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Pierre-Luc Pomerleau : humoriste à l'entraînement

Pierre-Luc Pomerleau... (Imacom, René Marquis)

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Pierre-Luc Pomerleau

Imacom, René Marquis

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(Magog) Pierre-Luc Pomerleau avait 7 ans. Peut-être 8. Il était petit, en tout cas, quand il a décidé que, quand il serait grand, il ferait rigoler son prochain.

« Pendant un party du temps des Fêtes, je me suis retrouvé devant un spectacle de Stéphane Rousseau à la télé. Je me rappelle très bien m'être retourné et avoir déclaré à ma mère que c'était ce que je voulais faire dans la vie. »

Le Magogois de 31 ans se retrouve aujourd'hui en nomination pour l'Olivier de la découverte de l'année alors qu'il entame sa première tournée de spectacles dans ce Vieux Clocher qu'il connaît jusqu'au dernier banc rembourré. Il n'y sera pas en solo, comme Stéphane Rousseau qui s'y est encore arrêté la semaine dernière, mais en formule double, avec Yannick De Martino.

Avec la moitié d'un spectacle, le grand rigolo au sourire dévastateur est donc arrivé à mi-parcours du long marathon qui mène un humoriste à son premier one-man-show.

Si tous les blagueurs franchissent à peu près les mêmes étapes avant d'atteindre le fil d'arrivée, leur chrono varie. Certains s'essoufflent. D'autres rebroussent chemin. Frais comme une rose, le volubile comique est loin d'avoir la langue à terre.

Pour Pierre-Luc Pomerleau, le trajet a inclus un crochet vers la comptabilité, mais depuis cet aparté calculé, la cadence est rapide. Elle accélère même, en prévision des milles restants. « Je ne m'étais jamais fixé d'objectif de temps. Pour certains, la carrière explose très vite, comme Adib Alkhalidey, qui était mon camarade de classe, pour d'autres, c'est plus long, comme P-A Méthot. Moi, j'aurais paniqué si ça avait décollé en fou. C'est mon petit côté comptable. »

« Au fond, faire sa place en humour, c'est une course contre soi-même. Il ne faut pas angoisser en voyant les autres nous dépasser, ni regarder sa montre, mais se concentrer sur son objectif. Je ne l'ai jamais perdu de vue. »

Retour sur les plus grandes étapes de l'entraînement d'un humoriste au regard cloué dans l'horizon.

Étape 1 : L'école nationale de l'humour

Pierre-Luc Pomerleau aurait pu mener sa carrière en autodidacte. Pendant ses études en comptabilité à l'Université de Sherbrooke, réalisées pour assurer ses arrières, ce fils d'un magnat du propane a remporté le bronze en grillant ses gags à UdeS en spectacle et a chauffé quatre fois la scène du Vieux Clocher de Magog, où il travaillait comme placier.

Dès lors il aurait pu lacer ses espadrilles et prendre le départ d'une carrière de larron, tout en continuant à balancer les états financiers de l'entreprise familiale. Il n'était pas prêt pour la longue route en solitaire. «Je suis un éternel insécure, qui a besoin d'être encadré. C'était impossible pour moi de penser déménager à Montréal pour essayer d'entrer dans le circuit des bars par moi-même. Je me suis donc inscrit à l'École de façon réfléchie, en me disant que j'allais apprendre un autre métier», raconte celui qui se décrit comme un être analytique et raisonné.

Sur les bancs de l'ÉNH, entre 2008 et 2010, il a développé son style et approfondi son personnage scénique: un voisin d'en face sympathique et un brin charmeur. Une version très proche de l'homme à l'air angélique que nous rencontrons en ce lendemain de congé saint.

«En arrivant là, j'ai fait table rase. C'était important pour moi de ne pas ressortir mes vieux gags. Je n'ai d'ailleurs jamais revu les vidéos de mes premières prestations. Je devrais, pourtant. Je retrouverais sûrement l'humoriste pur, l'essence de mon humour avant qu'il devienne plus chirurgical. Il y avait des choses drôles, là-dedans. Mais une partie de moi hésite à se plier à ce supplice», lance-t-il, en grimaçant.

À l'ÉNH, il a aussi développé un réseau de contacts précieux pour la suite. En font partie ses professeurs Luc Senay et Dominic Anctil. «Je leur en dois beaucoup. Quand je regarde mon cheminement, il n'y a pas un morceau qui n'est pas lié à l'École d'une certaine façon.»

Étape 2 : Les galas

Pierre-Luc Pomerleau venait justement de rentrer de la tournée des finissants de l'ÉNH quand on l'a invité aux auditions de Juste pour rire, en 2010. Son personnage de coccinelle était rodé; il le peaufinait en classe et sur planches depuis un an.

Sa bibitte à patates l'a fait voler jusqu'au gala de François Morency. Où il a reçu une ovation dans son costume ailé. Depuis, il a reçu le Nez d'or du Comédie Club du Grand Rire de Québec en 2013, ce qui l'a amené à aller donner des crampes aux Belges et aux Suisses, et rallié la critique dans le gala de Laurent Paquin à Montréal l'été dernier. Ses numéros ont chaque fois fait fureur.

