Voyage au coeur de la mémoire

Patrick Nicol... (Imacom, Jocelyn Riendeau)

Agrandir

Patrick Nicol

Imacom, Jocelyn Riendeau

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Sur le même thème

<p>Karine Tremblay</p>
Karine Tremblay
La Tribune

(SHERBROOKE) Patrick Nicol n'a pas cherché son filon pour l'écriture de son tout dernier livre. Le sujet s'est imposé de lui-même. Inévitable, incontournable, essentiel.

«C'était quelque chose de l'ordre de la nécessité. Je ne voyais tout simplement pas comment je pourrais écrire sur quelque chose d'autre. Mais ce n'était pas dans un but thérapeutique, c'était un exercice esthétique», précise l'écrivain sherbrookois, qui a auparavant signé Terre des cons et Les cheveux mouillés, entre autres titres.

Patrick Nicol accompagnait alors sa mère souffrant d'Alzheimer. Le quotidien n'était pas triste, mais il était teinté de soins, de souvenirs épars, de rendez-vous. Et c'est de ce quotidien-là qu'est né La nageuse au milieu du lac. L'auteur y raconte sa mère en train de disparaître, avalée par la maladie. La mémoire étant tout sauf linéaire, il voyage dans son passé à lui autant que dans ses histoires à elle.

«C'est une maladie vraiment bizarre, l'Alzheimer. Le cerveau se détraque et les souvenirs qui remontent sont parfois étranges. Ma mère s'est mise à raconter des choses qu'elle n'avait jamais dites. Elle s'est mise à parler beaucoup de son enfance. Parfois, elle me prenait pour son frère. Pourquoi c'est ça qui remonte? En quoi ça a été si déterminant pour elle? De l'extérieur, ce sont les questions qu'on se pose.»

Ces épisodes racontés sont parfois drôles, parfois tendres, mais jamais larmoyants.

«Il n'y a pas d'apitoiement ni de culpabilité parce que j'ai le sentiment d'avoir fait ce que j'ai pu, d'avoir été là. Quand elle s'est retrouvée dans un foyer, il fallait la distraire : elle était sourde et pas très sociable. On s'est vus comme jamais auparavant.»

La mémoire en gruyère, les journées de visite au foyer, les cours à donner, les voyages en été, les rendez-vous médicaux, les souvenirs de petit gars, les anecdotes passées ou récentes, la mère qui n'est plus tout à fait celle qu'on a connue : tout ça se déploie au fil des 150 pages du livre bâti comme un album. De chapitre en chapitre, on voyage dans les différents âges du narrateur.

«J'ai déterminé l'ordre des textes avec un grand souci. Certains d'entre eux renvoient à l'enfance de ma mère, d'autres à la fin de sa vie, mais je ne voulais pas les placer en ordre chronologique. Naturellement, certains éléments se sont répétés dans mes récits, ils ont créé un fil conducteur. Des enfants morts, des fous, des images de chalet, entre autres. C'est aussi très ancré dans le paysage sherbrookois parce que, lorsqu'on est enfant, les lieux sont fascinants. La rivière, le pont, tout ça laisse une empreinte. Et comme j'ai toujours vécu ici, ce sont les repères que j'ai, qui me suivent.»

La ligne du temps est donc hachurée et remplie d'ellipses, mais les souvenirs entremêlés tissent un récit qui fait sens et qui emmène l'auteur dans un univers autre que celui qu'il avait jusqu'ici exploré.

«L'âge me préoccupe depuis longtemps, je pense. Dans mes premiers livres, je me demandais comment on fait pour devenir adulte. Là, je me demande davantage à quel moment on est vieux», dit celui qui enseigne la littérature au Cégep de Sherbrooke.

La classe, d'ailleurs, est souvent évoquée dans ses écrits. Dans celui-ci comme dans les autres.

«J'aime beaucoup la salle de cours. C'est un endroit où, comme au théâtre ou au musée, tu peux te mettre en danger. C'est censé être un lieu sécurisant, une oasis. Pour moi, c'est vraiment agréable de m'y retrouver.»

C'est vrai encore maintenant, en dépit du contexte plus difficile qu'avant. On l'a dit sur à peu près toutes les tribunes, la profession d'enseignant est malmenée, par les temps qui courent. «Ça ne m'atteint pas tant que ça, mais autour, je vois des collègues qui en sont frustrés. Et je les comprends. Les conditions de travail ne vont pas en s'améliorant. Mais ce qui est le plus difficile à prendre, c'est le manque de considération. Il y a quelque chose d'ingrat, dans l'enseignement. Tu donnes à des gens qui s'en vont. Alors si, en plus, tu sens que la reconnaissance n'est plus là socialement...»

Socialement. Le mot transporte la conversation sur un autre terrain. Celui-là, un peu boueux, où on observe une société dans laquelle on ne se reconnaît plus tant que ça.

«Présentement, il se passe de drôles d'affaires. Je n'aime pas la montée du conservatisme, le populisme, cette espèce de voix qui s'élève contre le féminisme. Il y a une prolifération du discours irresponsable, une dérive vers la droite et l'idiotie. Les gens qui sont au pouvoir n'ont pas de comptes à rendre. Ils n'ont même plus besoin d'avoir l'air d'avoir des idées. Quand des députés votent des lois qu'ils n'ont même pas eu le temps de lire, ça en dit long. Ça me heurte.»

Et ça le fait écrire. Il pourrait bien commettre un prochain livre sur le sujet. Il pourrait. Mais il a aussi d'autres projets sur le feu. Un grand roman, entre autres. Grand au sens de pesant.

«J'ai toujours publié des plaquettes. J'aimerais bien signer un roman avec plus d'amplitude, davantage de pages. Ça fait longtemps que ça m'habite. J'ai aussi un autre petit bouquin en chemin. En fait, plus que ça : le manuscrit est déjà déposé. Je l'ai écrit pour me reposer de l'autre, presque en cachette de moi-même!»

Patrick Nicol

La nageuse au milieu du lac

ROMAN

Le Quartanier

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer