Bête à plume

David Goudreault... (Imacom, Jessica Garneau)

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David Goudreault

Imacom, Jessica Garneau

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

Sherbrooke - Le 29 avril 2014, David Goudreault dévoilait son troisième album, La faute au silence. Le 29 avril 2015, ce sera le lancement de son premier roman, La bête à sa mère (Stanké). Entre les deux, il y a eu S'édenter la chienne, son deuxième recueil de poésie (Écrits des Forges). C'est sans compter la pièce de théâtre 21 manches cubes qu'il cosigne avec Patrick Quintal et qui sera présentée en octobre par le Théâtre du Double Signe. Ah oui! Au milieu de tout ça, il a eu une petite fille.

«Ça donne l'impression que je fais beaucoup de choses. Mais, dans le fond, je ne fais qu'écrire», résume le slameur-poète-romancier, qui a envie d'essayer toutes les déclinaisons possibles de la plume. Après le slam et la poésie, le Sherbrookois d'adoption s'est senti interpellé par le romanesque. Mais comme la cigogne s'annonçait alors, l'artiste et travailleur social a mis les bouchées doubles pour mettre le point final avant l'accouchement.

«J'avais déjà écrit des nouvelles littéraires, mais le souffle du roman m'attirait. J'avais envie de construire un personnage sur une plus longue période. La différence avec la poésie, c'est que je pouvais être moins personnel et m'inspirer davantage de mon expérience professionnelle.»

David Goudreault a en effet oeuvré huit ans en prévention du suicide. Il a aussi travaillé au CAVAC (Centre d'aide aux victimes d'actes criminels). Intervenant en situation de crise, il a déjà, de concert avec les services policiers, accompagné des personnes agressées à l'hôpital, et a même parfois dû annoncer des décès aux proches d'une victime.

Mais, étonnamment, La bête à sa mère emprunte plutôt le regard de l'agresseur.

Criminel ordinaire

«Mon métier de travailleur social s'appuie en partie sur l'intérêt d'analyser l'animal humain, explique-t-il, et je voulais comprendre le criminel ordinaire, celui qui ne fait pas la une commeMom Boucher ou Vito Rizzuto, mais qui se retrouve quand même tous les jours dans les journaux. Celui qui dévalise des dépanneurs ou qui blesse sa mère pour payer sa drogue. Et qui devient parfois, lui aussi, une victime.»

Après un prologue où l'on apprend que le personnage a vraisemblablement commis un meurtre (ce n'est qu'à la fin que l'on saura qui il a tué et comment), le «héros» raconte sa vie, depuis son enfance où il a été arraché à sa mère, puis ballotté d'une famille d'accueil à l'autre, jusqu'à l'âge adulte, alors qu'il trouve du travail à la Société protectrice des animaux et entreprend de retrouver sa génitrice.

«Ce n'est pas tant une quête qu'une explication. Je ne voulais pas qu'on perde de vue que mon personnage est un homme seul, un orphelin qui cherche maladroitement. Cela devient un prétexte pour ne pas le condamner. C'est avant tout un enfant blessé, comme la majorité des criminels.»

David Goudreault peut en témoigner, lui qui, lorsqu'il n'écrit pas, consacre l'essentiel de son temps à donner des ateliers d'écriture, souvent auprès des clientèles difficiles (détenus, enfants ayant des troubles d'apprentissage ou de comportement, membres de gangs de rues, personnes souffrant de maladie mentale).

Tombe l'armure

«Les centres de détention pourraient être rebaptisés centres d'émotifs anonymes. Ces gars-là en ont long à dire, et c'est fascinant de voir comment la poésie peut être une panacée pour eux. Il suffit de gratter un peu. Demande-leur d'écrire un poème sur leur mère ou leur fille et les couches d'armures tombent. On leur donne la parole comme outil de résilience.»

David Goudreault a ainsi espoir que les lecteurs s'attacheront à son bad guy, bien que ce dernier pose des gestes qui lèvent le coeur. «Même si plusieurs anecdotes se sont vraiment passées ici à Sherbrooke, le roman est une fiction. Le danger était de tomber dans le clinique et le moralisateur, mais j'ai voulu mettre de l'humour pour que cela ne devienne pas lourd. C'est un suspense pathologique, mais il y a beaucoup de deuxième degré.»

Ce qui n'empêche pas l'altermondialiste en lui de glisser quelques petites réflexions au passage. Notamment l'idée que ce personnage pousse à l'extrême un certain raisonnement de la droite pure et dure, qui souhaiterait voir limiter davantage la responsabilité individuelle envers autrui.

«Il amène jusqu'au bout l'idée du chacun pour soi. Et l'égocentrisme est à la source de toutes les criminalités, autant celle des individus que celle des banques, par exemple. Mais autant la société doit être protégée d'individus de ce genre, autant il faut comprendre et aider ces derniers pour qu'ils cessent.»

Énergétique paternité

Le nouveau romancier a-t-il suffisamment aimé l'écriture romanesque pour recommencer?

«Avec enthousiasme! Ce sont surtout les étapes de relecture, de réécriture et de révision que j'ai trouvées plus lourdes. Avec le roman, on ne peut pas non plus se réfugier derrière la licence poétique : il faut que tout soit justifié. Mais j'ai quand même eu beaucoup de plaisir, assez pour répéter l'expérience.»

D'ici là, d'autres projets le tiendront occupé. D'abord le tournage, le mois prochain, d'un clip pour la pièce Pas assez, extraite de son opus 3. Il y aura ensuite la pièce de théâtre en octobre. S'édenter la chienne vient d'être envoyé en réimpression. Il est aussi question de refaire des premières parties du spectacle de Grand corps malade, autant ici qu'en France.

Sa nouvelle paternité, observe-t-il, aura finalement été davantage un moteur à ses multiples activités. «Oui, ça demande de l'énergie, mais ça en redonne autant. À l'accouchement, tout ce qui pouvait mal aller s'est produit. On voulait faire ça à la maison, façon hippie. Ça s'est terminé par une césarienne à l'hôpital après 30 heures de travail, suivies d'une semaine d'hospitalisation pour ma blonde (qui est heureusement une bombe d'énergie). Alors aujourd'hui, ce n'est que du bonheur. Et ce sera le sujet de mon prochain recueil de poésie.»

La bête à sa mère

ROMAN

Stanké

En librairie

Mercredi

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