Théâtre ambulant nouveau genre

Le Petit Théâtre de Sherbrooke innove en présentant... (Imacom, René Marquis)

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Le Petit Théâtre de Sherbrooke innove en présentant sa toute nouvelle création dans les classes, au coeur de l'environnement quotidien de son jeune public. Mardi, les comédiens Patrick Quintal et André Gélineau cassaient la glace auprès d'élèves de cinquième année de l'école Notre-Dame-du-Rosaire.

Imacom, René Marquis

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<p>Karine Tremblay</p>
Karine Tremblay
La Tribune

(SHERBROOKE) Dans les coulisses, André Gélineau et Patrick Quintal répètent une dernière fois leurs répliques. Les coulisses sont un peu particulières, aujourd'hui. Elles sont plantées dans une bibliothèque scolaire plutôt que derrière les rideaux d'un théâtre. Dans un instant, le duo de comédiens fera sa première plongée théâtrale en classe. Dans la lumière crue du matin, entre les tables de travail de 25 élèves de cinquième année, ils joueront Manuel d'instructions pour cesser de grandir, la toute nouvelle création du Petit Théâtre de Sherbrooke.

Pas de rideau, pas de scène, pas de décor, pas de sièges dans la pénombre : les acteurs entrent en classe sans cérémonial, mais ils piquent tout de suite l'intérêt des jeunes assis devant eux.

Son chandail kangourou ramené sur la tête, les épaules affaissées, André Gélineau griffonne un timide «allo» sur le tableau noir. Son personnage de gamin plutôt gêné fait mouche. Autour, des enfants rigolent déjà dans leurs manches en s'échangeant des regards complices. Ils ont compris que le garçon qui vient de débarquer devant eux manque cruellement d'assurance. Ils ne savent pas encore pourquoi. C'est le vieux Beckett, joué par Quintal, qui leur donne la clé : «Lui, c'est André, il souffre de gigantisme. C'est un enfant géant de 10 ans qui mesure déjà six pieds.»

Le petit colosse n'en mène pas large. Mais poussé par l'intrigant Beckett, il finit par déballer son histoire. Les railleries des petits camarades qu'il endure au quotidien. Les centimètres qui s'additionnent sur le mètre à mesurer chaque fois qu'il regarde la taille qu'il fait. Son rêve de devenir un superhéros. Le jour où il a été évincé de l'autobus jaune parce qu'il est devenu trop grand pour l'allée et les bancs du véhicule bâti à échelle d'enfant. Il pensait bien en avoir fini de l'école, alors, mais non! Le voisin a proposé ses services de chauffeur! Le vieux Beckett, avec sa bouille de corbeau, ses doigts tachés de noir, son rire inquiétant.

Le jeune public écoute en affichant un regard entendu. Ici et là, on comprend manifestement la méfiance du jeune garçon, mais on saisit aussi que l'homme dont il a peur, celui avec les cheveux en bataille, qui parle beaucoup et qui rit trop fort, est au fond un bon bougre. Avec qui le jeune André finit par développer une connivence. Le dialogue entre les deux personnages s'articule autour du Manuel d'instructions pour cesser de grandir que rédige l'écolier. Le titre le dit : il espère trouver une façon de freiner sa croissance. Mais voilà, à force de causer avec son voisin autour d'un rapporteur d'angle transfiguré en volant de voiture, le petit géant fait la paix avec sa différence. Et dès lors, celle-ci n'est plus un frein, mais un moteur. Sans jamais faire la leçon, la pièce fait réfléchir.

La finale est heureuse, l'anecdote véridique qui l'a inspirée l'est aussi. André Gélineau, qui signe ce superbe texte, s'est amusé à imaginer quelles discussions avaient pu avoir le célèbre dramaturge Samuel Beckett et son jeune voisin André (qui deviendra plus tard le renommé lutteur André the Giant) lorsqu'ils faisaient ensemble le trajet pour l'école.

Mise en scène par Érika Tremblay-Roy, la pièce au propos plus que pertinent est habilement chorégraphiée et admirablement jouée. Avec quelques accessoires scolaires, de brèves insertions musicales et beaucoup d'imagination, c'est tout un univers qui est créé. Et ça marche. Pas un instant les écoliers ne décrochent. Les comédiens non plus, d'ailleurs, ce qui est en soi un petit exploit parce que, en plus de s'adapter à l'environnement différent de chaque classe, ils doivent aussi composer avec l'imprévu. La cloche qui sonne. Le message diffusé à l'interphone dans toute l'école. L'élève qui se lève pour aller chercher un mouchoir. Tout ça.

«C'est un théâtre de proximité, une nouvelle expérience où chaque représentation est suivie d'une discussion avec les élèves», souligne la directrice artistique Érika Tremblay-Roy. Cette saison, la pièce sans scène fixe sera présentée une douzaine de fois, dans les classes de troisième, quatrième et cinquième année de six écoles différentes.

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