« Les galas n'ont plus l'impact qu'ils avaient dans les années 1990 ou 2000. À cette époque, si tu faisais un hit, on te proposait d'animer un gala l'année d'ensuite. C'était énorme. Aujourd'hui, c'est différent. Mais chaque fois, quand je me retrouve dans la coulisse avec ces gars que j'admirais tant quand j'étais petit, je me pince », exprime celui qui, avec sa barbe de trois jours et ses yeux de chiot, pourrait passer pour le jumeau cosmique du comédien Émile Proulx-Cloutier.

Étape 3 : La télé 

Une publicité de Dove avec Martin Picard. C'était la seule expérience de tournage qu'il avait derrière la cravate quand on l'a convoqué aux auditions pour Les Jokers, la version québécoise de l'émission américaine de caméras cachées The Impractical Jokers.

« Quand je suis allé voir des sketches en ligne, je me sentais mal. Je suis un gars gêné, voire pudique. Je ne me voyais pas aller m'humilier devant les gens dans un centre commercial », se souvient celui qui était certain qu'on l'écarterait au premier tour.

Il a été choisi. Pour une deuxième saison, sur les ondes de V, il repousse donc les limites de sa réserve en obéissant aux trois autres malcommodes qui se bousculent dans son oreillette et lui intiment de commettre les plus insignifiantes stupidités.

Ça l'a amené à danser flambant nu sur la scène du 281. Et à recevoir les tirs groupés d'une quarantaine de joueurs de paintball. « J'ai reçu 300 balles en 30 secondes. J'étais magané. J'ai fait un choc vagal et mon corps était couvert de bleus. J'ai mis trois jours à m'en remettre, avoue-t-il, photos à l'appui. Là, on a réalisé qu'on était allés trop loin dans le style Jack Ass. »

Bien des humoristes trouvent leur planche de salut à la télé, où ils recrutent un nouveau public. Plus rares sont ceux qui en ressortent avec des ecchymoses. « Avec la télé, le grand public découvre mes niaiseries. Ce show colle avec le métier que je veux faire. Dans mon cas, Les Jokers m'ont surtout appris à improviser, ce qui n'était pas une de mes forces », mentionne le casse-cou, qui ignore encore si une troisième saison sera tournée cet été.

Étape 4 : La première partie 

Au départ, il devait être là pour une dizaine de spectacles de rodage seulement, à l'été 2013. Puis, on l'a gardé un peu plus longtemps. Et il est toujours là, 240 représentations plus tard, pour partir le four pour François Bellefeuille.

« C'est toute une chance, considérant le succès qu'obtient François! Je joue devant des salles pleines chaque semaine. Je me sens comme dans de la ouate. Tellement que mon agent insiste parfois pour que j'aille jouer dans la bouette, dans un fond de bar, pour que je n'oublie pas d'où je viens. »

L'ex-comptable et l'ex-vétérinaire ont des univers très différents. François Bellefeuille (en nomination pour cinq Olivier) ne recherchait pas un sosie de folie pour ouvrir ses spectacles. Il voulait un humoriste grand public, pas vulgaire, « pas un énervé qui crie, ce qui aurait fait trop de criage dans une même soirée », ajoute celui qui ne rate pas cette occasion de faire une première bonne impression. 

« Mes 12 minutes de monologue ont changé trois fois depuis le début. Mon but est que les gens sortent de la salle en se souvenant de moi. Les directeurs de salles, aussi. J'en profite pour leur serrer la main. »

Ce contrat à long terme lui a en outre permis de côtoyer l'une de ses idoles, Martin Petit, metteur en scène du spectacle. « La première fois qu'il était dans la salle, j'étais tellement stressé. C'est fou quand même : mes idoles sont devenues mes collègues », s'extasie ce fan de Martin Matte.

Étape 5 : Le spectacle à deux têtes

Simon Leblanc et François Bellefeuille l'ont fait. Mariana Mazza et Virginie Fortin le font. Pierre-Luc Pomerleau et Yannick De Martino n'ont pas inventé la formule du spectacle à deux têtes. Mais ils ont eux aussi choisi de se pairer pour partir en tournée.

« On manque encore un peu de notoriété pour se lancer en solo et on n'a pas encore assez de matériel pour remplir une heure et demie seul. Il faut être ultra solide, de nos jours, pour arriver avec un one-man-show. »

Les deux jeunes humoristes, « à l'énergie complètement différente », donneront leur première représentation vendredi, à Magog. Le Magogois, qui livrera son meilleur matériel, cassera aussi un nouveau numéro, « mon plus sexuel à ce jour », en vue d'une participation probable au gala sur l'orgueil animé par Philippe Laprise l'été prochain à Juste pour rire.

Et si d'aventure, pendant son spectacle, son regard pointe vers le fond, c'est parce qu'il fixera l'horizon.

VOUS VOULEZ Y ALLER?

Alliance solo

Pierre-Luc Pomerleau et Yannick De Martino

Vieux Clocher de Magog

Vendredi, 20 h 30

Billets : 26$

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