Retrouver la voix

René Simard... (Archives La Presse)

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René Simard

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<p>Karine Tremblay</p>
Karine Tremblay
La Tribune

(Sherbrooke) On l'a vu à la barre de différents galas comme à la mise en scène de divers spectacles : René Simard n'a jamais disparu de l'écran du showbiz. Mais il avait mis sa voix en sourdine. Volontairement, il avait choisi de fermer son micro de chanteur pour un temps.

«À l'époque, il y a 10 ou 11 ans, j'ai eu besoin de prendre du recul, de passer à l'arrière des caméras en faisant de la mise en scène et de la production au contenu.»

Les déductions se font sans ambiguïtés : il y a une décennie, sa famille et lui étaient plongés dans la tempête déclenchée par les révélations de sa soeur Nathalie, abusée sexuellement par son agent Guy Cloutier. De l'eau a coulé sous les ponts, depuis. René Simard avait envie de revenir à son premier métier. Il avait des choses à dire sur disque. Vingt ans après son dernier album de chansons originales et plus de 10 ans après l'opus de reprises qu'il a réalisé avec Guy St-Onge (Hier... encore), il lance mardi une neuve galette. Éponyme, la galette. Peut-être parce qu'elle est pétrie de tout ce qui habite le chanteur de 54 ans.

«Cet album, très près de moi, est celui d'un gars qui a envie de véhiculer certaines idées, certaines valeurs. Mais sans faire la morale.»

Si importantes que soient les paroles, ce ne sont pas elles qui ont été le premier harpon.

«Tout est parti de la musique. Quand André Leclair m'a fait entendre les mélodies qu'il avait composées, j'ai vu une possibilité d'album. On a travaillé dans son studio des Laurentides sans se mettre de pression. Plus on avançait, plus on voyait qu'on tenait quelque chose.»

Ce quelque chose, c'est le 51e disque du chanteur. Rien de moins.

«Ça fait beaucoup, mais j'ai l'impression de parler d'un truc complètement nouveau. Cet album est différent de ce que j'ai fait jusqu'ici. J'ai suivi plusieurs cours de chant en Belgique, à New York, à Los Angeles. Je voulais expérimenter plusieurs techniques avec chaque professeur. J'ai amalgamé tout ça sur ce disque-là. Vocalement et musicalement, la palette est large. Je souhaitais un album nuancé, pas monochrome. Peut-être à cause de mon regard de metteur en scène, j'ai vu chaque chanson comme un petit univers à faire vivre.»

Les textes, neuf en français et quatre en anglais, sont signés par plusieurs collaborateurs (Nelson Minville, Monique Fauteux, Arnie Roman, Yves Morin, Jade Isabel, Jack Nichols, Yves Décary).

«Je leur ai proposé des thèmes. Ils sont revenus avec de superbes chansons qui parlent d'espoir, d'amour, d'avenir. Il n'y a que Le vrai du faux qui n'était pas une commande. C'est Yves Morin qui me l'a offerte, en plus de deux autres chansons. Les gens le connaissent peu, mais c'est lui qui signe les adaptations françaises des spectacles de Denise Filiatrault. Je suis tombé par terre quand il m'a donné les textes. Ça correspond à ma vision du monde, c'est finement écrit. De la dentelle.»

Affronter les orages

Quand est venu son tour de tricoter le disque, René Simard a enfilé 12 chansons. Et il en a brodé une dernière, cachée, À chacun ses armes.

«Elle dit qu'on a chacun nos tempêtes à affronter. Et chacun nos armes pour le faire.»

Le parallèle est là, la question se pose : sans revenir ad nauseam sur le sujet, n'y a-t-il pas là un message lancé à sa frangine, avec qui les relations ont déjà été plus harmonieuses?

«Si elle écoute le texte, elle va comprendre. C'est un drôle de métier. Et un drôle de timing. Elle publie une autobiographie et je lance un disque presque en même temps. Ça ramène le sujet sur le tapis, c'est sûr. On ne peut pas jouer à l'autruche. Mais je lui souhaite de trouver la paix intérieure. Si ce livre lui permet d'exorciser sa peine, c'est une bonne chose.»

Le ton reste cordial. À l'autre bout du fil, le chanteur a l'humeur ensoleillée.

«Les orages, je les affronte. Même au premier degré : quand ça brasse, dehors, je ne m'empêche pas de sortir. J'ai toujours été comme ça. Dans la vie, tu as le choix de t'apitoyer ou de faire face. On me dit que je suis toujours de bonne humeur, mais ce n'est pas ça. C'est plutôt que je choisis d'avancer. Je déteste les gens qui se plaignent sans arrêt. Ce n'est pas comme ça qu'on progresse.»

Loin des réseaux

Le détour se fait presque naturellement, la conversation dévie sur le sujet chaud des réseaux sociaux, où il arrive, parfois, que les uns et les autres racontent leurs petites bibittes ou cherchent noise à autrui. Ne l'y cherchez pas : René Simard n'y est pas. Facebook, Twitter, ça ne lui dit rien.

«Je n'ai rien contre, mais on est en train de réaliser qu'il n'y a pas que du beau, sur les réseaux. Ça détruit même des vies. Des ados qui se posent nus et qui voient leur photo circuler partout, ça fait des ravages. J'adore la modernité, mais un téléphone intelligent, s'il n'est pas utilisé intelligemment, ça peut devenir une arme dangereuse.»

Une arme qui ne lui fait pas peur, du reste. Avec 45 ans de métier derrière le micro, le chanteur sait que reprendre les rênes de la chanson, c'est s'exposer à la critique. Sur l'internet comme ailleurs.

«Tout ça n'existait pas quand j'ai commencé, mais il faut savoir se forger une carapace. Quand on anime un gala et qu'on est critiqué à la minute près sur Twitter, il faut se détacher de sa personne, regarder les choses avec perspective.»

Ne pas s'en faire avec des choses qui n'en valent pas le coup, donc. On en revient toujours à ça : dans la vie, on a le choix d'accorder de l'importance à ce qui en a vraiment. Au tout premier chef, il a, lui, choisi que c'est sa gang qui comptait.

«Ma famille, c'est un cocon. Avec Marie-Josée (Taillefer), je fête cette année mes 35 ans de vie commune. A Sailing Song, sur le disque, c'est pour elle.»

Et L'effet Pygmalion, c'est pour leurs enfants, Olivier et Rosalie.

«Quand on a appris pour leur surdité, on s'est demandé ce qu'ils allaient faire, ce qu'ils allaient comprendre de ce monde. Après trois jours, on est allés chercher les outils pour avancer. Comme parents, on voulait amener nos enfants à développer leurs capacités. On croyait profondément en eux. Aujourd'hui, ce sont deux adultes épanouis de 23 et 25 ans. Il me semble que c'était hier que j'avais cet âge-là. Je réalise que le temps file. J'ai envie d'en profiter. Avec eux, d'abord et avant tout. J'ai la chance, le bonheur d'être très proche de mes enfants. Chez nous, il y a toujours beaucoup d'amour, beaucoup d'humour.»

Mardi, les enfants assisteront pour la toute première fois au lancement d'un disque de leur père. C'est une joie, oui. Que René Simard savoure. Parce qu'il a beau savoir affronter le crachin et les grands vents, il sait aussi goûter la chaleur du soleil et du temps doux.

René Simard

pop franco

Zone 3

En vente mardi

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