Rue Wellington, l'artère saignante

Louis Gosselin... (Imacom, Jessica Garneau)

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Louis Gosselin

Imacom, Jessica Garneau

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(SHERBROOKE) En tant que chargé de communications à la Ville, Louis Gosselin est rémunéré pour présenter l'image la plus reluisante de Sherbrooke. L'image d'une cité sécuritaire, où il fait bon vivre. Plus que mourir...

Dans son premier roman pour adultes, le relationniste recouvre le centre-ville d'une chape de terreur, alors qu'un chansonnier frustré y découvre l'odeur de l'hémoglobine. Sur la couverture de Rue Wellington, un couteau pointe sous le titre, à côté d'un homme baraqué qui fuit dans la lumière rougeâtre d'une ruelle crade.

« C'est de la fiction tout ça! » tempère en riant l'auteur, dont la douce affabilité tranche avec la crudité de son seizième livre.

« Les gens sont un peu surpris de la violence quand ils le lisent », avoue celui qu'on rencontre au café Bla-bla, le premier lieu que visite son sanguinaire Gerry à son arrivée à Sherbrooke, où il a décroché une gig. Le guitariste, qui détourne tout soupçon en grattant du CCR, n'attendra pas longtemps avant d'aller insérer sa lame dans la gorge d'un surveillant de stationnement sur la colline universitaire...

Son territoire de sang se resserrera ensuite sur l'artère centrale du titre, de son sud à son nord, mais principalement à L'Ouvre-boîte, le seul lieu fictif du roman, un bar dans lequel les sorteux pourront toutefois reconnaître L'Antiquarius Café, qui était situé juste en face de l'hôtel de ville, où l'auteur passe le plus clair de ses jours ouvrables.

«La rue Wellington est très parlante, elle évoque beaucoup de souvenirs à beaucoup de monde.»


C'est d'ailleurs dans ce restaurant fermé depuis l'an dernier que l'auteur de romans jeunesse, de livres de psycho-pop et des biographies d'une danseuse nue et de Jean Perrault a eu l'idée de faire prendre à sa plume un virage tranchant.

« J'assistais au spectacle d'Edi Hysi, un des anciens participants de La voix. Nous n'étions que trente personnes pour l'écouter. Je me suis mis à penser à ce que ce serait s'il décidait de péter sa coche. Je suis parti de cette ambiance, du lieu... La rue Wellington est très parlante, elle évoque beaucoup de souvenirs à beaucoup de monde », relate celui qui dévore des séries policières comme CSI et Criminal Minds.

Sombre legs

Cet admirateur de l'auteure de polars Eve Dallas avait envie de semer la frousse dans ce lieu qu'il connaît comme le fond de sa poche, envie de donner à Sherbrooke son roman macabre. « On lit souvent des histoires de tueurs qui sévissent à Baltimore ou Boston, mais jamais dans des villes qu'on connaît bien. Les gens vont reconnaître chaque endroit », assure l'auteur, qui a accroché son histoire à l'actualité de 2013, alors que les Jeux du Canada battent leur plein et que la tragédie de Lac-Mégantic survient.

Ancien journaliste - il a travaillé pendant 20 ans à CKAC à Montréal -, Louis Gosselin explore aussi, entre deux carotides sectionnées, la relation entre les policiers et les journalistes, de même que la longévité des nouvelles dans un monde d'information en continu, où les médias rafraîchissent leurs manchettes aux quinze minutes.

« Mais ce qui m'intéresse avant tout, c'est le côté psychologique du personnage. Comment il évolue de l'être normal au tueur. Souvent, aux nouvelles, on voit les gens dire de leur voisin qui a commis un crime qu'il était une bonne personne, qu'il était gentil. On ne sait jamais à qui on a affaire. Dans le cas de Gerry, il a des comptes à régler avec son passé. »

Écrit en trois mois

Le fonctionnaire, qui n'a pas perdu ses plis journalistiques, a notamment consulté un avocat ainsi que l'inspecteur aux enquêtes criminelles du SPS, Danny McConnell (la description du personnage de l'enquêteur Érik Farley lui ressemble étrangement) pour s'assurer que les fils de son récit étaient noués de façon crédible.

Il a néanmoins réussi à boucler son roman en trois mois, tout en passant ses journées à répondre aux questions des médias et à éteindre des feux municipaux. « L'écriture, c'est ce que j'aime le moins, c'est plus mécanique. Je m'amuse davantage quand j'élabore mon plan de travail, en réfléchissant au scénario et à la profondeur des personnages », soutient le diplômé en études françaises, qui rêvait jadis d'enseigner le théâtre.

Louis Gosselin a tant aimé l'odeur de l'hémoglobine qu'il pense déjà à une suite de Rue Wellington.

Rue Galt? rue King? rue des Pins-Blancs ou des Mésanges? Louis Gosselin refuse de dire dans quelle artère son couteau se plantera. Mais ça saignera.

LOUIS GOSSELIN

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