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La Maison familiale rurale dans la caméra d'Émile Proulx-Cloutier

Une scène du film Le plancher des vaches.... (Archives La Presse)

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Une scène du film Le plancher des vaches.

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<p>Karine Tremblay</p>
Karine Tremblay
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(Sherbrooke) Après avoir marché dans les souliers d'enfants de milieux défavorisés en tournant Les petits géants, Anaïs Barbeau-Lavalette et Émile Proulx-Cloutier avaient envie de se projeter dans un autre âge. C'était vu et décidé : leur prochain documentaire embrasserait le monde de l'adolescence.

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Émile Proulx-Cloutier

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« On a fait nos recherches et envisagé diverses possibilités, mais on avait envie de sortir de Montréal », explique le cinéaste, comédien et chanteur. Le plancher des vaches, tourné à Saint-Romain, près de Lac-Mégantic, prendra l'affiche vendredi prochain.

En découvrant la formation qu'offrait la Maison familiale rurale (MFR) du Granit, les conjoints et complices de la lentille ont eu un coup de coeur. L'établissement accueille chaque année entre 60 et 80 élèves. Il permet aux jeunes intéressés par le domaine agricole de compléter leur secondaire en même temps qu'ils apprennent le métier « sur le plancher des vaches », auprès de maîtres de stage chez qui ils vont vivre deux semaines par mois.

« Ça correspondait à notre idée de suivre des jeunes dans un contexte d'apprentissage différent. On entend beaucoup dire que les ados sont dans un état d'apathie et d'errance. On avait envie de les filmer en action, en train de bûcher et de suer tout en vivant leur vie d'ado. »

Avant d'aller planter sa caméra dans les champs de Saint-Romain, Émile Proulx-Cloutier l'admet, il ne connaissait pas grand-chose à la vie rurale.

« Il y avait un aspect un peu exotique à tout ça, c'est vrai. J'ai beau aimer la campagne, je sais que je suis viscéralement un gars urbain. Les concours de beauté de vaches, je ne savais pas que ça existait! Il y a moyen de faire toute une vie sans rencontrer ce Québec parallèle. J'avais la volonté d'aller au-devant, de l'approcher un peu. On est à l'ère des communications, mais on évolue dans une société fragmentée en plusieurs cercles qui ne se touchent pas nécessairement. »

Dédié aux pères

Les cinéastes ont suivi trois jeunes qui poursuivent leur secondaire dans l'atypique établissement d'enseignement. Pascale, Céleste et Raphaël ont 15 et 16 ans. Ils ont chacun leur parcours, chacun leurs défis. Mais aussi des points communs, des préoccupations qui se ressemblent, un vécu qui se rejoint, parfois.

« Au montage, on a réalisé qu'une trame se dessinait, en lien avec la figure paternelle de chacun. On a décidé de suggérer cet angle de lecture en dédiant ce film aux pères. Mais on n'avait pas prévu ce tournant quand on a choisi de travailler avec ces jeunes-là. Ça fait partie des surprises du travail documentaire. C'est comme aller à la pêche et planter sa ligne à un certain endroit plutôt qu'à un autre. Tu ne sais pas ce qui va sortir de là. »

Lui-même père de trois enfants, Émile Proulx-Cloutier regarde-t-il la paternité d'un autre oeil depuis le tournage?

« Mes enfants sont encore très jeunes, mon plus vieux n'a que quatre ans. Le secondaire est un horizon flou. Je n'ai pas les pieds plongés là-dedans. Mais ça a semé des réflexions sur ce que mes enfants vont devenir, sur cette carapace qui vient avec l'adolescence. »

Fissurer la cuirasse

Pour mériter la confiance de leurs sujets, pour ancrer leur film dans le réel et le vrai, les deux cinéastes ont pris le temps. Ce temps qui fait toute la différence en ce qu'il permet de tisser un lien de confiance.

« Le tournage s'est échelonné sur une année scolaire. On les a regardés être pendant longtemps, on les a suivis à l'école comme dans leur milieu de stage. C'est particulier de filmer des ados parce qu'ils sont très conscients de leur image. Pour fissurer leur cuirasse, pour qu'ils se donnent le droit d'être eux-mêmes, il n'y pas d'autre secret que le temps. »

Le temps, mais aussi l'approche.

« L'art documentaire, c'est savoir poser un regard intime, mais pas intrusif, c'est filmer sans vernis et sans volonté de faire du politique à tout prix. C'est aller à la rencontre de l'humanité de l'autre. On n'était pas là pour coincer les gens, on n'allait pas faire n'importe quoi avec ce qui était tourné. On voulait faire un portrait juste. Ça, ils le sentaient. Même s'il y a des moments moins reluisants, on reste toujours dans la vérité. »

Directrice de la Maison familiale rurale, Michelle Paradis a assisté au visionnement privé auquel les trois adolescents participants ont été conviés avec leur famille, en février dernier. « C'était émotif, c'était une partie de leur histoire qu'on voyait à l'écran. On les reconnaissait et eux aussi se reconnaissaient. C'est un film qui traduit bien ce qui est vécu ici. »

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