Thérèse Lecomte s'éteint

Thérèse Lecomte lors de l'exposition hommage qui lui... (Archives, La Tribune)

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Thérèse Lecomte lors de l'exposition hommage qui lui a été consacrée en 2008 au Musée des beaux-arts de Sherbrooke. Avec son décès disparaît une pédagogue rassembleuse et une artiste respectée.

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(SHERBROOKE) Sans Thérèse Lecomte, non seulement les arts visuels n'auraient pas le même visage en Estrie, mais le Québec aurait été privé de créateurs d'envergure comme Maurice Savoie et Michel Goulet. Celle qui a formé des générations d'artistes dans son atelier sherbrookois, en plus de contribuer à la fondation de la Galerie d'art de l'Université de Sherbrooke, s'est finalement éteinte au pavillon Argyll mardi soir dernier. Elle aurait eu 99 ans le 23 mars.

Même s'ils ne sont pas tous devenus peintres ou sculpteurs, ils sont innombrables, ceux et celles qui ont reçu ses leçons de dessin à partir de 1940. Thérèse Lecomte a enseigné aux enfants, adolescents et adultes, souvent en laissant une entière liberté aux plus jeunes dans la création, ce qui était très rare à l'époque. Clémence DesRochers était du nombre, mais aussi les propres neveux et nièces de Thérèse Lecomte, dont Claire Lecomte-Bisson, qui s'est occupée de sa tante jusqu'au dernier moment.

«Ma tante était célibataire, mais elle a été très proche de nous, surtout quand nous étions enfants. Elle nous a permis de connaître le monde, en nous faisant découvrir la musique classique, la peinture, les voyages... Certains gâtent mal les enfants, mais pas elle! Elle avait aussi un sens de l'humour légendaire. Elle disait toujours ce qu'elle pensait, mais jamais d'une façon blessante, un peu comme un enfant. Elle n'était plus très consciente les deux dernières semaines, mais elle m'a reconnue jusqu'à la veille de son décès.»

«Thérèse Lecomte a été le premier professeur sherbrookois qui avait son diplôme de l'École des beaux-arts de Montréal. Et elle a longtemps été la seule», souligne l'artiste Michel Goulet, qui fut un de ses plus brillants élèves. Tellement que son ancienne enseignante lui avait laissé les clefs de son atelier, pour qu'il puisse venir y créer quand bon lui semblait.

Michel Goulet, qui a aujourd'hui une carrière internationale, n'oubliera jamais cette femme attentionnée, d'une extrême sensibilité.

«Quand j'ai vu Thérèse s'émouvoir devant une oeuvre, j'ai su qu'elle me comprenait. Rarement un professeur montrait ses sentiments ainsi», ajoute celui qui admirait aussi chez son amie la maîtrise du dessin, le sens de la composition et l'esprit critique. «C'était une femme assez extraordinaire», résume-t-il.

Une rassembleuse

Claude Lafleur a aussi très bien connu Thérèse Lecomte. En plus de donner des cours ensemble, ils ont fondé, dans les années 1960, l'Association pour l'avancement des arts, afin que Sherbrooke se dote d'espaces pour mieux faire rayonner les arts visuels. Grâce au professeur Jean Goulet, l'Université finira par ouvrir une galerie en 1964, laquelle deviendra le Centre culturel.

«La plupart des étudiants adultes de Thérèse étaient des femmes, et ce sont leurs époux qui ont eu l'idée de fonder quelque chose. Tous ces gens-là se sont rassemblés grâce à Thérèse. Elle était plus âgée que nous, mais elle était très ouverte aux jeunes, en plus d'être extrêmement dévouée. C'était très facile de travailler avec elle.»

Thérèse Lecomte ayant été happée par l'enseignement dès son retour à Sherbrooke, elle n'a pas pu véritablement développer sa carrière d'artiste en dehors de Sherbrooke. Cela ne l'a pas empêchée de toujours continuer d'évoluer dans sa pratique. Lors de l'exposition hommage qui lui a été consacrée en 2008 au Musée des beaux-arts de Sherbrooke, les visiteurs ont pu admirer fusain, huile, aquarelle (ce qu'elle préférait), joaillerie, émail sur cuivre, sculpture et gravure. On pouvait même voir ses illustrations pour les livres de Tante Lucille et constater son évolution du figuratif vers l'abstrait. Thérèse Lecomte avait aussi étudié avec Alfred Pellan et suivi des cours de céramique auprès d'un de ses autres illustres élèves, Maurice Savoie (décédé en 2013).

L'historienne d'art Monique Nadeau-Saumier, notamment responsable de l'acquisition des oeuvres de Thérèse Lecomte par le Musée des beaux-arts de Sherbrooke, a vu son amie pour la dernière fois il y a six mois.

«Elle m'a reconnue, mais elle m'a demandé d'attendre un instant, le temps de se souvenir de mon nom. Le personnel de l'hôpital l'aimait beaucoup, parce qu'elle avait toujours le sourire et qu'elle voyait toujours le bon côté des choses. C'était une pédagogue très avancée pour son époque.»

Il sera possible de rendre un dernier hommage à Thérèse Lecomte les 27 et 28 mars prochains, à la Coopérative funéraire de l'Estrie (rue du 24-Juin). Les détails seront communiqués ultérieurement.

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