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Les aiguilles et l'opium pour un soir seulement

Marc Labrèche... (Archives La Presse)

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Marc Labrèche

Archives La Presse

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(Sherbrooke) On l'a dit, redit et on le répète : que le Centre culturel de l'Université de Sherbrooke reçoive Les aiguilles et l'opium pour un soir seulement est un événement exceptionnel, étant donné les trois journées et demie de montage nécessaires à sa présentation. Un cadeau que Robert Lepage et sa compagnie Ex Machina font au CCUS pour son 50e anniversaire, mais aussi en souvenir du soutien déjà apporté par la salle sherbrookoise à la production de précédentes oeuvres de Lepage.

Marc Labrèche lui-même s'étonne de cette courte halte en territoire estrien. «Mais, bon, j'ai de la famille et des amis ici, des baby-boomers convertis en gentlemen-farmers un peu désoeuvrés à regarder le paysage, alors ça va leur donner une activité culturelle», lance-t-il à la blague.

«Sérieusement, c'est un spectacle très compliqué sur le plan technique. Il faut carrément former les techniciens de chaque salle que nous visitons. Même si c'est cliché de dire ça, le décor est un personnage en soi. Il a son rythme, sa respiration, il impose des silences quand il bouge. Et c'est très agréable de se déposer là-dedans.»

Imaginez trois faces d'un cube, contigües, formant ensemble l'un des coins. Suspendez cette forme au-dessus de la scène, puis inclinez-la vers la salle, le coin pointant vers le fond de scène. Faites ensuite pivoter ce solide ouvert, selon les différents tableaux de l'histoire. Vous obtenez ainsi une chambre dont les murs, le plancher et le plafond s'interchangent au fil des rotations et des projections vidéo. Les acteurs, eux, doivent évoluer dans ce décor instable. Heureusement qu'ils sont attachés à des harnais qui leur permettent de... s'envoler à l'occasion.

«Il faut juste faire attention de ne pas mourir», commente Marc Labrèche, mentionnant qu'il y a des techniciens un peu partout autour du décor, et même en dessous. «Il n'y a jamais eu d'accident grave, mais des détails nous ont rappelé d'être hyper prudents. Ça garde allumé, concentré... et en forme», ajoute le comédien, qui non seulement doit régulièrement évoluer sur des plans inclinés, mais aussi faire un peu de voltige.

«Mais c'est quelque chose auquel je m'attendais, puisqu'il y avait déjà des figures aériennes dans la première version du spectacle [il y a 20 ans], avec un équipement beaucoup plus rudimentaire. C'était plus ardu, moins fluide. Aujourd'hui, les difficultés sont différentes, mais ça n'a pas été une grosse adaptation pour moi. C'est même un élément assez formidable du spectacle.»

Dans l'absence de l'être aimé

Dans Les aiguilles et l'opium, trois histoires évoluent en parallèle, finissant par se recouper. Il y a d'abord cette coïncidence de 1949, alors que Jean Cocteau fait son premier voyage à New York, et Miles Davis, son premier voyage à Paris. Tous deux se sont presque croisés dans les airs. Ils vivaient aussi une immense peine d'amour : Davis, avec Juliette Greco, et Cocteau, en deuil de Radiguet. Ils ont aussi eu recours aux drogues pour apaiser leur douleur, l'opium pour le premier, l'héroïne pour le second.

Cinquante ans plus tard, un acteur québécois se retrouve à Paris, dans une chambre d'hôtel (lieu fétiche de Lepage), lui aussi en pleine peine d'amour. «Mais ce n'est pas un spectacle lourd ni triste. Il y a même des moments très drôles. On est davantage dans le spleen, dans l'absence de l'être aimé qui ne nous aime plus», résume Marc Labrèche, qui incarne à la fois l'acteur et Jean Cocteau.

Lorsque Marc Labrèche a eu vent que Robert Lepage songeait à faire revivre Les aiguilles et l'opium 20 ans plus tard, il a vite fait part à son ami de son désir de reprendre le rôle. L'acteur sentait qu'il n'était pas allé au bout de l'expérience. En 1994, Labrèche avait remplacé Lepage à la volée. Cette fois, tous deux ont pu consacrer trois semaines à la préparation.

Et maintenant, après presque 140 représentations de l'Espagne à l'Australie, en passant par la France et les États-Unis, a-t-il atteint le sentiment d'accomplissement souhaité?

«Je ne sais pas. Je ne sais pas non plus si j'y arriverai un jour. Je sais toutefois que les raisons de ce sentiment de coït interrompu n'étaient pas celles que je croyais. Je voulais plutôt retrouver le plaisir de dire les mêmes mots, mais 20 ans plus tard, avec une expérience de vie suffisante. J'imagine un acteur qui incarne Hamlet à 30 ans : c'est certain qu'il voudrait le refaire à 50 ans pour le creuser différemment.»

Après Sherbrooke, Les aiguilles et l'opium part pour Toronto et Ottawa, avant de revenir pour une dernière série de supplémentaires à Montréal en juin. Rien n'est encore au calendrier pour la suite, mais des pourparlers sont en cours avec l'Asie et le Proche-Orient. Marc Labrèche sait qu'il a le goût de continuer, mais ignore encore s'il pourra le faire.

«Je ne peux pas gagner ma vie juste avec le théâtre. J'avais mis des sous de côté pour vivre cette aventure, mais ça fait déjà deux années et demie que je lui consacre. Je commence à réfléchir sur un autre projet qui me permettrait de me remettre en selle ici, et si ça fonctionne, il faudra voir si je pourrai poursuivre la tournée en simultané, peut-être six mois par année.»

Les aiguilles et l'opium

Production d'Ex Machina

Salle Maurice-O'Bready Mercredi, 20 h

Entrée : 55 $ (45 $ pour les étudiants)

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