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Louis-Jean Cormier : impressions artérielles

Louis-Jean Cormier... (La Presse, Martin Chamberland)

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Louis-Jean Cormier

La Presse, Martin Chamberland

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<p>Karine Tremblay</p>
Karine Tremblay
La Tribune

(SHERBROOKE) Louis-Jean Cormier a traversé l'été dernier comme dans un wagon de métro. En coup de vent, à grande vitesse. Autour, on lui disait de ralentir un peu. On lui répétait qu'il ne pourrait pas tenir cette cadence-là longtemps. «Je répétais : non, non, non. J'aimais ça, je ne voyais pas le tourbillon. Mais c'était vrai, ma vie allait pas mal vite!»

À la fin de la belle saison, il a réalisé l'épuisement qui était sien. La fatigue qui alourdissait un peu ses pas.

«Je n'étais pas mal dans ma peau, je n'étais pas au bord du gouffre, mais je suis passionné par ce que je fais et cette passion-là m'aveugle un peu. Je brûlais la chandelle par les deux bouts sans en être conscient.»

Avant de frapper un mur, le chanteur a appliqué les freins. Il a choisi de ne pas réintégrer sa chaise de coach à La Voix. Et il a décidé de se consacrer uniquement à son nouveau disque, sans s'éparpiller ailleurs. Une première pour lui.

«Je suis tellement content d'avoir pu faire ça que je me sens redevable, d'une certaine façon. C'est un luxe qu'on se permet peu, généralement. Ça vient peut-être de l'insécurité du travailleur autonome : j'ai l'habitude de jouer sur plusieurs terrains en même temps. Là, il n'y avait que le disque.»

Un disque branché sur l'artère du coeur. L'image est claire, elle dit tout. Après un premier opus solo (Le treizième étage) qui évoquait le nous, le collectif, la force du nombre, Cormier a eu envie de visiter l'intime, les aléas du coeur, les départs, les détours et les retours amoureux. Lancé mardi prochain, Les grandes artères évoque autant les branches nourricières du myocarde que la route, les chemins de traverse, les voyages et les carrefours qui traversent la vie à deux.

«L'amour, ça reste LE grand thème universel. Je trimballais Si tu reviens et Le jour où elle m'a dit je pars depuis un bon moment. Je sentais déjà que je m'enlignais pour écrire sur le sentiment amoureux, je savais que le coeur serait mon fil conducteur. Les grandes artères, c'est un album de réflexion et de recherche sur l'amour, dans toutes ses couches, toutes ses strates. Ce n'est pas nécessairement autobiographique. Même si certaines pointes sont inspirées de ma vie, je me suis surtout branché sur ce que je voyais dans mon entourage. L'automne dernier, il y a eu pas mal de ruptures amoureuses autour de moi. Certains couples se sont défaits, d'autres ont pris une pause conjugale. C'est peut-être générationnel, ça arrive dans la trentaine. Je n'entrerai pas dans les détails, mais dans ma vie personnelle, il y a eu aussi de bonnes bourrasques. Tout ça donne peut-être un CD plus dramatique. En même temps, je n'ai jamais été la Compagnie Créole, il y a toujours eu une bonne dose de mélancolie dans mes affaires. Mais il y a de la lumière, aussi. Parce que la musique est un merveilleux véhicule d'émotion. Elle permet de faire pleurer, rêver et réfléchir.»

Et elle a amené le créateur dans un sillon imprévu. Avec les amis Daniel Beaumont et Martin Léon, Cormier a exploré tous les possibles, pour à peu près chaque chanson. Sans limites, sans contraintes.

«On a fait plusieurs versions, en allant au bout de nos idées. On travaillait avec une loupe, littéralement. Pour la musique et pour les paroles. J'accrochais sur un mot, je partais sur une dérape obsessive. Tellement que j'en étais presque rendu à corriger la phrase du gars du dépanneur qui me vendait un sac de chips! Un vrai mésadapté social!»

Rires dans le combiné. L'anecdote a beau être exagérée, elle dit combien l'exercice créatif a été intense. Ces expériences sonores répétées en studio ont fini par créer une texture musicale particulière.

«Quelque chose de cinématographique, qui rappelle un peu les compos d'Ennio Morricone, dans les films de Tarantino, je dirais. Cette direction musicale m'a pris par surprise, je n'avais pas prévu cette affaire-là, ce son folk rock orchestral. J'avais sorti mon banjo pour une chanson, et finalement, il se retrouve sur 11 des 13 titres du disque. Je me suis aussi beaucoup amusé avec les arrangements. C'est mon terrain de jeu préféré, c'est comme une palette de couleurs qu'on peut mélanger et dont on peut se servir, ensuite, pour sculpter les chansons.»

