant pour la simplicité.

« Patrice voulait voir la conteuse plutôt que la monologuiste. Il voulait qu'elle porte des bottes de cowboy plutôt qu'une robe. L'écriture est aussi plus parlée, moins télégraphique. »

Douleurs et tristesses

Dans Le carrousel, la voisine endeuillée part au chevet de sa mère gravement malade. Au fil de la route qui la conduit jusqu'à sa région natale, elle amorce une conversation avec sa grand-mère pourtant disparue. D'autres personnages surgissent ainsi de son passé, comme si les êtres peuplant sa mémoire reprenaient vie. Alors qu'elle jouait toujours le seul et même personnage pendant toute la durée de La liste, Sylvie Drapeau doit cette fois enfiler plusieurs peaux.

« Il paraît que j'en fais 16! » mentionne celle qui a confié à d'autres la mission de les compter. « La mère, le père, le grand-père... Je joue même les fils qui s'ennuient de leur mère. »

En revisitant ainsi son passé, la femme prend conscience de tout ce qui l'a forgée, depuis les paysages de son enfance jusqu'aux héritages de ceux qui l'ont précédée. Des héritages parfois sources de bien des douleurs et de bien des tristesses, mais des héritages qui l'ont tout de même construite.

« Ce que j'aime d'ailleurs de mon personnage, c'est qu'il ne juge pas. Il ne dit jamais si c'est bien ou mal », insiste Sylvie Drapeau.

« Il faut dire que Jennifer et moi venons toutes deux de la Côte-Nord, elle de Forestville, moi de Baie-Comeau, ce qui me parle énormément. Il y avait entre nous cette connexion d'être nées dans un pays de sapins noirs, pas du tout bucolique, dégageant une forme d'aridité. Ce qui peut assurément façonner un caractère. »

Libérer ses fils

L'héroïne se rend compte également des cycles qui recommencent avec chaque nouvelle génération, comme s'il y avait des passages obligés pour chaque être humain arrivant sur Terre. Ce qui laisse un sentiment de répétition, comme lorsqu'on regarde un manège de chevaux de bois. Cette constatation conduit toutefois cette mère à briser le cycle et à libérer ses fils du poids du passé.

« À la fin, elle dit à ses fils une phrase qui pourrait être très lourde, mais qui est lancée avec beaucoup d'amour : soyez ces hommes que les femmes espèrent connaître. »

Pièce sur la condition féminine, alors? « Je dirais plutôt sur la condition humaine tout court. Ce n'est pas plus facile pour les hommes que pour les femmes de faire face à ce qu'ils ont reçu. »

Déjà rompue par La liste à être seule sur scène, la comédienne a mieux apprivoisé cette suite, d'autant plus qu'un musicien, Pascal Robitaille, l'accompagne en coulisses. « Le public ne fait que l'entrapercevoir, mais il a toutes sortes d'instruments avec lesquels il émet des sons vraiment originaux. Je me sens aussi moins seule de par ma situation de conteuse. Comme il n'y a pas de quatrième mur, je joue davantage avec les réactions du public. L'humour passe mieux. »

L'agenda de Sylvie Drapeau est déjà bloqué pour la saison 2016-2017 du Théâtre d'Aujourd'hui, au cours de laquelle sera monté le dernier volet du triptyque, La délivrance. D'ici là, elle lancera en septembre son tout premier roman, Le fleuve, inspiré justement de cette Côte-Nord qui l'a construite.

Le carrousel

Mardi, 20 h

Salle Maurice-O'Bready

Entrée : 40,50 $ (étudiants : 30,50 $)

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