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Une dernière scène pour Clémence Desrochers

Au fil des ans, Clémence Desrochers a annoncé sa sortie une fois et puis une... (Photo Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Photo Le Soleil, Pascal Ratthé

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<p>Karine Tremblay</p>
Karine Tremblay
La Tribune

(Magog) Au fil des ans, Clémence Desrochers a annoncé sa sortie une fois et puis une autre. Toujours, elle est revenue ensuite sur scène pour un énième dernier tour de piste. Mais cette fois, c'est la bonne, assure-t-elle. La vraie de vraie dernière.

«Il faut finir par finir. Je le sais, je le dis: c'est mon dernier spectacle. J'ai 81 ans, la vie de tournée, ça fatigue.»

Elle n'affiche pas moins une forme qui force l'admiration, elle qui arrive même à épuiser l'infatigable Éric Salvail. Invitée récemment sur son plateau, elle lui a volé la vedette. Sciemment. Et avec la pleine collaboration de l'animateur.

«Il riait aussi. Il m'invite souvent, il me supplie, il sait bien que ça va tourner comme ça, que je vais faire un show. Moi, je dis oui et j'y vais seulement quand ça fait mon affaire.»

Cette fois, elle avait envie de jaser de ce spectacle qu'elle chérit tout particulièrement.  

«De tous ceux que j'ai faits jusqu'ici, c'est celui que je préfère. J'ai parcouru tout ce que j'avais écrit et j'ai choisi ce qui résistait bien au passage du temps. Je parle de la mort, de l'amour entre deux femmes, de l'hôpital, de thèmes universels. Il n'y a pas de décor, pas de flafla, mais de beaux éclairages.»

Et du bon monde, surtout. Clémence Desrochers s'est entourée de musiciens avec lesquels tout coule de source. Elle se sent en famille avec le pianiste Steve Normandin (un phénomène, celui-là, précise-t-elle), l'altiste Jean René et la contrebassiste Blanche Baillargeon.

«Avec eux, tout est simple, tout est vrai.»

À la clé, il y a aussi la présence de Marie-Michèle Desrosiers, cousine par alliance et soeur de scène incomparable.

«Sa présence m'a amenée à me renouveler. C'est une femme magnifique. Quand elle arrive, avec sa superbe chevelure, elle illumine la scène. On fait des chansons ensemble, on improvise, on a un plaisir fou. J'ai toujours admiré son talent, je trouve qu'elle est l'une des meilleures chanteuses qu'on a au Québec. Elle a cette voix incomparable. Et elle comprend ce qu'elle interprète. Elle n'en met pas plus que ce que le texte demande.»

Et le texte ne compte jamais pour des prunes pour Clémence Desrochers. Qu'il serve à faire rire ou à faire pleurer, il doit être écrit et servi avec autant d'intelligence que de sensibilité.

«C'est l'éducation que j'ai reçue, la culture qui m'a faite. On écrivait en français, on chantait en français, en respectant les exigences de la mélodie. Je suis de la génération pour qui une chanson respecte la rime, touche les gens et raconte une histoire avec un début et une fin. Je fais rire, c'est vrai, mais je ne suis pas humoriste, je chante aussi la mort de ma mère. Finalement, mon spectacle ressemble à ce qui se passe dans la vie, où des moments très drôles succèdent à des moments plus tristes. Et vice versa.»

Parler de l'ultime spectacle de sa longue feuille de route, c'est nécessairement regarder l'ensemble du parcours de l'auteure de La vie de factrie. Et replonger dans les souvenirs des débuts.

«J'ai su très jeune que je voulais faire ce métier-là. Je devais avoir huit ans quand j'ai compris qu'on pouvait vivre autre chose que la réalité qui était lourde, parfois... On pouvait incarner quelqu'un d'autre, raconter une histoire, s'évader du quotidien. Dès lors, c'était très clair, je voulais être comédienne. C'était une obsession. Ça passait devant tout le reste. Je n'ai jamais voulu d'enfants pour cette raison. J'ai vu ma mère avec neuf enfants. Je savais que la maternité n'était pas conciliable avec ce que j'avais envie de faire de ma vie.»

Exception faite des cours de français qu'elle appréciait, la petite Clémence s'ennuyait ferme en classe.

«Je n'aimais pas l'école. Il faut dire que c'était l'éducation prodiguée par les religieuses. C'était très encadré.»

Après avoir elle-même enseigné pendant un an et demi, «une expérience catastrophique», l'Estrienne savait qu'elle n'était pas plus heureuse devant une classe que devant un pupitre. Elle a filé au Conservatoire d'arts dramatiques. Sans y trouver sa voie.

«Au bout de deux ans, j'ai quitté sans obtenir mon diplôme. J'avais trop besoin de liberté. Pour ça, j'étais bien la fille d'Alfred... Je ne supportais pas de me faire dire comment je devais être ni ce que je devais dire. J'étais une nature révoltée. Sur les bancs d'école, j'avais cependant réalisé que j'étais douée pour faire rire les autres. Je me suis mise à écrire mes textes. Je me suis inventé un métier. J'ai bûché fort, c'était difficile, au début. Mais j'arrivais à une bonne époque, en même temps que la télé, à la fin des années 50.»

Elle a donc pris les rênes de sa carrière à un moment où tout était à créer. Et elle ne s'est jamais lassée des planches.

«La scène, c'est un endroit unique, c'est là où je suis le mieux. Encore. L'attente en coulisses, le public qui est là et qui se renouvelle chaque soir, la dose d'amour qu'il envoie. Tout ça est vraiment formidable. Je savoure ces instants-là parce que, en dehors de ceux-ci, il y a beaucoup de solitude dans ma vie.»

C'est que Clémence est une lève-tôt. À l'heure où les poules et tout le reste du monde dorment encore, elle est debout.

«Quand arrive le beau temps, au moins, j'ai des choses à faire dans ma belle campagne. Je sors dehors, je m'occupe du terrain. Mais l'hiver, les matins sont plates.»

Alors elle colore le quotidien avec ses crayons.

«Je dessine. On peut voir mes oeuvres sur l'internet. Ça ne se vend pas beaucoup, mais qu'est-ce que tu veux? Moi, je continue. Et je vois l'évolution de mon coup de crayon. J'ose plus qu'avant, aussi, dans mes dessins.»

Lorsqu'elle aura fini de fouler les planches, elle ne prendra pas congé de son carnet de dessins, mais de ses terres d'Orford, peut-être que oui, un peu.

«J'ai envie de voyager. Le monde entier est fascinant. Je n'ai pas de destination précise, je n'ai pas trop tendance à me projeter dans l'avenir. Je vis au jour le jour. C'est une fuite de la réalité, peut-être. En ne pensant pas à ce qui s'en vient, je suis moins stressée.»

Si elle évite de se projeter trop loin dans le temps, elle rêve quand même aux projets qui pourraient se pointer. Celle qui a remporté le Jutra de la meilleure actrice dans un rôle secondaire en 2004 pour La Grande Séduction n'hésiterait pas une seconde à fouler de nouveau un plateau de cinéma.

«J'aimerais faire un très bon film québécois. Avoir un beau rôle au cinéma, ce serait bien, ça bouclerait la boucle.»

Et ça ferait un gentil petit pied de nez au Conservatoire.

Vous voulez voir?

Clémence Desrochers

Avec Marie-Michèle Desrosiers

Théâtre Granada

Samedi soir, 20h

49$ (65 ans et plus: 39$)

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