Ceux qui l'ont vu à la Fête du lac des Nations s'en souviendront : le chanteur interprétait une très belle version de Complot d'enfants, de Félix Leclerc. Après l'avoir chantée «au moins 200 fois sur scène», Cormier a décidé de l'enregistrer.

«Depuis longtemps, j'avais ce désir d'interpréter la chanson d'un autre. J'avais envie de le faire à ma façon, avec une certaine liberté, en m'appropriant le texte. Ça illustre aussi ce que je disais à La Voix: quand on interprète une chanson, il faut savoir l'apporter dans son monde, son univers.»

Une façon de voir qu'a exacerbé le collectif Douze hommes rapaillés.

«Je pense que, tous, nous sommes sortis de cette bulle-là transformés. La liberté de la poésie m'a emmené ailleurs, a aiguisé mes goûts.»

La tournée des rapaillés a aussi affûté le lien d'amitié qui l'unit à Martin Léon : «Il a ce don d'être un grand confident, d'avoir une paire d'oreilles attentives. C'est un gars philosophe, quelqu'un qui réfléchit sur la vie. Quand je me suis retrouvé à bout, après l'été, c'est lui qui m'a ramassé, presque à la petite cuillère. Et j'ai vraiment fait un grand bout de chemin dans ma tête, ces cinq derniers mois. Je pense que je n'ai jamais été aussi bien. Je lance mon nouveau disque et la tournée avec assurance, avec un certain aplomb. Parce que je sais tout le travail qui a été fait en amont.»

Le wagon repart. À grande vitesse, peut-être. Mais sur une artère ensoleillée.

Louis-Jean Cormier pourrait bien faire le saut de l'autre côté de la grande flaque. C'est dans l'air et dans les plans. « On ne l'a pas fait avec Le treizième étage, volontairement, parce qu'on voulait voir comment ça irait ici. Là, on va essayer. L'idée de travailler sur un nouveau territoire me plait. »

L'idée de voyager pour le plaisir de voyager, aussi.

« Jusqu'ici, j'ai surtout fait de la route pour le boulot. Je ne détesterais pas prendre une sabbatique pour mettre les voiles en famille », exprime celui qui n'a aucune destination phare dans sa mire.

« Je pense que c'est génétique : l'affaire qui m'appelle plus que les autres, c'est l'eau. J'ai le pied marin. La meilleure façon de me déconnecter de tout, c'est de me retrouver au bord de l'eau. Peut-être que c'est ce qui tracera la route. »

Et Karkwa?

Le lancement d'un deuxième disque solo suscite la nécessaire question : Karkwa appartient-il au passé?

« Karkwa, c'est toujours à côté. Ça me coule encore dans les veines. Je serais le premier content s'il refaisait surface. Mais on formait un groupe tellement uni que, si l'on décidait de revenir, il faudrait que tout le monde embarque avec le même élan. Pour l'instant, il y a deux membres qui viendraient à reculons. À cause de conflits normaux, naturels. Il faut laisser le temps passer. »

Louis-Jean Cormier mesure encore les impacts de son passage à La Voix.

« Ça a changé des choses dans ma vie professionnelle, mais davantage encore dans ma vie personnelle : je ne peux plus aller acheter du pain et du jus d'orange en pyjama à l'épicerie! On me reconnaît, on me demande des autographes. Ça a aussi eu un impact pour mon entourage, ma blonde, mes enfants », dit celui qui regarde l'émission avec une pointe de nostalgie. « Parce que, pour un coach, c'est vraiment une expérience formidable. »

Le coach a beau avoir accroché sa chaise cette saison, il garde contact avec quelques-uns de ses protégés de l'an passé.

Encore la semaine dernière, il dînait avec Rémi Chassé, qui préparerait un disque.

« Je ne connais pas les plans de l'équipe, je ne sais pas si l'on m'invitera à nouveau, mais je pourrais dire oui à un retour dans cette chaise-là. »

Pour l'heure, le grand brun prépare sa tournée qui débute dans deux semaines. Aux quatre coins de la province, il reprendra les chansons de son disque tout neuf. En s'éloignant parfois de l'enrobage musical du disque.

« J'aime réinventer l'habillage des chansons. Je pars sur la route avec les quatre musiciens qui m'accompagnaient pour les spectacles du Treizième étage. Et je laisse mon banjo dans son étui. »

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Louis-Jean cormier

Les grandes artères

Folk rock franco

Simone Records

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