Vivre en amour et en chansons

Luc Cousineau... (Imacom, Jocelyn Riendeau)

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Luc Cousineau

Imacom, Jocelyn Riendeau

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<p>Karine Tremblay</p>
Karine Tremblay
La Tribune

(EASTMAN) Le titre de son dernier album n'est pas fortuit. Tant qu'il y aura une chanson..., ça veut dire beaucoup pour Luc Cousineau. Lorsqu'il a appris qu'il était atteint de la SLA (sclérose latérale amyotrophique), en septembre 2013, il s'est raccroché à cette idée. Tant qu'il pourrait chanter, ça irait.

«Dans ma tête, je continuais, je pouvais même encore faire de la scène.»

Après avoir lancé l'album Le gars, là, l'auteur-compositeur-interprète établi à Eastman a donc repris ce disque de chansons originales qu'il avait complété et mis de côté juste avant.

«Je l'avais tassé pour le laisser reposer sans trop savoir pourquoi, peut-être parce que j'étais dans un élan créatif. Je suis retourné bidouillé en studio. Tout était enregistré, mais j'avais envie de retravailler vocalement deux chansons.»

Le chanteur natif de Sherbrooke a saisi le micro, confiant. Ce n'est qu'alors qu'il a réalisé qu'il n'y arrivait plus. Sa voix n'obéissait pas comme avant. Le choc.

«Lorsque je parlais, ça ne s'entendait pas encore. Mais lorsque je chantais, c'était autre chose. Là, j'ai eu gros un coup de nostalgie.»

Il a vécu son blues sans mettre les freins.

«J'ai poursuivi en studio, en enregistrant la chanson Si je le pouvais à la façon d'un diseur. C'est d'une grande franchise. On entend ma fragilité.»

On décèle aussi sa force de caractère. Parce qu'il en faut pour continuer à porter ses rêves en dépit des deuils successifs qu'impose la maladie incurable.

«C'est difficile, je ne le cache pas. Je n'ai plus la même autonomie, mais j'ai décidé de prendre les choses une heure à la fois. Sans laisser tomber la serviette, j'ai choisi de ne plus voir la suite comme un combat, de ne plus me projeter dans cette idée que je vais l'emporter sur la maladie. Je bataille autrement.»

Croc-en-jambe à la SLA

Choisir de verser la moitié des profits générés par les ventes de son nouvel album à la Société de la SLA du Québec, c'est une façon de faire un croc-en-jambe à la maladie neurodégénérative.

«Lancer un nouveau disque, c'est aussi une façon de rester dans la vie. Comme il m'arrive encore d'avoir de belles idées farfelues, je propose un album double. J'ai réédité Cousineau 1973, un opus qui témoigne d'une autre époque. Je faisais alors de la musique avec mon groupe. J'avais envie de faire découvrir ce son-là. C'était avant Beau Dommage et Harmonium, après la Révolution tranquille et l'Expo 67. Pour la musique comme pour le reste, c'était une grande décennie. Dans le temps, j'étais désinvolte et audacieux. Comme artiste, je ne me posais jamais de question. J'écrivais pour le plaisir de créer, en mettant de côté le format radiophonique. Là-dessus, je n'ai pas beaucoup changé.»

Entre les nouvelles chansons très acoustiques de Cousineau et celles, planantes et orchestrales, qu'il a endisquées il y a plus de 40 ans, le contraste est étonnant. Mais pas incohérent. Sur chacune des deux galettes s'entend l'envie de dire, le besoin de raconter.

«Mes dernières chansons sont engagées socialement et un peu nostalgiques, parfois. Je suis inquiet pour l'avenir du monde, oui. Je trouve que l'humanité ne s'en va pas à la bonne place. On a mis nos penseurs de côté. Harper et sa bande font des choses terribles. C'est l'économie qui dicte la marche à suivre. Le PIB est devenu le gourou des gourous, la pollution va en s'accroissant, on détruit la planète. Ça fait peur.»

L'ancien membre des Alexandrins et auteur du grand succès Vivre en amour en a long à dire et beaucoup à dénoncer. Perfectionniste, il aurait pu continuer longtemps à peaufiner ses nouvelles compositions.

«En création, il faut arriver à mettre un point à un roman ou une chanson, accepter qu'il y ait une fin. Et c'est pareil dans la vie.»

La vie, il en est beaucoup question au cours de l'entretien. Celle qu'il a eue et qu'il a encore. La richesse que représente l'amour des siens. L'humour qui colore le quotidien. À mots à peine couverts, il est aussi question de la fin de la vie. De ce dernier souffle qui nous attend tous.

«La nouvelle loi pour l'aide médicale à mourir, je trouve ça extraordinaire. Enfin, l'être humain pense comme un être humain, en dehors de la religion.»

Il n'en dit pas plus. Pas besoin. Il a tout évoqué en mentionnant que ce qui fait peur, ce n'est pas la mort, mais tout ce qui vient avant.

«J'ai toujours mené ma barque comme je le voulais. Dans ma vie comme dans mes créations. Là, il faut que je compose avec la situation. Pour la première fois de mon existence, je ne peux pas voir l'avenir, je ne peux pas aller plus loin que le possible. Mais je suis confiant, il y aura d'autres projets devant. Des projets qui vont me garder les deux pieds ancrés dans la vie.»

Tant qu'il y aura une chanson...

Album double

Les éditions du 13 décembre

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