Retombées attendues... et inattendues

Kheira Belhadj-Ziane a recueilli plusieurs témoignages de gens... (Imacom, Jocelyn Riendeau)

Agrandir

Kheira Belhadj-Ziane a recueilli plusieurs témoignages de gens dont l'isolement et la dévalorisation ont été brisés par Cultures du coeur, dont la mission est de rendre la culture accessible aux démunis et autres exclus de la société. « En général, l'expérience crée un sentiment de mieux-être chez les usagers», soutient Jean-François Roos, organisateur communautaire pour le CSSS-IUGS. -

Imacom, Jocelyn Riendeau

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(SHERBROOKE) Dès sa fondation en 2009, il était clair que l'organisme Cultures du coeur, dont la mission est de rendre la culture accessible aux démunis et autres exclus de la société, ne deviendrait pas un simple distributeur de billets de spectacles. Car être dans le besoin ne prive pas les gens de préférences artistiques. D'où l'importance d'une personne servant à faire le pont entre le bénéficiaire et le diffuseur. Mais que faire quand ce médiateur n'est pas lui-même un consommateur de culture? Pourrait-il récolter aussi les fruits de Cultures du coeur? C'est une des retombées constatées par Kheira Belhadj-Ziane, professeure et chercheuse en travail social de l'Université du Québec en Outaouais. Dès l'implantation de Cultures du coeur, elle a été mandatée par le CSSS-IUGS pour évaluer les résultats sur le terrain.

Il faut dire que l'Estrie était la première région du Québec où s'implantait Cultures du coeur, une initiative importée de France. En cinq ans, près de 7000 sorties culturelles ont été effectuées (de 40 à 45 personnes par semaine), grâce à des ententes avec 92 partenaires culturels.

Si Kheira Belhadj-Ziane a recueilli plusieurs témoignages de gens dont l'isolement et la dévalorisation ont été brisés par Cultures du coeur, une des conséquences inattendues a été l'ouverture d'un nouvel horizon pour les médiateurs culturels eux-mêmes. Il faut savoir que ces derniers ne sont pas des employés de Cultures du coeur : ce sont l'infirmière, le travailleur social, la psychoéducatrice de tel organisme ou de tel service de santé, qui ajoutent une nouvelle corde à leur arc (sans que cela soit une surcharge), après avoir reçu une formation.

« Ce qui les oblige à s'interroger eux-mêmes sur leurs pratiques culturelles. Premièrement, sont-ils déjà des amateurs d'art et de spectacles? Quelles sont leurs préférences? Sont-ils capables d'en parler? » souligne la chercheuse.

La médiation culturelle permet de créer une nouvelle forme de proximité entre l'intervenant et la personne aidée, a-t-elle observé. « Soudainement, le contact repose sur les plaisirs plutôt que sur les problèmes. Cela crée un rapprochement. On parle de ce qu'on a aimé du spectacle plutôt que du frigo vide. Quand il n'y a pas de médiateur, le billet n'est utilisé qu'une fois sur dix. »Contre l'agoraphobie

Pour sa recherche, Kheira Belhadj-Ziane a réalisé des entrevues auprès de 56 personnes, tant des usagers que des médiateurs (ces derniers sont 85 jusqu'à maintenant).

« En général, l'expérience crée un sentiment de mieux-être chez les usagers. Certains parlent d'une occasion d'apprendre ou de faire une sortie familiale et de transmettre quelque chose aux enfants. Dans quelques cas, cela devient une démarche pour contrer l'agoraphobie », ajoute Jean-François Roos, organisateur communautaire pour le CSSS-IUGS.

Plusieurs préjugés et complexes d'infériorité tombent. « La plupart des bénéficiaires n'ont jamais mis les pieds dans un lieu de culture et sont remplis d'appréhension. Ils craignent d'être étiquetés, de ne pas être à leur place. Il faut les rassurer. »

Kheira Belhadj-Ziane constate que, dans certains cas, les sorties culturelles aident les personnes à se remettre en mouvement et créent même une envie de changement. Bref, elles deviennent un véritable levier d'intervention sociale. Elle observe toutefois que, pour obtenir un tel résultat, il faut que les sorties soient récurrentes et diversifiées.

Seule ombre au tableau : le financement. Soutenu en partie par la Conférence régionale des élus, laquelle est sur le point de disparaître, l'organisme cherche 45 000 $ pour la présente année (le budget annuel total de 180 000 $). Mais quatre ministères pourraient intervenir dans ce dossier : Culture et Communications, Éducation, Travail, Emploi et Solidarité sociale ainsi que Santé et services sociaux.

« En 2011, le gouvernement a adopté l'Agenda 21 de la culture du Québec, dont l'objectif est de faire de la culture le quatrième pilier du développement durable », rappelle Kheira Belhadj-Ziane.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer