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Bruno Giangioppi... (Imacom, Maxime Picard)

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Bruno Giangioppi

Imacom, Maxime Picard

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(SHERBROOKE) Si vous ouvrez la porte des placards de Bruno Giangioppi, vous avez plus de chance de trouver des oeuvres de Marc Séguin, de Michel de Broin et de Raphaëlle de Groot que des vêtements bien repassés.

Le conseiller en patrimoine chez RBC collectionne les oeuvres d'artistes québécois et canadiens en émergence ou en mi-carrière. En quinze ans d'errances dans les galeries et de tournées dans les ateliers, il a acquis 175 tableaux et sculptures, qu'il expose en rotation sur les murs de sa maison et de son bureau, en plus d'en prêter à ses collègues et à sa famille.

Ce printemps, il aère une trentaine de ses coups de coeur à la Maison des arts et de la culture de Brompton, dans l'une des expositions les plus stimulantes cette saison dans la région.

Discret, vêtu pour l'entrevue d'un sobre complet moka, le Sherbrookois ne projette pas l'image de quelqu'un qui gravite dans les cercles restreints de l'art contemporain. Pourtant, il flamboie quand il parle de son précieux trésor, qui embrasse la pointe de la création actuelle d'ici et révèle une forte attirance pour l'exploration dans la forme et l'engagement dans le fond. D'où le titre à double sens de l'exposition, Matière à réflexion.

«J'aime aider les artistes à se faire une place. Ils nous parlent du moment présent, de ce qui se passe près de nous. En rétrospective, on réalise que ce sont souvent des visionnaires», soutient celui qui réserve une part de son budget au magasinage de 7 ou 8 oeuvres par année.

Une salle entière, sur les trois dans lesquelles se déploie l'exposition, est consacrée à une critique de la société capitaliste et de la mondialisation. Un leitmotiv paradoxal chez un spécialiste des valeurs mobilières... «Les artistes servent à nous sortir de notre zone de confort et à garder un regard critique», rétorque-t-il.

Envahi par l'art

La passion de Bruno Giangioppi s'est révélée tardivement. Longtemps impliqué dans l'International du cinéma de l'Estrie, le gestionnaire d'actifs était d'abord un fanatique de films fins. C'est en acceptant une invitation à joindre le CA du Musée des beaux-arts de Sherbrooke qu'il a mis le pied dans un engrenage merveilleux qui allait transformer sa vie, à commencer par sa décoration intérieure.

«J'ai appris à connaître le domaine de fil en aiguille, en fréquentant les vernissages, en lisant des revues, en visitant des expositions. Un jour, une amie historienne de l'art m'a emmené visiter l'atelier du Montréalais François Lacasse. J'ai été impressionné par son travail. Peu après, j'achetais un de ses oeuvres, notre première oeuvre», se remémore le collectionneur, dont le «nous» inclut sa conjointe et complice Marie Giroux.

Tous les crochets sur ses murs ont vite été occupés. Faute d'espace, le collectionneur était sur le point de cracher sur un Marc Séguin quand un galeriste lui a proposé d'utiliser ses garde-robes comme entrepôts. «Ça m'avait choqué! Je trouvais que ça n'avait pas de bon sens de ranger des oeuvres dans les placards. Finalement, ma passion a pris le dessus, et j'ai alors décidé de ne pas me mettre de barrières», avoue celui qui s'est depuis fait construire une réserve, «à la température stable, comme une cave à vin».

Plaisir solitaire

Même s'il travaille avec les chiffres, il n'y a rien de calculé dans ses choix artistiques. En même temps, Bruno Giangioppi n'achète jamais sur un coup de tête.

«Je prends le temps de faire des recherches, de voir si la production de l'artiste est cohérente, si l'ensemble de son travail m'interpelle. J'aime les artistes qui développent des concepts, ça attise ma curiosité», note le mécène de l'ombre, qui suit de plus près les carrières de Julie Trudel, Dil Hildebrand, John Player, Chloé Desjardins et Anthony Burnham.

Que vous ne l'ayez jamais aperçu dans un vernissage n'a rien de bizarre. Il évite les lancements bruyants, qui le distraient dans sa contemplation. «Au travail, je suis constamment sollicité. Quand je vais voir les expositions, j'ai besoin d'être seul», précise celui qui a néanmoins transmis sa passion à sa conjointe et à ses deux fils.

Résigné à ralentir la cadence - une toile prendra toujours plus de place qu'un timbre -, Bruno Giangioppi espère conserver sa collection le plus longtemps possible. «Je pourrais la placer dans un musée, mais j'aimerais qu'elle reste dans la famille. Ça va dépendre de l'intérêt de mes enfants.»

Ils sauront bien dégarnir leurs murs et vider leurs garde-robes, si besoin est.

Vous voulez y aller?

Matière à réflexion

Collection

Giangioppi-Giroux

Maison des arts et de la culture de Brompton

Jusqu'au 17 mai

Conférence sur le collectionnement et

visite commentée

Ce soir, 18h

Entrée : 25$

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